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Françoise Papillon : le meilleur et le pire

Claude Gingras
La Presse

Que Françoise Papillon, jeune pianiste québécoise, soit si peu connue dans son propre pays s'explique facilement. Elle a surtout étudié à l'étranger : avec Ruth Laredo à New York, avec John O'Conor en Irlande et maintenant avec Craig Sheppard à Seattle.

Samedi soir, elle organisait son propre récital au Bon-Pasteur, en dehors de la programmation régulière de la maison, qui s'est terminée jeudi pour reprendre le 20 janvier.

 

Parmi les 555 petites sonates en un mouvement (ou «esercizi») de Scarlatti, elle a retenu sept des moins jouées. La plupart sont rapides et elle y déploie une mécanique presque parfaite, toujours transparente, tour à tour gracieuse et mordante, qui évoque, sans chercher à l'imiter, le clavecin sur lequel cette musique fut conçue. Quelle virtuosité dans ces vifs croisements de mains et ces notes répétées. Et quel beau phrasé dans cette page contrastante, Kk. 466 (au catalogue Kirkpatrick), sorte de grande méditation annonçant Mozart.

Quelques petites fautes dans le dernier Scarlatti sonnent l'alarme. La pianiste a sans doute voulu se singulariser en programmant la Clair de lune, op. 27 no 2, de Beethoven, cette sonate tellement connue qu'on ne la joue plus. Or, la plupart des auditeurs l'ont dans l'oreille et notent que la pianiste s'est embourbée au premier mouvement et qu'au finale, dans la rapide montée débouchant sur le même accord percuté deux fois (dessin d'ailleurs maintes fois répété), elle jouait indifféremment l'accord une fois ou deux fois, selon son humeur.

Chopin occupe l'après-entracte. Tout d'abord, trois Nocturnes. Les deux premiers se déroulent bien. Au troisième, une tentative de rubato la fait trébucher; plus loin, elle saute un temps. Suivent, les 12 Études op. 25. Artur Rubinstein m'avouait un jour que les Études de Chopin ne figuraient pas à son répertoire pour la simple raison qu'il les trouvait trop difficiles. Qu'à cela ne tienne : Mme Papillon les joue, elle, ces Études!

Elle a les doigts et les bras... et pourtant, elle fait des erreurs dans presque chacune des 12, ralentissant et «composant» lorsqu'un passage est trop difficile. Ironie du sort, elle se trompe dès le début de l'étude surnommée Papillons. À la fin, c'en est presque drôle. En tout cas, madame nous a convaincus d'une chose : que les Études de Chopin sont injouables!

Dans la salle, on crie «bravo!» et la visiteuse, souriante et très fière d'elle, annonce un rappel : Étude-Tableau op. 33 no 6 de Rachmaninov, étrangement solide et sonore.

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FRANÇOISE PAPILLON, pianiste. Samedi soir, Chapelle historique du Bon-Pasteur.

 




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