Le point de départ de ce sixième album de St. Vincent est la sortie de prison du père de la musicienne en 2019, après 10 ans derrière les barreaux. Daddy’s Home est à prendre au sens littéral ici. Mais cet opus est bien plus que cette histoire. Il marque musicalement un revirement de situation, un virage surprenant qu’a pris St. Vincent, en se tournant pour une rare fois vers le passé, quelque part dans les années 1970.

Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

« I signed autographs in the visitation room », commence-t-elle sur la pièce-titre, au groove aussi judicieux que l’humour noir dont elle déborde. À 38 ans, Annie Clark se lance dans la narration de son histoire des dernières années, elle touche à l’ultra-personnel – son père en prison, mais aussi son désir de devenir mère, notamment (sur la fantastique et déchirante Live In The Dream). Et elle le fait avec tant de style, de glamour. Tant de talent.

Clark est la seule auteure de la plupart des 14 pièces de l’album. Cinq morceaux profitent de la plume du coproducteur de l’album, Jack Antonoff qui, décidément, laisse sa marque sur de plus en plus de fabuleux projets ces dernières années (Lana Del Rey, Taylor Swift, Lorde…).

C’est un fait, Annie Clark est une musicienne géniale, une guitariste exceptionnelle (même si son instrument de prédilection est bien plus discret sur cet album). Elle a le sens du riff, elle sait comment fabriquer des refrains entraînants et des hooks accrocheurs. Daddy’s Home en déborde. La rétro pop électro, rock et funk résonne d’un bout à l’autre, pour notre plus grand plaisir.

L’album commence en force avec Pay Your Way In Pain, Down And Out Downtown et Daddy’s Home, feu roulant d’un groove qui vient chercher les tripes. The Laughing Man, à mi-chemin, est une des (nombreuses) preuves que St. Vincent manipule l’écriture avec brio, traçant de sa plume des chemins escarpés et parfois éprouvants, mais renversants de beauté.

My Baby Wants a Baby, qui aborde encore une fois la volonté tourmentée de maternité, débute comme une réinterprétation de Morning Train, de Sheena Easton. Puis, elle se fait brûlante d’originalité, devient purement St. Vincent, enveloppante et bouleversante à la fois.

Daddy’s Home n’est peut-être pas le meilleur album de St. Vincent (avec une telle discographie, elle est sa propre plus grande rivale), mais il est sans contredit l’un des meilleurs albums de l’année jusqu’à maintenant.

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IMAGE FOURNIE PAR LA MAISON DE DISQUES

Daddy’s Home

Pop alternative
Daddy’s Home
St. Vincent
Loma Vista Recordings
★★★★