À l'image d'un peuple qui garde son sang-froid au milieu des pires épreuves, l'Orchestre symphonique de la NHK, de Tokyo, a tenu à remplir son engagement de quatre concerts en Amérique. Après Washington mercredi dernier, il jouait à la salle Wilfrid-Pelletier hier soir, sera lundi à New York, au Carnegie Hall, et finalement au centre universitaire de Purchase, N. Y.

Publié le 19 mars 2011
Claude Gingras LA PRESSE

Fondé en 1926, l'orchestre le plus connu du Japon porte le nom de la société de radio et de télévision Nippon Hoso Kyokai (ou NHK), qui assure son financement. Il groupe 95 musiciens, tous japonais. À cause des événements récents, deux musiciens ont dû demeurer au pays; l'un d'eux a été remplacé par un musicien américain.

Le concert du NHK était le dernier de la nouvelle «Série classique» de la PdA qui n'aura connu qu'une seule saison. L'assistance était forte; on ignore tout simplement combien de billets ont été donnés. En plus de l'ambassadeur et du consul du Japon, le ministre des Finances, Raymond Bachand, assistait au concert.

La présidente-directrice générale de la Place des Arts, Marie Lavigne, offrit d'abord les condoléances de l'assistance au peuple japonais. Le président de l'orchestre lut ensuite un long message, en japonais, puis une interprète en traduisit l'essentiel en français. Les spectateurs furent aussi invités à faire un don, à l'entracte. On recueillit ainsi 5 800 $.

André Previn, figure bien connue du monde symphonique et cinématographique, est, à 82 ans, le principal chef invité du NHK. Il entre très lentement, s'appuyant sur une canne, monte très difficilement au podium, met ses lunettes et s'asseoit, la partition ouverte devant lui.

À la mémoire des victimes des événements récents, il ajoute, en début de programme, ce lent et grave mouvement de la troisième Suite pour orchestre de Bach dont on a tiré toutes sortes d'arrangements sous le nom d'Air sur la corde de sol, et qui réunit les seules cordes de l'orchestre.

Le reste de l'orchestre paraît ensuite et reçoit une ovation debout... avant même de faire entendre une seule note.

On reproche à l'OSM, avec raison, de ne pas inscrire de musique canadienne ou québécoise à ses tournées. On peut aussi reprocher au NHK d'aller chercher ce Green du célèbre Toru Takemitsu qui date de 1967, est dépassé et ne représente certainement pas la création musicale actuelle au Pays du soleil levant.

Soliste des Vier letzte Lieder de Richard Strauss, Dame Kiri Te Kanawa est encore belle et élégante, à 67 ans, chante de mémoire et n'affiche absolument rien de cette vulgarité devenue monnaie courante dans notre monde musical.

Pour le reste, peu à dire. La voix est devenue terne et il n'y a là rien qui se rapproche d'une interprétation. Mais la foule accourue entendre une vedette lui fait un triomphe et applaudit à tout rompre après chacune des pièces. Déprimant.

Prokofiev et sa cinquième Symphonie occupent les 45 minutes d'après-entracte et sauvent la soirée. L'extraordinaire métier de Previn brille ici. On s'étonne en effet que l'octogénaire chef parvienne, dans cette position assise et presque immobile devant l'orchestre, à animer celui-ci d'une vitalité rythmique aussi électrisante, de dissonances aussi fracassantes et de couleurs aussi vives et aussi variées.

L'orchestre tout entier sonne magistralement: non seulement les cordes, les bois et les cuivres, mais aussi les percussions, d'une force proche de la violence, et jusqu'au tuba solitaire qui, tel un grand soliste, ouvre le troisième mouvement.

Triomphe encore et, cette fois, tout à fait justifié.

ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE LA NHK. Chef d'orchestre : André Previn. Soliste : Dame Kiri Te Kanawa, soprano. Hier soir, salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.

Programme :

Green (1967) - Takemitsu

Vier letzte Lieder (1948) - Strauss

Symphonie no 5, en si bémol majeur, op. 100 (1944) - Prokofiev