Avec Dreamweaver, premier album riche aux sonorités contemporaines, un univers hyper défini et le prix de l’auteure-compositrice autochtone de la Fondation SOCAN sous le bras, la jeune chanteuse Anachnid commence à peine à nous surprendre. Portrait circulaire.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

L’araignée

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Quand on lui demande qui elle est, Anachnid répond ceci : « En tant qu’artiste je suis une araignée. Je connecte avec l’univers, j’écoute les messages, je les enregistre et je fais de la musique avec ça. » D’origine Oji-Crie et Mi’kmaq, née à Ottawa et élevée à Wakefield, Anna-Khesic a étudié en arts plastiques au cégep du Vieux Montréal. « Mon parcours est nomade, mais ça fait cinq ans que j’ai fait mon nid à Montréal », dit la jeune femme de 24 ans, qui a reçu le nom de totem d’araignée quand elle était toute petite. « Les araignées ont plus accès au monde du rêve que les autres. Ce sont elles qui font les capteurs de rêve [Dreamweaver, le titre de l’album] et qui protègent les enfants des mauvais rêves. » Elle en fabrique donc des vrais, mais aussi des métaphoriques. « Je tisse des toiles, je fais des liens d’un point à l’autre. »

La naissance

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Anachnid a commencé à jouer du piano vers 8, 9 ans, mais elle est revenue à la musique un peu par hasard 10 ans plus tard, alors qu’elle animait des soirées culturelles autochtones pour le Cercle des Premières Nations de l’UQAM. « Un des gars ne pouvait pas venir un soir, alors j’ai juste embarqué avec mon tambour, j’ai commencé à faire des chants vocaux, les gens ont aimé ça. Puis j’ai enregistré une chanson, c’est comme ça que Joëlle, de Musique Nomade, m’a remarquée, ensuite j’ai fait des spectacles du côté de l’expérimental, et là je viens de terminer mon premier album… » Une belle progression, constate celle qui fait aussi parfois des « DJ set », et qui a travaillé pour Dreamweaver avec deux arrangeurs-musiciens-réalisateurs, Emmanuel Alias et Ashlan Phoenix Grey. « On travaille la musique ensemble, c’est vraiment des collaborations dont je suis la cheffe d’orchestre. Mais c’est pas mal toujours instantané, les paroles, quand je les écris, je downloade de l’information comme un ordinateur. »

L’univers

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Composé de 10 chansons, Dreamweaver commence avec Phoenix « qui renaît de ses cendres », passe par Anachnid, son « essence », et se termine avec Sky Woman, « la femme du ciel », son vrai nom en langue autochtone. « C’est full circle. L’image principale de l’album serait celle du cercle sacré, mais il y a tellement de réponses possibles ! » Se profilent dans les pièces des thèmes propres à la culture autochtone, le windigo, la chasse, l’animisme ou la bispritualité, mais ce sont aussi les émotions qui ont guidé la chanteuse – amour, colère, douceur, spiritualité, il y a de tout ça dans Dreamweaver. « Au Québec, on est très expressifs et j’aime ça. Ça se reflète dans mes paroles. L’idée est de s’approprier les émotions et de connecter avec les gens. Pas juste par la lumière, mais aussi par la noirceur : je crois que quand on prend soin de notre ombre, ça équilibre les énergies, alors que c’est la résistance aux émotions qui est négative pour le corps. »

La musique

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De l’électro, du hip-hop, de l’indie pop, du soul : Anachnid puise dans les courants musicaux du moment. Le résultat est extrêmement contemporain, à grande distance du country-folk qu’on retrouve souvent dans la musique autochtone. « Je ne me considère pas comme une autochtone de la nature, mais de la ville. C’est pour ça qu’il y a du techno, de la house, que les BPM sont plus élevés. Je voulais intégrer ça. » Le tout en faisant attention à ses racines évidemment, question d’avoir un bon support. « C’est comme ça que tu peux t’ancrer en tant que personne », dit Anachnid, qui ne se considère cependant pas comme une représentante de la nouvelle génération d’artistes autochtones. « Ça montre surtout qu’on ne peut pas mettre les autochtones dans une seule boîte. Je représente une autochtone qui s’est adaptée à la ville et ça se reflète dans ma musique. La ville peut t’avaler, mais si tu t’en empreins, tu peux vraiment travailler avec. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Anachnid propose un premier album, Dreamweaver.

La suite

Après une résidence deux semaines, Anachnid présentera les pièces de son nouvel album au MAI les 28 et 29 février. Son objectif ? Continuer à se perfectionner. « J’ai hâte de voir ce qui va se passer, j’aime lancer les dés », dit la chanteuse, qui souhaite à son album « succès et abondance, voyage et santé ». « J’aimerais tisser ma petite toile à travers le monde. » Si elle se sait lancée, elle est consciente que tout ceci reste fragile. « Il ne faut pas que je lâche mon bout et que je fasse attention à l’autosabotage. Les humains, on est programmés pour ne pas être contents, c’est pour ça qu’on consomme, pour combler le vide. Alors ma job est vraiment de travailler sur moi. C’est ce que je dois faire en premier. »

IMAGE FOURNIE PAR MUSIQUE NOMADE

Électro pop, Dreamweaver, d'Anachnid. Musique Nomade. Dès le 28 février