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Motel Raphaël: trois filles, un motel et un bon filon

Dans les années 60, le Motel Raphaël, rue Saint-Jacques, dans l'ouest de l'île,... (Photo: David Boily, La Presse)

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Photo: David Boily, La Presse

Dans les années 60, le Motel Raphaël, rue Saint-Jacques, dans l'ouest de l'île, était un haut lieu chic où l'on célébrait des anniversaires et des mariages et où des amoureux clandestins se donnaient rendez-vous. L'arrivée de l'autoroute 20 sonna le début de la fin pour cette icône déchue, devenue le repaire des putes et des pushers, puis un nid à feu infesté de vermine. Aujourd'hui, le motel n'est plus qu'une ruine pourrie qui agresse le regard en attendant le pic des démolisseurs. Or, c'est pour rendre hommage à sa gloire d'antan, mais aussi parce qu'elles passaient tous les jours devant cette ruine, que les filles du groupe Motel Raphaël ont choisi, avec une pointe d'ironie, de perpétuer son nom.

Elles sont trois filles, trois musiciennes, trois amies, trois colocs et trois hipsters au look vintage étudié: la grande Clara Legault, 25 ans, la blonde Emily Skahan, 26 ans, et leur cadette du Plateau, Maya Malkin, 22 ans. Elles ont fondé Motel Raphaël il y a deux ou trois ans, y incluant quatre autres instrumentistes pour enrichir leur son tout en continuant à assumer à trois la direction artistique. À cet égard, leur formule rappelle celle d'Arcade Fire.

Un premier CD est paru en juin. Bonnes critiques. Ventes modestes. Invitations à se produire ici et là, notamment au Métropolis en première partie de Tegan and Sara. Et puis le billet de loto gagnant: une critique dithyrambique dans le GQ britannique relatant la prestation de Motel Raphaël à Osheaga, dans laquelle on affirme que le groupe est ce qu'il y a de plus excitant à sortir de Montréal depuis Arcade Fire.

En prenant connaissance de la critique, les filles ont failli s'évanouir de plaisir: «On n'en revenait pas. Jamais on n'aurait osé rêver d'être comparées à Arcade Fire. C'est un honneur incroyable!», glousse Clara en rougissant.

Petite parenthèse: les deux auteurs de la critique ne sont pas exactement des étrangers. Jamie O'Meara est un ancien journaliste du défunt Hour et aujourd'hui blogueur pour Tourisme Montréal. Quant à James Mullinger, c'est le responsable des pages d'humour du GQ britannique et aussi un stand-up qui a souvent été invité à Just for Laughs. Bref, les deux auteurs n'étaient pas à Osheaga par hasard, mais leur enthousiasme pour Motel Raphaël était sincère et justifié.

Le groupe tient en effet un bon filon, offrant une pop féminine aux harmonies accrocheuses, mais jamais trop sucrée, teintée d'autodérision et de mélancolie et s'inscrivant parfaitement dans l'air du temps avec d'autres groupes de filles, dont le très populaire First Aid Kit. Aucun doute: Motel Raphaël pourrait atteindre rapidement des sommets ici et ailleurs.

C'est pourquoi, avant qu'elles ne deviennent trop célèbres et que leurs têtes n'enflent démesurément, j'ai voulu les rencontrer. Clara et Emily m'attendaient sagement sans Maya, partie visiter de la famille à Saskatoon. Je les ai retrouvées dans un salon privé du Musée McCord, là où se tient justement l'expo Musique - Le Québec de Charlebois à Arcade Fire. Bizarrement, les filles étaient au courant de l'expo au troisième sur le restaurant Ben's... mais pas de celle sur la musique québécoise. C'est bien pour dire.

Premier constat: elles sont charmantes, bien élevées, pas prétentieuses pour un sou et parfaitement bilingues, mais avec un accent anglais. Même Clara Legault, qui descend de plusieurs générations de Legault (et dont le père, Pierre Legault, est le fondateur des magasins Renaissance), n'arrive pas à masquer complètement son accent d'Anglo-Montréalaise élevée à Dorval. Idem pour Emily, d'origine irlandaise, qui a grandi à Beaconsfield mais dont la branche maternelle descend des Dumont qui avaient un dépanneur à l'emplacement même de la Place des Arts.

