Pourquoi, si j’écris : « ta-ta-ta-TAAAA ! », savez-vous presque assurément que j’évoque le début de la Cinquième Symphonie de Beethoven ?

Catherine Perrin Catherine Perrin
collaboration spéciale

Parce que ce thème a la force qu’un bon logo peut avoir : immédiatement reconnaissable par sa clarté et sa simplicité, il renvoie pourtant, tout comme le logo d’une grande entreprise, à une entité d’une complexité et d’une puissance inouïes.

L’avantage d’un thème simple et court ? Son potentiel de prolifération.

Comme une cellule vivante qui peut se répliquer, se métamorphoser, évoluer ou vous rendre malade, le « logo musical » de Beethoven est le départ d’un tissu musical riche. Un tissu vivant et toujours captivant pour l’oreille, qui a dès le départ accroché au motif initial, qui le reconnaît sans y penser, même s’il est soudain accéléré, adouci ou légèrement modifié.

Extrait de la Symphonie no5 en do mineur

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Tout comme sa musique, le personnage n’a rien de lisse. Allons-y en deux contradictions : Beethoven s’est renouvelé comme compositeur jusqu’au bout de la surdité. Il voulait le bien de l’humanité, mais bousculait tous ceux qui l’entouraient.

Amours malheureuses, famille dysfonctionnelle et maladie d’un côté, génie musical, idéalisme et humanisme de l’autre.

L’année 2020 marque le 250e anniversaire de naissance de Beethoven, et c’est déjà frappant dans le paysage musical.

La salle Bourgie amorce un immense projet Beethoven. Entre jeudi et dimanche soir, quatre excellentes formations présenteront l’intégrale des quatuors à cordes en six concerts.

Puis Louis Lortie donnera, les 7 et 9 février, les deux premiers volets d’une intégrale des sonates pour piano.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Louis Lortie

C’est la deuxième fois que le pianiste canadien présente le cycle entier des 32 sonates au Québec, un exploit qu’il a répété à quelques reprises ailleurs dans le monde.

Lors d’une conversation récente, Lortie me signalait qu’il a 60 ans et avait donc 10 ans au moment du 200e anniversaire de Beethoven : « Il y avait des tas de parutions spéciales, qu’on m’a offertes à l’époque. J’ai commencé mon immersion dans sa vie et son œuvre. Peu à peu, j’ai tout lu. Je le fréquente donc depuis 50 ans, un cinquième du temps écoulé depuis sa naissance, c’est quand même pas mal ! », ajoute-t-il en riant.

Ce qui a changé en 50 ans de fréquentations ? « Il y a des aspects de sa personnalité qui ressortent plus qu’avant dans mon jeu. J’ai longtemps voulu éviter le lieu commun du Beethoven colérique, du personnage déboutonné, un peu caricatural ; j’assume maintenant mieux cette part violente, ce qu’elle apporte comme contrastes avec le lyrisme plus tendre que je mets de l’avant. »

Louis Lortie ajoute que son rapport avec d’autres œuvres de Beethoven a enrichi son approche des sonates : les neuf symphonies, transcrites pour piano par le génial Franz Liszt, sont d’ailleurs aussi au programme de Bourgie. À l’automne 2020, elles seront jouées par huit jeunes professionnels à qui Louis Lortie enseigne à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth, en Belgique.

Le cycle des 32 sonates, composé sur trois décennies (1793-1823), voit Beethoven métamorphoser graduellement les formes classiques héritées de Mozart et Haydn.

Dans le dernier mouvement de la dernière sonate, une incantation très calme, on n’a plus de repères. Une ascension vers l’aigu, tissée de trilles, fait même perdre la notion du temps. L’esprit monte vers une autre dimension.

> Consultez l’horaire des spectacles de Louis Lortie au MBAM

Avec les quatuors à cordes, on fait un parcours similaire : sur 30 ans là aussi, Beethoven apporte le même éclatement des formes, la même quête métaphysique.

Chacun des concerts présentera des quatuors d’époques différentes, ce qui permettra d’entendre des moments de virtuosité et de charme, autant que de se plonger dans des réflexions plus profondes. Du travail de composition des quatuors, d’innombrables pages d’esquisses sont restées, nous rappelant combien Beethoven a cherché la perfection. À notre tour, on y trouve… ce que l’on cherche à l’intérieur de nous-mêmes.

J’ai vu mon père, à la toute fin de sa vie, écouter ce cycle des quatuors avec une attention infinie, comme si Beethoven lui montrait le dernier chemin, tout en le gardant infiniment vivant jusqu’à son dernier souffle.

Extrait du Quartet no16 en fa majeur

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> Consultez l’horaire de l’intégrale des quatuors à cordes au MBAM

Beethoven pour tous

L’Orchestre symphonique de Laval consacre à Beethoven la première édition d’un tout nouveau Festival classique hivernal. Dès le premier concert, vendredi (31 janvier) à la salle André-Mathieu, la Cinquième Symphonie imprimera le logo par excellence de la marque Beethoven.

Charles Richard-Hamelin jouera deux des concertos pour piano, alors que quatre autres symphonies seront présentées, la neuvième terminant le tout, dimanche à 15 h.

Le célèbre thème de l’Hymne à la joie a lui aussi, très certainement, le statut de logo musical universel. Sur le site du festival de Laval, on en fournit la partition pour flûte à bec et on vous propose de vous joindre à une troupe de flûtes, vendredi à 16 h au Carrefour Laval, pour lancer les activités.

> Consultez le site du Festival classique hivernal