Deux grands classiques du répertoire symphonique, les Variations sur un thème de Haydn, de Brahms, et Till Eulenspiegel, de Strauss, encadrent le populaire Concerto pour piano de Grieg et une création de Denys Bouliane dans ce programme marquant le retour de Kent Nagano à l'Orchestre Symphonique de Montréal après une absence de plus de deux mois.

Publié le 23 mars 2011
Claude Gingras LA PRESSE

Le Brahms et le Strauss sont les deux grandes réussites du concert. Très calme devant l'orchestre, Nagano conduit celui-ci élégamment à travers les contrastantes variations de Brahms et voit à ce que chaque section retrouve la place que lui donne le compositeur. En fin de programme, et bien que toujours aussi économe de ses gestes, il mènera l'orchestre augmenté dans le tapageur et amusant poème symphonique de Strauss décrivant les mauvais coups de Till l'espiègle.

Le pianiste russe Nikolaï Lugansky, d'abord annoncé dans le Concerto de Schumann, a changé pour le Grieg. Bien que le Schumann soit d'une inspiration supérieure, je suis heureux d'entendre le Grieg: l'oeuvre est irrésistible et passe toute seule, alors qu'il est rare que le Schumann soit bien interprété.

Lugansky possède la forte technique que requiert la partition de 30 minutes, bien qu'il fasse quelques fautes dans les deux mouvements rapides. De l'ensemble, je retiens le célèbre Adagio central: le piano s'y fait rêveur, enveloppé de cordes chaleureuses.

Il s'agit d'un concert à deux solistes (comme le sera celui de l'OSM dimanche). L'autre soliste est Matt Haimovitz, violoncelliste américain et professeur à McGill, pour qui Denys Bouliane a composé ces Vols et vertiges du Gamache commandés par l'OSM. Je n'ai pas eu la patience de lire jusqu'au bout les «explications» faisant le lien entre cette musique et l'île d'Anticosti. Dans l'absolu, ces 22 minutes se ramènent à un dialogue continu et même violent entre un violoncelle amplifié jouant sur tout son ambitus et un orchestre très fort en cuivres et en percussions. Cela sonne, oui. Dommage que le compositeur glisse, vers la fin, dans le minimalisme. Il est venu saluer, bien sûr, et, comme d'habitude, la main sur le coeur.

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ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL. Chef d'orchestre: Kent Nagano. Solistes: Nikolaï Lugansky, pianiste, et Matt Haimovitz, violoncelliste. Hier soir, salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts; reprise demain soir, 20 h. Série «Grands Concerts».

Programme:

Variations sur un thème de Haydn, op. 56a (1873) - Brahms

Concerto pour piano et orchestre en la mineur, op. 16 (1868) - Grieg

Vols et vertiges du Gamache, pour violoncelle et orchestre (2010) (création) -Bouliane

Till Eulenspiegel, poème symphonique, op. 28 (1895) - Strauss