Pourtant, Emily et Clara portent chacune en elles des traces de la culture québécoise.

Emily a grandi en écoutant Passe-Partout, puis Roch Voisine, avant d'interpréter la serveuse automate dans une production scolaire de Starmania. Chez Clara, la culture québécoise passait plus par les tourtières au réveillon, les rigodons, la religion (ses parents étaient très pratiquants) et par la chorale à l'église dont elle est aujourd'hui la directrice. «Ce mélange des cultures a fait que pour les anglos, j'étais une franco et pour les francos, j'étais une anglo, donc jamais entièrement acceptée d'un côté comme de l'autre», raconte Clara.

Emily a vécu le même syndrome mais insiste qu'être bilingue a toujours paru essentiel à ses yeux.

Fidèles à elles-mêmes

Reste que sur leur premier CD, Cable TV, toutes les chansons sont en anglais, hormis la pièce bilingue Ghosts. «C'est par honnêteté face à ce que nous sommes que nous avons écrit cette chanson dans les deux langues. Une autre est d'ailleurs en chantier. Ce n'est pas une affaire de jouer sur les deux tableaux. C'est d'être fidèle à soi-même», affirme Emily.

Fidèles à elles-mêmes, elles le sont linguistiquement mais aussi dans les thèmes des chansons très autobiographiques où elles font, à tour de rôle, le deuil de leurs premiers amours. «C'est toujours un peu ça, un premier album, non?», lance Clara, ajoutant que les nouvelles chansons qu'elles ont écrites ont plus de distance et de recul que les premières.

Idéalement, les trois filles, qui ont toutes étudié à Concordia - Clara en littérature et en sciences politiques, Emily en théâtre et Maya en cinéma et communication -, aimeraient vivre de leur musique. Pour l'instant, c'est loin d'être le cas. Emily travaille pour une agence de location d'appartements. Au lendemain de leur triomphe à Osheaga, où elles ont remplacé au pied levé un rappeur, elle était au bureau et se faisait abreuver de bêtises par des clients frustrés. Clara, pour sa part, servait le café à la boulangerie où elle travaille comme serveuse et comme livreuse de pain. La vie glamour de pop star ce n'est pas tout à fait pour aujourd'hui. Mais les filles s'en fichent un peu. «Ce qui compte pour nous en ce moment, c'est qu'on est des amies, qu'on est soudées, solidaires et qu'on a beaucoup de plaisir ensemble», avance Emily. Et Clara d'ajouter: «Sur scène, on n'arrête pas de sourire, tellement on aime ce qu'on fait. Mais on aime tout autant se maquiller et se déguiser avant. On rêve de faire ça pour le reste de notre vie.»

Une tournée canadienne est en train de prendre forme pour l'hiver ou l'automne. En attendant, Motel Raphaël va se produire à Montréal; une ville qu'elles n'ont aucune intention de quitter même si le ciel ou la gloire leur tombait sur la tête. Le vendredi 22 août, elles seront au Festival Monkland, le vendredi suivant, sur la Promenade Ontario au gros BBQ d'Hochelaga. Puis, le 6 septembre, les gens de Québec pourront les entendre au Cercle à l'occasion du festival Envol et Macadam. Enfin, elles se rendront à tous ces concerts à bord d'une camionnette rose nanane où clignote le nom de Motel Raphaël qui, grâce à elles, renaît malgré lui de ses cendres.

À Montréal, Motel Raphaël aime...

> Le festival Fringe qui, au fil des ans, a été une source inépuisable d'inspiration pour Emily.

> Le Café Romolo, rue Bernard, qui a changé de nom mais dont Maya garde le souvenir impérissable d'une demande en mariage.

> Les pique-niques au parc Jeanne-Mance.

> La beauté calme du canal de Lachine.

> La bouffe du Marché Atwater qui fait le bonheur des foodies qu'elles sont.

> Le Divan orange, où se sont connues Clara et Emily, un lieu formateur et indispensable à la scène musicale montréalaise.

> Le Motel Raphaël. Pour son passé... et son avenir.




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