Die Fledermaus, l'opérette la plus célèbre de Johann Strauss fils et l'une des plus populaires du répertoire, est présentée par l'Opéra de Montréal dans une version française et une adaptation «locale», soit le Montréal des années 30, avec salon art déco assorti de la croix lumineuse du mont Royal. L'idée est originale et sa réalisation est, dans l'ensemble, une réussite, même si la soirée de trois heures comporte des longueurs.

Publié le 27 janv. 2013
Claude Gingras LA PRESSE

En quelques mots, l'abracadabrant scénario se ramène à ceci : Eisenstein a forcé son ami Falke à traverser la ville déguisé en chauve-souris, Falke se venge en l'emmenant dans un bal où il se compromet avec une «comtesse hongroise» qui n'est autre que Mme Eisenstein, et le tout se termine en prison. Bien d'autres déguisements et quiproquos s'ajoutent en cours de route et, à un moment donné, on ne sait plus qui est qui.

Peu importe. Le jeune et talentueux metteur en scène Oriol Tomas se retrouve dans ce labyrinthe, il y guide ses interprètes avec assurance et en obtient une divertissante interprétation collective. C'est cependant au troisième et dernier acte, celui de la prison, qu'on rit le plus. Alexandre Sylvestre, en gouverneur de la prison, et Martin Drainville, en geôlier, tous deux ivres à ne pas tenir debout, valent à eux seuls tout le spectacle.

Le texte, dit et chanté en français et en rimes (avec quelques passages en anglais), est remarquable et n'a rien d'une boiteuse traduction. Le programme ne donne malheureusement pas le nom de l'auteur. Oublions l'allusion à un certain Zambito (qui n'était pas né en 1930!), précisons que le Gayety (aujourd'hui le TNM) n'était pas un cabaret mais un théâtre, et rappelons que Die Fledermaus fut donné ici en français dès 1943, par les Variétés-Lyriques.

Toutes les voix sont bonnes, malgré ici et là quelques réserves, et tous les chanteurs se révèlent bons comédiens, voire habiles danseurs, entraînés dans le feu roulant mené par un vrai metteur en scène et non un créateur de gadgets. La diction est bonne dans le parlé, plus confuse dans le chanté, où les surtitres sont, cette fois encore, indispensables.

Le couple Eisenstein est incarné par Marc Hervieux et Caroline Bleau, lui encore capable d'authentiques élans de ténor, malgré une voix un peu serrée, elle absolument ravissante dans ses somptueuses toilettes et chantant d'une voix d'abord magnifique puis un peu fatiguée vers la fin. Marianne Lambert assure le rôle important de la servante Adèle avec beaucoup d'efficacité mais une voix au trémolo irritant. Thomas Macleay joue l'amant de Rosaline avec les excès requis et une voix enfin retrouvée. Emma Parkinson est excellente dans le rôle travesti du prince Orlofsky. On a sans doute voulu faire un gag en ajoutant un autre travesti, soit Ida, soeur d'Adèle, chantée par un baryton. Au bal chez Orlofsky, Chantale Nurse apparaît déguisée en Joséphine Baker, gigantesque couronne à l'avenant.

Superbes décors et costumes, choeurs impeccables. Dans la fosse, Timothy Vernon, qui dirigeait Die Fledermaus à McGill en 1999, apporte au spectacle une expérience acquise au berceau même de la tradition viennoise et ce, malgré un OSM réduit de moitié et sonnant trop souvent comme un orchestre de province dans ce qui est, au surplus, sa seule présence de la saison à l'OdM.

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LA CHAUVE-SOURIS, version française de Die Fledermaus, opérette en trois actes, livret de Haffner et Genée, musique de Johann Strauss fils (1874).

Production: Opéra de Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Première samedi soir. Autres représentations: 29 et 31 janvier et  2 février, 19 h 30. Avec surtitres français et anglais.

Distribution:

Gabriel von Eisenstein: Marc Hervieux, ténor

Rosaline, sa femme : Caroline Bleau, soprano

Adèle, servante des Eisenstein : Marianne Lambert, soprano

Falke, ami d'Eisenstein : Dominique Côté, baryton

Alfred, amant de Rosaline : Thomas Macleay, ténor

Le prince Orlofsky : Emma Parkinson, mezzo-soprano

Blind, avocat d'Eisenstein : Aaron Ferguson, ténor

Frank, gouverneur de prison : Alexandre Sylvestre, baryton

Frosch, geôlier : Martin Drainville, comédien

Ida, soeur d'Adèle : Jonathan Bédard, baryton

Invitée spéciale : Chantale Nurse, soprano

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Mise en scène: Oriol Tomas

Décors : Richard Roberts; costumes : Angus Strathie (location, Opera Australia)

Éclairages: Anne-Catherine Simard-Deraspe

Chorégraphie : Noëlle-Émilie Desbiens

Choeur de l'Opéra de Montréal (dir. Claude Webster) et Orchestre Symphonique de Montréal

Direction musicale : Timothy Vernon