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Kid Koala: l'art comme à la maternelle

Eric San, alias Kid Koala... (Photo: Alain Roberge, La Presse)

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Eric San, alias Kid Koala

Photo: Alain Roberge, La Presse

Pour faire le bonheur de ses parents nés à Hong Kong, Eric San, alias Kid Koala, aurait dû devenir dentiste. Malheureusement pour M. et Mme San, fiston a démontré assez tôt qu'il n'avait aucune aptitude ni intérêt pour la denturologie.

En revanche, il avait d'autres talents. Il dessinait et jouait du piano. Il était doué en musique et, armé de ses tourne-disques et des platines qu'il scratchait allègrement, il pouvait faire danser et lever une foule d'élèves d'une école secondaire du Maryland.

Pourquoi le Maryland? Parce que ses parents ont quitté Vancouver pour le Maryland, où M. San, chercheur scientifique, venait de décrocher un poste dans un institut de recherche génétique. Kid Koala avait 12 ans et déjà son surnom en raison des quantités industrielles de bouteilles de Koala Springs qu'il ingurgitait.

«Ma vie à ce moment-là, c'était mes tables tournantes et des bouteilles vides. Je faisais de grands efforts pour m'intégrer tout en me sentant très différent, et devenir DJ était la meilleure façon d'y arriver», dit Kid Koala en commandant un chocolat chaud dans un café du boulevard Saint-Laurent et en s'excusant de faire l'entrevue en anglais.

Même s'il est installé à Montréal depuis 1992, Kid Koala ne maîtrise pas complètement le français. Il le parle, mais avec difficulté. Par contre, les deux petites filles qu'il a eues avec la directrice artistique Corinne Merrell sont de parfaites bilingues grâce à la garderie de Villeray qu'elles fréquentent.

Notez le quartier. Kid Koala devrait normalement vivre dans le Mile End avec tous les anglos artistes expatriés du pays. Il préfère Villeray et bientôt Rosemont. Sa langue maternelle n'est peut-être pas le français, mais son coeur semble québécois.

Notre rencontre a eu lieu deux jours avant l'inauguration de l'événement McLaren mur à mur dans le Quartier des spectacles, en hommage au cinéaste d'animation qui aurait eu 100 ans cette année. Kid Koala, qui s'est associé avec la firme Hololabs, est un des trois artistes montréalais choisis pour signer une installation inspirée par McLaren.

Je lui demande à quel moment de sa carrière il a découvert McLaren, convaincue qu'en raison de ses 39 ans et de son parcours, la découverte est récente. Il me corrige en souriant. Au centre d'art qu'il fréquentait, petit, à Vancouver, il se souvient qu'un jour la monitrice a distribué des morceaux de pellicule de film aux enfants.

«Elle nous a invités à peindre sur la pellicule, puis elle nous a montré le film Dots de McLaren. Ce n'est pas un hasard si notre installation est directement inspirée de Dots. C'est un film qui m'a beaucoup marqué, tout comme le reste du travail de McLaren, qui était non seulement un artiste numérique avant l'heure, mais aussi un scratcheur avant tout le monde.»

DJ, scratcheur, artiste numérique, producteur de ses propres albums, auteur de romans graphiques, Kid Koala ne donne pas sa place lui non plus. Mais de deux choses l'une: ou bien il est un artiste de la Renaissance qui embrasse un vaste éventail de formes d'art, ou bien c'est un hyperactif qui souffre d'un déficit d'attention chronique.

Kid Koala éclate de rire en plaidant à la blague le déficit d'attention. On a envie de le croire, d'autant plus que sa présence à Montréal la semaine dernière a presque été un exploit. Kid Koala était en tournée américaine avec le groupe Arcade Fire, dont il assure la première partie. Il a pris une pause pour rentrer à Montréal célébrer McLaren.

Tel Forrest Gump

Rien que sur le front des premières parties, Kid Koala a un CV des plus enviables, puisqu'il a cassé la glace avec ses platines autant pour les Beastie Boys et Bjork que pour Radiohead.

«Je me souviens encore de la première fois que j'ai vu Radiohead à Montréal. C'était dans un tout petit club qui s'appelait le Woodstock, le même soir que le concert de Nirvana à l'auditorium de Verdun. Il n'y avait pas 30 personnes dans la salle. Mais pour rien au monde je n'aurais manqué ça.»

Ce soir-là, Kid Koala était trop gêné pour parler à ses idoles et ne pouvait même pas commencer à imaginer qu'il ferait un jour leur première partie.

«Des fois, je me dis que ma vie ressemble à celle de Forrest Gump. J'ai eu beaucoup de chance et j'ai su saisir les occasions qui s'offraient à moi.»

Il reste que, même si son parcours artistique semble échevelé et éclaté, on découvre qu'il a une source et un thème récurrents: l'enfance.

En 1992, Kid Koala s'inscrit en enseignement primaire et préscolaire à McGill, l'université où a étudié son père. L'enseignement, c'est pour rassurer ses parents. Le primaire et le préscolaire, c'est pour son propre plaisir, son besoin d'émerveillement, son goût du jeu et sa conviction intime que c'est par le jeu que l'être humain apprend le mieux.

«Pendant mon stage au primaire, j'ai inventé une sorte de bingo du vocabulaire. Au lieu de jouer avec des chiffres et des lettres, les enfants jouaient avec des mots et, par la même occasion, apprenaient l'orthographe et la signification des mots.

«L'idée que c'est en s'amusant qu'on apprend ne m'a jamais quitté depuis. Toutes mes prestations, y compris celles que je donne en ce moment avec Arcade Fire, tournent autour du jeu, de la créativité, du déguisement, du carnaval. Même mon installation pour McLaren part d'un principe de jeu interactif.»

Au fil du temps et de sa carrière de DJ qui prenait de l'envergure et le propulsait sur les scènes internationales, Kid Koala aurait pu quitter Montréal et déménager dans une métropole américaine. Mais lorsque je soumets l'hypothèse, il fait vigoureusement non de la tête.

«Montréal est la seule ville qui peut me nourrir sur le plan artistique. Je ne crois pas que j'aurais pu me déployer dans une autre ville et me développer comme je l'ai fait à Montréal. Ça n'aurait jamais marché. J'ai plein d'amis artistes à New York. Quand je leur raconte ce que je peux faire comme artiste à Montréal, ils n'en reviennent pas.

«La force de Montréal, c'est à la fois la culture, la masse critique d'artistes qui y vivent, la place que la production indépendante occupe, l'entraide entre les artistes. Les artistes ici ne sont pas en compétition les uns avec les autres et ça donne une ambiance détendue et propre à la création. Je ne voudrais pas vivre ailleurs.»

J'ai rencontré Kid Koala le jour des élections, le 7 avril. Il n'avait pas encore voté, mais promettait de le faire. À cause de ses nombreux voyages, il n'avait pas suivi la campagne électorale et, de toute façon, ne semblait pas au fait de la politique québécoise ni très captivé. En le quittant, je me suis dit que le jeu pour amuser et instruire Kid Koala sur le plan politique restait à inventer.




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