Indochine a beau être associé aux années 80, le groupe français qui nous a donné des hits comme L’aventurier et J’ai demandé à la lune n’en fêtera pas moins ses 40 ans l’an prochain. Nous avons parlé de cet anniversaire avec le chanteur, auteur-compositeur et leader du groupe, Nicola Sirkis.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

« Indochine n’est pas un groupe des années 80. C’est un groupe né dans les années 80, mais qui a explosé en 2020 ! »

Au bout du fil, Nicola Sirkis est affable et joyeusement bavard. Il effectue une série d’entrevues pour promouvoir la sortie de deux compilations réunissant les 56 « singles » issus des 13 albums que le groupe a sortis au cours des décennies : la première, qui couvre les années 2001 à 2021, sera en vente le 28 août, et la deuxième, qui va de 1981 à 2001, sera lancée plus tard en novembre. Un exercice qui lui permet, dit-il, de « faire le tour du monde ».

« Tout à l’heure, j’étais avec l’Italie, avant c’était l’Australie, là c’est le Canada. Le Canada, remarquez, j’ai l’habitude ! Mais bon, je me sens un peu comme U2. »

Nicola Sirkis rigole, mais il a de quoi être fier. Jamais, lorsque le quintette new wave a été fondé au début des années 80, il n’aurait pu imaginer parcourir un tel chemin, ni qu’Indochine allait devenir le porte-étendard de la pop française partout dans le monde. « Nous n’avions pas cette ambition ni cette prétention. »

Le groupe vient d’ailleurs de lancer une nouvelle chanson, Nos célébrations, dont le très joli clip relate ces 40 années comme le paysage qu’on voit défiler par la fenêtre d’un train. S’il n’y a pas de nostalgie chez Nicola Sirkis — « La nostalgie, jamais, je vais toujours vers le futur » —, il y a certainement dans Nos célébrations une touche de mélancolie devant le temps qui passe.

Dans ce clip, on voulait surtout montrer qu’on a été des observateurs des 40 dernières années. On a traversé tout ça, avec des choses qui nous ont troublés, qu’on a admirées, déplorées, mais on est survivants à tout ça.

Nicola Sirkis

Nos célébrations a été écrite l’an dernier, alors qu’il passait justement beaucoup de temps en train entre Paris et Londres, raconte le chanteur.

« C’est vrai que les voyages en train, c’est mélancolique. On a le temps de regarder le paysage. Ça m’a influencé, cette traversée : on a 40 ans, on est passés à travers tout ça ! On a commencé avec Mitterrand et le vinyle, on termine avec la COVID-19 et le iPhone. Mais on est toujours là, quoi qu’il arrive. »

Facteurs de changement

Les gars d’Indochine ont été observateurs de la société, oui, mais aussi acteurs et peut-être même un peu facteurs de changement. De 3e sexe, chanson (sortie en 1985, rappelons-le) absolument prophétique sur l’identité de genre, à College Boy, avec son clip percutant réalisé par Xavier Dolan, qui parle d’intimidation à l’école, en passant par la féministe Sufragette BB, Indochine témoigne, souligne, dénonce.

« Ce n’est pas volontaire, pas un devoir, mais il y a des choses qui m’ont touché et transporté, qui ont véhiculé des émotions qui m’ont permis d’écrire des chansons. Après, qu’elles aient pu toucher des gens, faire changer un peu les choses, c’est plutôt pas mal. »

Et même si certaines situations s’améliorent « petit à petit », il estime qu’il est toujours aussi nécessaire aujourd’hui qu’il y a 40 ans de prendre la parole pour donner la voix aux marginaux ou signaler ce qui ne va pas.

« Comme vous, la presse, par exemple, votre rôle aujourd’hui est de dénoncer les mensonges et les fake news, c’est très important pour sauver les démocraties. Ce n’est pas gagné. Il faut toujours être vigilant. »

Intergénérationnel

Mais Indochine, ce n’est pas que des textes. C’est aussi un sens de la mélodie — la preuve, ces quelques versions de chansons « petit piano sans voix » ajoutées à la première compilation, enregistrées par un fan coréen que Nicola Sirkis a repéré sur Instagram (!) —, une voix, un son qui s’est toujours nourri de la pop britannique, des constructions de chanson un peu atypique, une signature rythmique reconnaissable entre toutes, et des succès à la pelletée qui s’étalent sur 40 ans. Mais de recette, Indochine n’en a pas, estime le chanteur.

« Des fois, on surprend. Quand on a sorti Le baiser, personne ne savait que c’était nous ! Après, quand il y a eu cette période où plus personne ne parlait de nous, plein de nouvelles générations, qui aimaient Placebo, qui aimaient Blur et Oasis, sont allées voir Indochine alors qu’elles ne savaient même pas qu’on avait existé avant, qu’on avait fait L’aventurier et tourné partout sur la planète. »

Résultat, Indochine est devenu un groupe « intergénérationnel » — alors que de tout temps, « les jeunes n’ont jamais écouté la musique de leurs parents » et vice-versa, rappelle Nicola Sirkis.

Que le groupe ait réussi à se bâtir une légitimité est d’ailleurs sa plus grande fierté.

Aujourd’hui, ce groupe est respecté. Il n’a peut-être pas été pris au sérieux au début, mais il a touché beaucoup de gens, il les a accompagnés dans des épreuves et des moments de joie, et c’est magnifique. Et ce qui est beau, c’est qu’il continuera, encore.

Nicola Sirkis

Si un nouvel album est prévu pour 2022, il est loin d’être certain que le groupe fêtera ses 50 ans.

« C’est pour ça qu’on a décidé de souligner les 40 ans. Il faut être logique. Dans 10 ans, j’aurai 70 ans, est-ce que je serai assez en forme ? » Pour lui, la scène reste le meilleur moyen de communier avec le public, et sortir des albums sans tournée, très peu pour lui. « Les concerts, c’est le moment le plus magique et libertaire de ce qu’on peut avoir encore sur Terre. Tout est possible et permis, on peut crier, hurler, danser, s’extérioriser comme jamais. »

IMAGE FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Singles Collection (2001-2021)

Pour son anniversaire, Indochine a annoncé une série de spectacles dans des stades, qui est prévue en juin 2021 — si la pandémie perdure, des options ont été prises pour les deux années suivantes, explique le chanteur dont le groupe s’est fait très discret sur les réseaux sociaux pendant le confinement.

Si l’avenir du groupe est incertain, l’objectif principal reste donc de faire les spectacles prévus en 2021, et ce dans les meilleures conditions sanitaires possible. « J’espère que ça ne durera pas toute notre vie, cette histoire. »

Avec un saut au Québec aussi ? « Il est prévu quelque chose. Si tout va bien en France, tout ira bien au Québec. »

Singles Collection (2001-2021), sortie le 28 août.

Singles Collection (1981-2001), sortira le 27 novembre.