Julie Doiron et Dany Placard roulent leur bosse depuis des années et mènent chacun de leur côté une carrière prolifique et farouchement indépendante. En tant que Julie & Dany, ils ont créé l’album d’amour le plus sympathique et tendre qui soit. Rencontre avec un couple aussi complice que complémentaire.

Publié le 5 mai
Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

Julie et Dany nous ont donné rendez-vous au studio LaTraque à Montréal, où ils répètent en vue du lancement de leur album. « C’est la première fois qu’on rejoue ces chansons ! », s’exclame Julie Doiron.

Ces chansons, elles ont été composées en une quinzaine de jours de confinement, au tout début de la pandémie. C’était en mai 2020, dans la maison que le couple venait de s’acheter au Nouveau-Brunswick, où ils se sont retrouvés in extremis seuls tous les deux. Elles racontent leur quotidien, avec ses moments de tendresse, d’ennui ou de défoulement, parfois simplement guitare-voix, parfois de manière pas mal plus distorsionnée, mais toujours dans une douce ambiance de liberté et de simplicité volontaire.

« On les a écrites dans notre cuisine », raconte Julie. « En gros, ça a pris 10 jours », explique Dany. Sur le moment, l’idée était de se désennuyer et non d’en faire un album, même s’ils caressaient déjà le projet d’un duo.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Dany Placard et Julie Doiron

Ce n’est pas ce qu’on aurait envisagé pour le premier album de Julie & Dany. Mais c’est l’fun de sortir ça comme ça.

Julie Doiron

Les deux musiciens collaboraient déjà – Dany joue de la basse sur le plus récent album de Julie et l’accompagne souvent sur scène. Le duo leur a permis de sortir de leur zone de confort, tant dans la composition, les thèmes abordés que dans la langue – il y a autant de chansons en français qu’en anglais. Mais pas question d’abandonner leurs carrières respectives.

« C’est super important qu’on soit autonomes, de ne pas s’abandonner », souligne Julie, qu’on a connue comme membre du duo Eric’s Trip et qui mène une brillante carrière solo sur la scène folk indépendante. Même chose du côté de Dany Placard, électron libre à tendance country-rock psychédélique. « Si Julie part en tournée, je vais être seul chez nous à déprimer ? Non. Je vais aller enregistrer du Placard seul de mon côté. »

Mais quel est l’avantage de travailler en couple ? « Comme on ne reste pas dans la même province, ça nous offre plus d’occasions de nous voir », lance Julie. Dany opine. « Depuis un an, on se voit rarement quand ce n’est pas pour travailler. Avec les horaires, les enfants, les dix heures de route entre les deux… » « C’est le principal avantage ! »

Il y a aussi le plaisir de faire des harmonies ensemble, de se montrer de nouveaux accords de guitare, de créer, tout simplement.

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« Faire de la musique, c’est un acte assez intime, explique Julie. C’est impossible de faire de la bonne musique si tu n’as pas de connexion avec les musiciens. En couple, on est capables d’être encore plus intimes, alors c’est un autre avantage. C’est rare qu’on n’est pas d’accord. »

Fan de l’autre

À la question « qu’est-ce que vous aimez le plus de l’autre comme artiste », Julie et Dany mettent du temps à répondre. Dany se lance enfin. « Je trouve que les paroles de Julie sont vraiment cool. » « Merci beaucoup ! Moi aussi, j’aime tes textes, tes images. Cette phrase dans Dégèle : “J’ai peur que la gelée pogne, et que les étoiles se cognent.” C’est beau ! Mais on est tous les deux fans de l’autre. Je trouve ça difficile de choisir une chose en particulier. »

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Elle apprécie son attitude quand il compose et son goût pour l’exploration. Il admire sa créativité et ses idées. Ils aiment dire qu’ils sont complémentaires musicalement, mais aussi dans le rythme : autant il est organisé et préparé, autant elle est souvent « all over the place » et « tourne en rond » (c’est elle qui le dit !).

« Je pense qu’on apprend l’un de l’autre, analyse Dany. Moi, j’apprends à être patient, elle, à être structurée. »

Mais au-delà de leurs différences et de ce qui les relie, c’est la joie évidente d’être ensemble qui se dégage de ces 11 chansons. Est-ce qu’on pourrait dire qu’ils ont fait un album d’amour ? « Oui, vraiment, répond Julie. J’espère qu’il n’y aura pas de disque de divorce ! »

Ils rigolent fort. N’empêche que jamais ils n’auraient pu s’imaginer écrire des chansons qui parlent ainsi de faire un jardin ou du premier café partagé au marché Jean-Talon, d’amour à distance, mais aussi du fait qu’il n’y a plus de Cheez Whiz dans le frigo, comme dans la chanson Mayo.

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Julie rit. « En plus, ce n’était pas du Cheez Whiz, c’était du Boivin ! » « Oui, du Petit crémeux, c’est vraiment mieux. » « Mais ça ne rimait pas ! »

Réécouter l’album leur rappelle la pandémie, la radio qui joue tout le temps, les points de presse quotidiens. Mais aussi la maison « pas encore loadée de stock », le « break » d’être ensemble, leur bonne humeur malgré tout. Résultat : un album créé en confinement qui n’est pas un album de confinement. « Je pense qu’on a réussi ce pari-là », estime Dany.

« J’espère que les gens vont l’écouter, dit Julie. Mais l’idéal, ce sera de faire des shows l’fun. » Ils ont d’ailleurs de nombreux spectacles à l’agenda, ce qui permettra à Julie de tourner au Québec pour une rare fois, et à Dany, au Canada pour la première fois.

« Je souhaite que les gens aient du fun à l’écouter, dit Dany. Qu’ils sourient, qu’ils aient envie de le remettre et de monter le son, qu’ils viennent nous voir en spectacle. On l’a fait pour ça, pour générer des émotions. Faire danser dans la cuisine… et faire pleurer. »

Julie & Dany

Folk rock

Julie & Dany

Julie Doiron et Dany Placard

Simone Records