La pièce de Rodrigo García, Golgotha Picnic, a créé des remous chez les cathos en France lors de sa création en 2011. Angela Konrad l'adapte et la présente ici. Elle affirme qu'au-delà du brûlot, la pièce est un appel à la transcendance. Pour Rodrigo García, cette quête part de l'intime.

Mario Cloutier LA PRESSE

Jésus a un accident d'auto. Il agonise. Trois anges veillent. S'il y a un Ponce Pilate dans cette histoire, c'est l'humanité tout entière qui a perdu le sens de l'amour du prochain, de l'humilité et du partage. Tel est le point de vue assumé par Angela Konrad dans sa mise en scène de Golgotha Picnic. Son théâtre existe pour faire réfléchir, pour dépasser le visible. 

«On est dans des questions très actuelles pour un tant soit peu qu'on veut freiner le cataclysme qui s'opère sous nos yeux, dit-elle. Dans ce monde couvert de plastique, où Dieu est peut-être absent, on ne peut pas dire que la transcendance ou la spiritualité n'ont pas leur place.» 

«C'est ce qui m'intéresse au théâtre, ajoute-t-elle, nous amener à réfléchir en partageant des oeuvres qui ne fournissent pas des réponses toutes faites, qui ne cherchent pas à nous amortir en nous émouvant, mais qui nous élèvent.»

Avec un humour noir exacerbé, le dramaturge français d'origine argentine semble s'en prendre à la religion, mais dans le fond, c'est toute pensée sectaire et primaire qu'il attaque.

«Son propos est universel, estime Angela Konrad. La question de la liberté de la création artistique et de la philosophie. Dans le texte, il cite l'Écclésiaste à propos des ténèbres. C'est un livre très étonnant de sagesse presque païenne, de liberté extraordinaire. Je crois que García s'est tenu très près de l'Écclésiaste.»

Répondant à nos questions par courriel, celui-ci explique: «C'est l'intérieur qui m'importe. Mon intérieur. Mes sentiments et ma pensée. Et par-dessus tout ma liberté. Si je m'impose une autocensure, qui pourrait être inconsciente, si je ne pouvais pas faire ce qui m'intéresse en art, ce qui est toute ma vie, alors je devrais changer de travail.»

Jeu et musique

Angela Konrad travaille ici pour la première fois avec Sylvie Drapeau et ses actrices fétiches Dominique Quesnel et Lise Roy. Le Christ est joué par Samuel Côté. 

«Le texte est extraordinaire, mais il n'est pas attribué à aucun personnage, dit la metteure en scène. Rodrigo García éclaire ce monde à travers son émotion et sa sensibilité.» 

«Le point de départ est un accident de voiture qui l'amène à réfléchir sur l'iconographie de la culture chrétienne, sur la violence des images. Est-ce que la violence des images médiatiques nous amène à produire des actes néfastes?»

Selon le dramaturge, le mensonge est inhérent à la chose humaine. Le mensonge et l'égoïsme. Ce qui n'empêche pas l'humour de se dégager de ce texte mystérieux.

«Les médias mentent dans un objectif économique, croit-il. L'artiste ment pour divertir, pour faire la guerre à la réalité. L'artiste est un ennemi de la réalité. L'humanité a toujours mal été parce que l'humain est fait de 100 % d'égoïsme. Mais l'humour, oui, quand on parle de choses douloureuses, vaut mieux le faire avec humour.» 

Défi scénique

Ce texte, qui s'interroge sur la vie, l'amour et la mort, représente un défi particulier pour les acteurs. Aussi, Angela Konrad a choisi d'enrober le jeu de musique avec l'interprétation des Sept dernières paroles du Christ en croix de Joseph Haydn en direct par le pianiste David Jalbert.

«Le cynisme ne m'intéresse pas. La musique occupe une part égale au texte. García convoque un pianiste sur scène parce qu'il y a le discours et, de l'autre côté, nous console et nous donne accès à la transcendance.»

Photo fournie par l’Usine C

Rodrigo García, auteur de Golgotha Picnic

Une invitation, donc, à se connaître soi-même. Même si Dieu est mort ou n'a jamais existé, selon notre best of philosophique personnel, les valeurs véhiculées par Jésus peuvent avoir un sens encore aujourd'hui. 

«La pièce est une invitation au recueillement, affirme Angela Konrad. Il y a deux écarts dans le texte: entre la parole de Jésus et la doctrine de l'Église catholique, puis entre la parole de Jésus et l'état du monde aujourd'hui. Ça pose la question de l'imperfection de l'homme, c'est la posture intime d'un artiste face au monde.»

«Ça ne ressemble à rien de ce que j'ai fait jusqu'à maintenant, conclut-elle. C'est un grand plaisir et un défi de réunir la peinture, la musique et le théâtre dans un dispositif scénique.»

Extrait de la pièce

«Il [Jésus] fut aussi le premier démagogue.»

«Avouer ses joies est aussi stupide que mettre ses peines à nu.»

«Bientôt [...] nous serons enfin esclaves.»

«La pensée de l'avare est plus profonde que celle du moine.»

«Je ne dis pas: sautez par la fenêtre. Je vous dis: sautez à l'intérieur de vous-mêmes.»

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Golgotha Picnic est présentée à l'Usine C du 18 au 29 septembre.

Photo David Ruano, fournie par le Théâtre du Rond-Point

La version parisienne de Golgotha Picnic