Osheaga a habituellement lieu en pleine canicule, à cheval sur les mois de juillet et d’août. Après une année de pause forcée, le festival a finalement lieu en 2021, en ce premier week-end d’octobre.

Émilie Côté
Émilie Côté La Presse

Le fait de se trouver dans l’île Sainte-Hélène par un frais vendredi soir d’automne parmi 8000 festivaliers avait quelque chose de galvanisant. Comme si nous étions 8000 mélomanes invétérés, voire combattants de la musique.

Mais LA force de la nature de la soirée fut sans conteste Charlotte Cardin, reine pop de l’heure au Québec, qui a tout pour conquérir le monde.

« Ça faisait trois ans qu’on n’avait pas fait de shows à Montréal. Nous sommes tellement contents de vous retrouver », a-t-elle lancé à la foule.

C’étaient 75 minutes grandioses de musique pop et un spectacle très bien rodé qui a commencé avec la chanson Passive Aggressive. Charlotte Cardin maintient toujours avec force et émotion sa voix aussi racée qu’envoûtante. Et sa façon de se mouvoir sur scène est aussi entraînante que séduisante. C’est impossible de la quitter des yeux.

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Charlotte Cardin a interprété des pièces de son premier album Phoenix, paru cette année.

Avec son chapeau d’autrice, l’artiste a pris soin d’expliquer la genèse de certaines chansons, dont Romeo (« qui décrit le moment précis quand on tombe amoureux de quelqu’un ») et Sun Goes Down (Buddy), écrite pour un ami qui vivait un moment difficile.

Charlotte Cardin était alors seule sur scène, sans ses musiciens, mais une chorale de 10 personnes s’est jointe à elle. Seule à la guitare pendant Sun Goes Down (Buddy), puis au clavier pendant Anyone Who Loves Me, elle était parfaitement en pleine possession de ses moyens.

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Charlotte Cardin, à la guitare

Charlotte Cardin a aussi fait danser la foule avec Sex to Me et lui a offert sa reprise de Fous n’importe où, de Daniel Bélanger (enregistrée avec CRi). Et c’est avec une danse en ligne qu’elle a introduit Meaningless avec son bassiste Mathieu Sénéchal, son batteur Benjamin Courcy et son directeur de tournée Marco.

La scène lui appartenait…

Vous aurez compris que même si Osheaga avait pu programmer de grandes vedettes internationales comme à son habitude, Charlotte Cardin aurait tenu le haut de l’affiche de l’une des trois journées du festival comme elle l’a fait vendredi soir (ce sera Jessie Reyez ce samedi et Half Moon Run dimanche). Elle est dans la cour des grandes de la pop.

C’était le premier grand spectacle à Montréal que Charlotte Cardin donnait depuis la sortie de son premier album, Phoenix, en avril dernier. C’était – et ç’a été – événementiel.

La foule a été très bruyante pour Charlotte Cardin (au point d’avoir un rappel imprévu avec Faufile), bien qu’elle était beaucoup moins nombreuse que d’habitude.

Peu de compromis, somme toute

En 2019, pour sa dernière édition avant la pandémie, Osheaga a fait un retour sur son site – revu, amélioré et agrandi – du parc Jean-Drapeau. Alors que l’ancien site pouvait accueillir 45 000 spectateurs, le nouveau peut en compter 65 000.

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Bien qu’elle soit moins imposante que par les années passées, la foule a été fort bruyante vendredi soir.

Or, ce ne sont pas plus que 8000 personnes par jour qui peuvent assister ce week-end aux spectacles présentés sur deux – et non cinq – scènes. Comme l’exigent les mesures sanitaires pour les évènements à l’extérieur, les spectateurs sont répartis dans des zones de 500 personnes. Lors des premiers spectacles, cela faisait une foule clairsemée et non compacte devant la scène, mais bon… il faut ce qu’il faut pour avoir un festival de musique extérieur !

Malgré la taille réduite d’Osheaga, ses installations étaient d’envergure, et les aires de repos, nombreuses, notamment devant le stabile d’Alexander Calder. À la sortie du métro, c’était réconfortant d’apercevoir les fameuses grosses lettres formant « OSHEAGA » en haut de la colline.

Au fil des années – avant la pandémie –, la grande majorité des spectateurs (quelque 65 %) étaient de l’extérieur du Québec. Vendredi, nous étions essentiellement entre locaux… comme nous l’étions au tout premier Osheaga de 2006 (il y a 15 ans !). Comme à la première mouture du festival – qui avait attiré 25 000 personnes en deux jours –, on n’avait pas à attendre longtemps pour aller aux toilettes ou commander une bière. C’était fort convivial.

Découvertes

Autre particularité du festival Osheaga cette année : il n’y a aucun choix difficile à faire entre des spectacles simultanés qui ont lieu sur des scènes éloignées. On prend l’artiste qui passe sur l’une des deux seules scènes principales (côte à côte, comme d’habitude).

À l’heure du souper, Zach Zoya a fait une surprise sur scène à son pote Soran la veille de son spectacle prévu ce samedi. La chanteuse vancouvéroise Jessia a offert au public une reprise de I’m With You, d’Avril Lavigne (ce qui a pardonné son lipsync).

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Bülow

À 19 h, Bülow a été nettement plus convaincante. C’était un retour à Osheaga pour l’artiste ontarienne qui s’était produite au parc Jean-Drapeau en 2019, année où elle a été sacrée Révélation de l’année au gala des Juno. La foule connaissait ses tubes Boys Will Be Boys et Get Stüpid.

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Jon Matte de The Franklin Electric

Le groupe chouchou montréalais The Franklin Electric suivait sur l’autre scène principale. Jon Matte et ses musiciens ont lancé il y a une semaine un nouvel album, intitulé This Time I See It. Le public avait donc plein de nouvelles chansons à se mettre dans les oreilles, mais beaucoup connaissaient déjà des extraits comme Understand It. Le courant passait très fort de la scène au parterre.

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Daniel Daley de DVSN

Protégé de Drake, le duo R&B torontois DVSN se produisait à 20 h 40, avant Charlotte Cardin. Le chanteur Daniel Daley et le producteur Nineteen85 s’étaient aussi produits à Montréal en août dernier lors du spectacle d’ouverture du festival Mural.

Force était toutefois de constater que la foule était là pour Charlotte Cardin.

Bonne nouvelle : elle remet cela pour huit spectacles au MTelus en janvier.