Un projet éducatif mis sur pied par la Place des Arts a permis à un millier d'élèves de s'initier pendant des mois à la poésie et au slam autour de l'artiste Queen Ka. Un projet qui atteint son apogée aujourd'hui avec un Marathon de slam auquel participent 48 jeunes qui ont beaucoup à dire. La Presse est allée à leur dernière rencontre avant le jour J.

Publié le 13 mai 2017
Chantal Guy LA PRESSE

Environ 600 élèves sont réunis à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts pour voir une représentation spéciale du spectacle de Queen Ka en compagnie de ses musiciens. Cris, applaudissements, sifflements: le jeune public est vraiment connecté à l'artiste avec qui il a évolué pendant des semaines.

« J'espère que vous allez être aussi enthousiastes pour ceux qui feront le Marathon de slam ! », lance Queen Ka (Elkahna Talbi de son vrai nom), performeuse, poète et slameuse dont le plus récent spectacle, Chrysalides, a été salué par la critique.

Le spectacle est suivi d'une discussion qui leur permet de poser des questions à Queen Ka. Elle leur donne ses derniers conseils avant leur performance d'aujourd'hui : « Sauvez-vous ! », dit-elle, ce qui les a fait bien rire.

« Sérieusement, vous aurez la chance de performer devant des gens qui ne sont ni vos amis ni votre famille. Malgré le stress, vous serez heureux de l'avoir fait. »

UNE FORMULE GAGNANTE

La Place des Arts, qui s'est pourtant refait une beauté, n'est pas très visitée par la jeunesse, déplore Clothilde Cardinal, directrice de la programmation, qui est elle-même tombée amoureuse des arts lors d'une activité dans ces lieux quand elle était adolescente.

Le programme de médiation culturelle, financé par la Fondation de la Place des Arts, compte remédier à certaines lacunes, dans une formule gagnante pour les artistes, les professeurs, les écoles, mais avant tout les jeunes.

Il a commencé avec le rappeur Samian, auquel s'ajoutent maintenant Queen Ka et, l'an prochain, le rappeur Dramatik et l'auteur-compositeur Patrice Michaud.

Ateliers préparatoires d'écriture, trousse pédagogique, formation des professeurs, spectacle et discussion avec l'artiste, performance collective dans un Marathon de slam : on n'a pas lésiné sur les activités, et il y aura même des études menées pour analyser l'impact de l'expérience. Et tout ça n'a coûté que 8 $ d'inscription par élève.

Mais le plus beau de cette initiative est qu'elle se base sur l'expérience personnelle des élèves face à des formes d'art : la poésie et le slam. 

En dialoguant avec Queen Ka, en écrivant eux-mêmes de la poésie sur des sujets qui les touchent, jusqu'à déclamer leurs textes devant public dans le Marathon de slam, ils auront compris le travail des mots et leur transposition à la scène.

« On veut qu'ils puissent se sentir comme Queen Ka, aujourd'hui, explique Clothilde Cardinal. Ce sera une expérience marquante pour eux et, pour cela, il faut des artistes qui ont le projet à coeur. »

QUEEN KA

En entrevue, Queen Ka nous confie sa passion de la transmission, ce qu'elle fait depuis quelques années dans divers ateliers.

La particularité du programme éducatif de la Place des Arts est qu'il demande à l'artiste une implication de trois ans, ce qui ravit Queen Ka, qui trouve qu'elle peut faire un plus long suivi avec les jeunes et améliorer ses interventions. 

« Nous sommes dans un rapport artistique, explique-t-elle. Pour les jeunes, souvent, la poésie, ce sont des poètes morts, et là, on leur montre le contraire. Déjà, ça, c'est immense. »

Elle a pu aussi comprendre ce qui anime les jeunes dans leurs textes. « Un ado reste un ado, nous sommes tous passés par là. Les émotions sont à vif. Ils écrivent beaucoup sur le rapport à l'autre, l'identité, amoureuse ou culturelle, sur l'attachement à leurs valeurs familiales et amicales. Ils ont, comme tout le monde, besoin d'exister. »

MARATHON ET EXPOSITION

Près de 50 élèves liront aujourd'hui leurs textes au Marathon de slam qui se tiendra à midi à l'espace culturel George-Émile-Lapalme de la Place des Arts. Parmi les participants, certains élèves en classe d'accueil, comme Georges et Emad, qui parlent français (et vraiment très bien) depuis seulement deux ans ! Le spectacle, ouvert au public et gratuit, sera animé par Amélie Prévost, gagnante de la Coupe du monde de slam poésie à Paris en 2016. Aussi, du 27 mai au 9 juillet, dans la salle d'exposition du même espace, une exposition montrera l'ensemble du projet et le processus de création des jeunes.