La quasi-totalité des œuvres classiques entendues au concert et sur disque ont été écrites après 1650. Mais le génie musical n’a pas attendu le XVIIe siècle pour éclore. Guillaume de Machaut, Josquin des Prés, Johannes Ockeghem ne sont pas moins intéressants que Haendel, Chopin ou Tchaïkovski.

Publié le 22 févr. 2021
Emmanuel Bernier Collaboration spéciale

C’est probablement le Studio de musique ancienne de Montréal (SMAM), fondé en 1974, qui est le plus investi dans le répertoire de la Renaissance au Québec. Son dernier disque chez Atma, L’Homme armé, propose quelques morceaux choisis parmi les œuvres des principaux maîtres des premières générations de l’école franco-flamande.

Celle-ci s’est développée en Bourgogne à partir des dernières décennies de la guerre de Cent Ans, conjoncture qui a permis la rencontre entre influences française, anglaise et flamande sous le patronage de princes férus de musique.

Il s’agit du deuxième disque réalisé par le SMAM sous la direction d’Andrew McAnerney, ancien membre des légendaires Tallis Scholars qui a succédé au chef fondateur, Christopher Jackson, en 2015.

Enregistré en septembre dernier avec les précautions sanitaires d’usage, l’album compte 13 morceaux écrits grosso modo entre 1430 et le début du XVIe siècle, dont plusieurs citent la célèbre mélodie profane L’Homme armé. La prise de son, mêlant l’acoustique généreuse de la chapelle du Grand-Séminaire-de-Montréal et une chaleureuse proximité, donne une plus-value certaine à l’enregistrement.

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Sans tomber dans les clichés, on pourrait dire que le résultat a tant un côté britannique, avec la précision du rendu et la pureté irréprochable de l’intonation, qu’un côté latin, avec la rondeur des voix (14 chanteurs hommes et femmes), plus nourries que ces chœurs anglais au son pur, mais parfois un peu plat. On entend chanter des êtres de chair et non des anges inaccessibles.

La direction à la fois érudite et sensible d’Andrew McAnerney, toute en contrastes et en souplesse, met bien en lumière chacun des aspects de ces partitions de musique sacrée d’une richesse inouïe. L’idée de faire doubler certaines lignes – notamment les citations de L’Homme armé – par la saqueboute, sorte d’ancêtre du trombone, donne à l’ensemble une majesté certaine.

IMAGE FOURNIE PAR ATMA CLASSIQUE

L’Homme armé – La Cour de Bourgogne et la musique, du Studio de musique ancienne de Montréal et Andrew McAnerney

Musique ancienne
L’Homme armé – La Cour de Bourgogne et la musique
Studio de musique ancienne de Montréal et Andrew McAnerney
Atma Classique
★★★★½