D'une durée de plus de deux heures, ce concert de l'OSM. Oublions pour toujours, après les avoir décrites, les 18 minutes que représentent la pièce pour deux «applaudisseurs» de Steve Reich (5 minutes) et la pièce pour 100 métronomes de György Ligeti (13 minutes).

Publié le 21 nov. 2012
Claude Gingras LA PRESSE

Il s'agit, comme on l'a deviné, d'un autre de ces «concepts Nagano» dont on se demande jusqu'où ils nous mèneront. Cette fois, notre maestro se penche sur les rapports entre la musique et le temps. Fort bien, sauf que son idée ne s'applique qu'à la première moitié du concert, où la Symphonie dite L'Horloge de Haydn vient nous rappeler, entre des tapements de mains et des battements de métronomes, que nous sommes venus à un concert d'orchestre.

«Premières à l'OSM», dit la brochure de saison à propos de Clapping Music de l'Américain Reich et du Poème symphonique du Hongrois Ligeti. Comment peut-on parler de «premières à l'OSM» à propos de pièces que l'OSM ne joue pas? Et quelle prétention, de la part du respectable et regretté Ligeti, d'appeler «poème symphonique» une pièce où il n'y a que des métronomes! Premières à l'OSM, peut-être, mais non à Montréal: a) Reich inscrivit sa pièce à un concert de ses compositions qu'il donna ici avec ses musiciens en 1976; b) la SMCQ présenta la pièce de Ligeti en 1992.

Au mieux, la présente aventure OSM est divertissante. Nagano commente les pièces au micro et amuse la foule. Dommage qu'il n'identifie pas ses deux percussionnistes, dont le subtil dialogue rythmique dans le Reich produit un déphasage quasi palpable. Pour le Ligeti, des employés de scène transportent des montagnes de lutrins destinés à recevoir les 100 métronomes pyramidaux qu'actionneront 100 volontaires recrutés par l'OSM. Les 100 métronomes sont tous mis en mouvement en même temps, mais à des vitesses légèrement différentes; ils s'arrêtent les uns après les autres jusqu'à ce qu'on n'entende plus qu'un seul métronome, au bout de 13 minutes. Un spectateur a malheureusement brisé le suspense par ses cris d'impatience.

Ce qu'il faut bien appeler la partie «musicale» du concert est réussie, quoique reléguée un peu au second plan par le reste. Joué avec toutes les reprises, le Haydn est détaillé jusque dans ces staccatos de flûte et de basson évoquant le tic-tac d'une horloge. Jean-Efflam Bavouzet confirme une fois de plus ses dons de grand pianiste. On regrette simplement que ses débuts attendus à l'OSM se fassent dans un tel contexte et dans le moins important des concertos de Bartok. Nagano conclut le tout en faisant chanter amoureusement les thèmes de la fameuse Moldau de Smetana. On ne comprend pas que le même homme ait pu, il y a quelques instants, endosser et nous imposer de telles niaiseries.

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ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL. Chef d'orchestre: Kent Nagano. Soliste: Jean-Efflam Bavouzet, pianiste. Hier soir, Maison symphonique, Place des Arts. Reprise demain soir (jeudi), 20 h. Séries «Grands Concerts».

Programme:

Clapping Music, pour «applaudisseurs» (1972) - Reich

Symphonie no 101, en ré majeur (L'Horloge), Hob. I :101 (1794) - Haydn

Poème symphonique, pour 100 métronomes (1962) - Ligeti

Concerto pour piano et orchestre no 3, Sz. 119 (1945) - Bartok

Vltava («La Moldau»), poème symphonique no 2 (1874-75) du cycle Ma Vlast - Smetana