Les employés de Radio-Canada ne sont peut-être pas au bout de leurs peines. À cinq jours du début du prochain exercice financier, la société d'État ignore encore si elle recevra l'enveloppe spéciale de 60 millions que lui verse le gouvernement fédéral chaque année depuis 2001. Et elle ignore également si le gouvernement lui permettra de vendre pour 125 millions d'actifs et d'en conserver l'argent.

Paul Journet LA PRESSE

Ces deux sommes sont déjà comptabilisées dans son plan stratégique, qui prévoit malgré tout l'élimination de 805 postes et des compressions de 137 millions pour combler un manque à gagner de 171 millions. Si elle ne touche pas l'argent de la vente des actifs ni l'enveloppe spéciale, son manque à gagner augmentera donc. Et elle devra faire davantage de compressions.

«Il est certain qu'on devrait faire des coupes additionnelles pour équilibrer le budget. (...) Il nous faudrait envisager des actions radicales qui auraient pour effet de compromettre la nature même des services que nous offrons aux Canadiens»,a admis hier son PDG Hubert T. Lacroix devant la chambre de commerce de Montréal. La conférence était planifiée depuis décembre dernier. Mais en raison des coupes, M. Lacroix a «profité de la tribune» pour parler de la situation de Radio-Canada/CBC.

Même s'il assure bien s'entendre avec le ministre du Patrimoine James Moore, M. Lacroix se dit «déçu» de ses décisions. «Pensez-vous que je suis enchanté, à cinq jours de la fin de notre exercice, de toujours attendre la confirmation par écrit de l'enveloppe spéciale? Pensez-vous que je jubile lorsque, à cinq jours de la fin de notre exercice, notre budget d'immobilisations se trouve bloqué dans un processus gouvernemental quelque part à Ottawa? Sûrement pas», a-t-il lancé.

Les conservateurs refusent d'accorder une marge de crédit de 125 millions à Radio-Canada (qui, contrairement aux autres diffuseurs canadiens, ne peut se financer sur le marché privé). Le gouvernement envisagerait toutefois d'aider CTV, Canwest et Quebecor, selon ce que rapporte notamment La Presse Canadienne.

«Ce qui m'irrite, ce qui me déçoit, c'est d'entendre des rumeurs sur l'aide potentielle en allègement fiscal, et aussi sur des restrictions aux chaînes privées qui pourraient être allégées, tandis qu'on ne nous donne pas une attention adéquate pour notre demande de flexibilité financière», explique M. Lacroix.

Il ne croit pas que le gouvernement reviendra sur sa décision. «Ce que je comprends, c'est que la porte est close. La seule flexibilité financière dont on pourra profiter, c'est celle qu'on va se créer à travers la vente de nos actifs.»

Radio-Canada reçoit environ 1,1 milliard de crédits parlementaires annuels. Son budget est complété par des revenus additionnels de 600 millions, dont environ 325 millions proviennent de la publicité.

M. Lacroix dit partager «plusieurs convictions» de M. Moore, dont celle sur «la nécessité de revoir le modèle du radiodiffuseur public pour éliminer sa dépendance envers les revenus publicitaires».

Radio-Canada demandera-t-elle une hausse de ses crédits parlementaires? «Si on implante un modèle où nous ne sommes pas tributaires des revenus publicitaires pour boucler notre budget, alors j'applaudis», répond le PDG.

Dans son allocution, il a ressorti les chiffres d'une étude commandée au groupe Nordicité. Elle compare le financement public des radiodiffuseurs de 18 pays.

L'étude révèle qu'en moyenne, ces pays consacrent 76$ par citoyen pour le radiodiffuseur national. Le Canada se classe au 15e rang, avec 34$ par citoyen pour Radio-Canada/CBC, qui diffuse en deux langues. À titre de comparaison, la France versera bientôt 77$ par citoyen, et l'Angleterre 124$ par citoyen - dans les deux cas pour une diffusion unilingue et donc moins complexe à gérer.