Se mettre en scène, on fait ça tous les jours dans nos rapports avec les autres. «L'identité est contextuelle, elle varie selon les interactions», observe Madeleine Pastinelli, professeure de sociologie à l'Université Laval. On gère nos identités à l'aune de nos interlocuteurs. Ainsi, on ne présente pas le même visage à nos amis proches qu'à nos collègues de travail.

Alexandre Vigneault LA PRESSE

«Ce qui change, c'est que cette gestion devient consciente: quand on a trois comptes Facebook, on ne peut plus ignorer qu'on construit des images de soi qui sont différentes les unes des autres», souligne Mme Pastinelli.

Ces possibilités de mise en scène de soi et de réseautage avec différentes communautés d'intérêts, par l'entremise des réseaux sociaux, vont transformer de manière significative notre vision de nous-mêmes d'ici 10 ans, avance une étude britannique. La frontière entre identité réelle et identité virtuelle risque de devenir de plus en plus floue.

Les médias de masse ont tous eu un impact sur la perception de l'identité, convient Mme Pastinelli, qui rappelle à quel point les journaux nationaux, la radio ou la télévision ont contribué à l'élaboration de modèles sur lesquels s'appuyer pour se construire soi-même. Elle a toutefois des réserves sur les conclusions de l'étude britannique.

L'internet et les médias sociaux sont un lieu parmi d'autres où afficher son identité et chercher la reconnaissance de ses pairs, selon elle. «Ce désir de se donner en spectacle et d'avoir un témoin de son existence était déjà là», croit aussi le dramaturge Guillaume Corbeil.

La sociologue constate par ailleurs que plus on s'adresse à un grand nombre de gens simultanément, comme sur Facebook ou les sites de rencontre, plus on est prudent. Nos profils personnels deviennent alors banals et interchangeables. Comme les personnages de Cinq visages pour Camille Brunelle, pourtant si désireux d'afficher leur individualité.

Ce serait une conséquence d'un effritement de la norme, accentuée par... l'internet. «Il n'y a plus de modèle clair quant à la manière de gérer les rapports privés, souligne-t-elle. Les gens sont en quête d'approbation. Mettre en scène sa vie privée, c'est un peu demander aux autres si ce qu'on fait a de l'allure.»

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1) The Future of Identities (dir. par John Beddington)