Céline Dion a mis cinq ans et demi avant d'accoucher de Sans attendre, son premier album français depuis D'elles. À l'occasion d'une interview éclair, elle parle de ce disque dans lequel elle n'a pas senti le besoin de se vendre.

Publié le 8 oct. 2012
Alain De Repentigny LA PRESSE

En ce lundi tristounet d'automne, Céline Dion est enfermée dans un salon du club de golf Le Mirage à Terrebonne pour une série d'interviews à la chaîne avec des journalistes européens et québécois. Il est déjà 17h quand La Presse a enfin droit à sa dizaine de minutes avec la star pendant que d'autres intervieweurs attendent encore leur tour. Le temps presse: dans quelques heures, la chanteuse doit monter sur la scène du Métropolis pour lancer le spectacle en hommage à Denis Blanchette, le technicien abattu le 4 septembre.

Si ses traits sont tirés, la chanteuse ne laisse paraître ni fatigue ni stress. À la mention du Métropolis, la comique en elle se met à beugler «Acropolis. Adieu!». Comme elle le dit souvent à son mari d'imprésario: «Si je te fais toujours rire, l'amour existe encore.»

Son nouvel album, Sans attendre, qui sortira le 6 novembre, n'est pas particulièrement drôle, ni très sautillant. C'est un disque tout en nuances dans lequel les chansons lentes et denses dominent. Le disque classique d'une chanteuse établie qui a fait accourir des auteurs réputés désireux de lui offrir leurs compositions: Ferland, Plamondon, mais aussi Christophe Miossec, Maxime Le Forestier, Grand Corps Malade...

«J'avais compris qu'un disque de chanteuse, ça voulait dire quelqu'un qui est capable de faire des octaves dans une espèce de Cirque du Soleil vocal, répond-elle spontanément. Pour moi, c'est un disque d'émotion et d'intimité pour les gens qui me connaissent depuis toujours. Je peux me permettre de leur parler sans me vendre, sans avoir à les convaincre de ce que je suis capable de faire. C'est comme une invitation V.I.P.: je vous invite chez moi.»

Chanter du Ferland

Céline Dion est capable de tout. Quand elle chante Je n'ai pas besoin d'amour, on reconnaît presque son auteur Jean-Pierre Ferland dans son phrasé et sa façon de mordre dans les mots.

«Oui, oui, absolument! Mon plus grand problème, ç'a été lui. Je l'aime tellement, Jean-Pierre. Si j'avais un chum, ça serait lui: je le trouve émouvant, il me fait rire, il me fait pleurer. Ce n'est pas le plus bel homme au monde, mais quand tu l'entends et que tu le regardes chanter, c'est écoeurant comme il est beau. Donc il a interprété sa chanson sur une maquette et j'ai eu le goût de lui dire: "Fais-moi plus jamais ça, je souhaite que tu m'écrives une autre chanson, mais s'il te plaît, fais la chanter par quelqu'un d'autre." Jean-Pierre, c'est le plus grand interprète, c'est un acteur vocal. Mais je n'ai pas pu m'empêcher de la faire: "Tu la chantes mieux que moi, mais tu me la donnes, donc je vais la prendre même si je la chante moins bien. C'est pas grave, je la veux."»

Comme elle l'avait fait sur les Plaines en 2008, Céline chante également avec Ferland son classique Une chance qu'on s'a que René Angélil a toujours voulu faire découvrir aux Français. Et grâce à la technologie, elle mêle sa voix à celles de Johnny Hallyday (L'amour peut prendre froid, de Miossec) et du regretté Henri Salvador (Tant de temps).

Cette chanson de Salvador la fait rêver: «J'aimerais tellement en faire un vidéoclip dans lequel un couple de jeunes mariés danse un genre de tango.» Elle se met à chantonner Tant de temps, la-da-da... puis elle reprend: «Une transformation très douce s'installe, la main vieillit, le visage commence à arrondir, et le même couple danse toujours le même tango après 50 ou 60 ans de mariage. Dans cette chanson, j'ai l'impression de danser avec lui (Henri Salvador).»

Luc Plamondon

Luc Plamondon lui a écrit Que toi au monde, dont il dit que c'est sa plus belle chanson d'amour depuis L'amour existe encore. «C'est vrai? Wow! Moi j'ai toujours un petit penchant pour L'amour existe encore, qui est un peu pour moi comme Pour que tu m'aimes encore, répond Céline. Mais je ne change pas d'idée trop facilement, moi.»

La quatrième chanson québécoise de l'album, Les petits pieds de Léa, lui est presque tombée du ciel. Marianne L'Heureux, une assistante à la réalisation de Productions J qui l'a suivie dans le monde entier, a écrit ce texte pour faire le deuil de son enfant qui souffrait d'une maladie chromosomique rare. Sophie Vaillancourt, la diplômée de la promotion 2009 de Star Académie dont le premier album vient de paraître, lui a fait une musique, et Marianne a soumis la chanson à René et Céline pour savoir ce qu'ils en pensaient. «On a été émus et Céline a tout de suite demandé si elle pouvait la faire, raconte René Angélil. J'ai appelé Marianne qui ne s'attendait vraiment pas à ça.»

Sans attendre sera en magasin le 6 novembre, mais l'album anglais Water and a Flame ne paraîtra finalement qu'en mars ou avril 2013. «L'album est terminé, il ne reste qu'à approuver le dernier mix, confirme René Angélil. Mais Sony -pas aux États-Unis, mais ailleurs dans le monde- trouvait qu'elle n'avait pas suffisamment de temps pour préparer le lancement. Ça fait notre affaire. Céline a donné des spectacles tout l'été, puis elle a enregistré deux albums en Floride. Elle est fatiguée.»