Alors que chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles sur l'état du monde, Alice Ronfard a choisi de ne pas sombrer dans le pessimisme. Dès ce soir, au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), la femme de théâtre met en scène un texte de Pierre-Yves Lemieux, Candide ou l'optimisme, d'après le célèbre conte de Voltaire. Parce que notre époque a plus que jamais besoin des Lumières.

Luc Boulanger LA PRESSE

Dans L'Emporte-pièces, le programme annuel du TNM, vous vous qualifiez de plutôt optimiste face à l'avenir. Pourtant, tout semble aller mal sur la planète. Est-ce de l'angélisme?

Non, pas du tout. Quand on a un enfant, on se doit d'être optimiste face au futur et au sort du monde. Je crois en la capacité de l'humanité, de la race humaine, de se réveiller pour se prendre en mains. Je crois à la force de l'initiative citoyenne. Je ne pense pas que les solutions aux problèmes actuels - et il y en a beaucoup - vont venir des gens au pouvoir. Les gouvernements ne vont pas nous sortir du trou, ils sont trop coincés par les lobbys ; ce sont les citoyens qui vont changer les choses.

Vous dites que votre espoir envers le genre humain provient sans doute de votre père, l'auteur et metteur en scène Jean-Pierre Ronfard (1929-2003). De quelle façon?

J'ai grandi avec des parents qui aimaient l'art et les philosophes [sa mère était l'écrivaine Marie Cardinal]. À 10 ou 12 ans, on discutait des théories de Platon autour de la table de cuisine à la maison. Mais Voltaire n'est pas un «vrai» philosophe, comme d'autres grands philosophes du siècle des Lumières ou après... Il est d'ailleurs critiqué par Rousseau. Selon moi, Voltaire est davantage un pamphlétaire, un citoyen engagé. Cette posture me convient très bien. Parce qu'on fait ce métier en souhaitant, ultimement, que le théâtre puisse transformer la société...

Le voyage autour du monde du héros de Voltaire est terrible, éprouvant. Candide va passer à travers toutes sortes d'épreuves initiatiques. À la fin du conte, Candide est persuadé qu'il vaut mieux «cultiver son jardin» chez soi, loin de la société des hommes. N'est-ce pas un constat pessimiste?

Non, je ne crois pas. Il parle de cultiver notre jardin intérieur. Il réalise que le bonheur réside dans les choses simples de la vie, qu'on apprivoise le bonheur dans la simplicité et non l'agitation. Il faut se comprendre soi-même pour être capable de travailler avec l'autre, pour faire preuve d'ouverture et de tolérance. Candide est un héros malgré lui. Son voyage est plein de rebondissements et, par moments, assez terrifiant. Or, à mon avis, ce qui rend l'humanité intéressante, c'est son imperfection. La perfection, c'est l'ennui total!

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Candide ou l'optimisme, une création de Pierre-Yves Lemieux, d'après le roman de Voltaire. Mise en scène: Alice Ronfard. Avec Emmanuel Schwartz, Benoît Drouin-Germain, Patrice Coquereau, Valérie Blais et Larissa Corriveau

Jusqu'au 6 octobre