« La vie est drôlement faite, des fois », observe sagement Ricky Paquette, qui a passé tout l’été à parcourir les routes du Québec avec, dans les haut-parleurs de sa bagnole, Live at Lee’s, l’album en concert de l’important groupe canadien The Sheepdogs. Groupe récipiendaire de quatre prix Juno qui l’invitait, en août dernier, à grossir ses rangs. « C’est comme si, sans le savoir, je me préparais à ça. »

Publié le 22 septembre
Dominic Tardif
Dominic Tardif La Presse

Avec sa casquette de camionneur, ses cheveux longs et ses verres fumés (qu’il retirera rapidement, parce qu’il est bien élevé), Ricky Paquette aurait tout ce qu’il faut pour figurer dans une suite d’Almost Famous de Cameron Crowe.

Il était, ne serait-ce que du strict point de vue du look, le candidat tout désigné pour succéder à Jimmy Bowskill, qui a choisi récemment de se consacrer davantage au travail de studio, et qui a libéré par le fait même son poste au sein des Sheepdogs, formation qui rivalise en matière de pilosité luxuriante et de passion pour le denim avec l’Allman Brothers Band.

Le trentenaire, un des plus agiles et ensorcelants guitaristes québécois, avait la tête de l’emploi, mais surtout, précisons-le, les mains nécessaires pour assurer une douce transition entre la précédente et l’actuelle incarnation du plus southern rock des groupes saskatchewanais, qui visitera une cinquantaine de villes canadiennes (dont Montréal, jeudi) et américaines d’ici la fin de janvier.

Ça ne ment pas : deux répétitions leur ont suffi pour tout cimenter, avant de monter dans le bus. « C’était comme si je renouais avec une gang de chums que je n’avais pas vus depuis longtemps. »

Guitare tout le temps

Une fête dans la cour arrière de la maison des Paquette. Un ami de la famille gratte sa guitare, et c’est la révélation pour le jeune Ricky, 9 ans. Ses parents lui achètent rapidement l’instrument qu’il réclame dès le lendemain.

À partir de ce moment-là, je n’ai pensé à rien d’autre qu’à la guitare : le matin, je jouais de la guitare, le midi, je jouais de la guitare, après l’école, je jouais de la guitare, après souper, je jouais de la guitare.

Ricky Paquette

Il a 13 ans lorsque le bluesman Paul DesLauriers l’invite sous les projecteurs du Rainbow Bistro d’Ottawa le temps d’improviser ensemble autour de quelques classiques. Il signe dans les mois suivants un contrat avec la maison de disques du bassiste de DesLauriers, Preservation Music, et lance à 14 ans (!) son premier album, Early for the Show (2006).

PHOTO JEAN ROY, LA TRIBUNE

Ricky Paquette

Cette virtuosité aussi précoce qu’époustouflante lui permettra de chauffer la scène pour plusieurs légendes, dont B.B. King, Buddy Guy, Johnny Winter et Billy Gibbons. « Ce que j’ai appris en rencontrant ces grands-là, c’est d’enjoyer chaque moment, d’en profiter pour vrai », confie celui qui est depuis une dizaine d’années un des fidèles collaborateurs de Martin Deschamps et d’Angel Forrest. « Il y en a une méchante gang qui ont enjoyé la vie d’une façon extrême et ils ne s’en souviennent pas tant. »

Il tient ainsi, depuis le commencement de sa virée avec les Sheepdogs, un journal de tournée. « Je me rendais compte qu’il y avait tellement d’affaires que j’avais déjà oubliées depuis le début de ma carrière. » Sourire en coin. « Pas parce que j’étais sur le party. Juste parce que la vie passe trop rapidement. »

Jouer avec son cœur

D’abord célébré parmi les circuits blues, Ricky Paquette n’a pourtant jamais été autre chose qu’un rockeur, ses oreilles ayant été formées par le CHOM-FM d’Ottawa, CHEZ 106,1, qu’il écoutait gamin dans le garage familial, pendant que son paternel, facteur de son métier, réparait des Harley.

Lynyrd Skynyrd, John Mellencamp, les Faces de Rod Stewart : le gars de Gatineau mélange rock sudiste, heartland rock et country rock à l’anglaise sur Sparks (2021), son plus récent album magnanime en solos explosifs, mais sur lequel se révèle surtout un auteur-compositeur sachant pertinemment qu’un solo ne vaut rien si le refrain qui vient après ne donne pas lui aussi le goût de tendre son verre de bière vers le ciel.

Mais pour l’heure, le musicien met sa carrière en veilleuse et investit toute son énergie pour procurer aux fans des Sheepdogs la transe qu’ils espèrent. Il pense chaque soir avant d’ouvrir son ampli au regretté Stevie Ray Vaughan, qu’il a découvert enfant grâce à une cassette VHS offerte par sa sœur.

J’ai usé la cassette jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’image, en reculant et en avançant pour apprendre chaque chanson, note par note. Sur scène, j’essaie de me rappeler l’intensité de Stevie Ray Vaughan, qui avait quelque chose de divin, qui était à 100 % dans la musique.

Ricky Paquette

« C’est pour ça que je n’aime pas trop répéter », conclut-il. Autre sourire en coin. « J’aime le côté excitant de ne pas toujours savoir ce qui s’en vient. Oui, la technique, c’est utile, mais je veux être le guitariste qui joue avec son cœur. »

The Sheepdogs, le 22 septembre au MTelus, à Montréal, et le 23 septembre au Palais Montcalm, à Québec

Visitez le site des Sheepdogs (en anglais)