L’Orchestre Métropolitain (OM) dévoile ce mardi sa programmation d’automne. La formation profitera notamment d’une plus grande présence de son chef principal Yannick Nézet-Séguin, qui dirigera l’intégralité des concerts. Les œuvres au programme mettront également à l’honneur la musique écrite par des femmes ou des personnes noires.

Emmanuel Bernier
Collaboration spéciale

Comme les autres organismes musicaux qui ont annoncé leurs couleurs au cours du mois d’août, l’Orchestre Métropolitain devra composer avec des contraintes particulières cet automne : des concerts plus courts, sans pause, avec un public et un orchestre réduits. Si les concerts donnés dans les différents arrondissements montréalais ont dû être annulés étant donné la difficulté de répondre aux normes sanitaires dans certaines salles, les concerts à la Maison symphonique ont tous été doublés afin de permettre au plus grand nombre de spectateurs d’entendre l’orchestre.

Contrairement à l’Orchestre symphonique de Montréal, l’OM répétera chaque programme la même journée, soit à 17 h et à 20 h. Comme bon nombre de spectateurs ont choisi de conserver les billets qu’ils avaient déjà en leur possession, sept des dix concerts affichent d’ores et déjà complet.

Si les dates des concerts restent les mêmes, l’affiche change toutefois passablement, l’engagement des chefs invités ayant été reporté. Un des bons côtés de la pandémie pour l’orchestre est celui d’une présence accrue de son chef titulaire. Habituellement partagé entre sa phalange montréalaise, l’Orchestre de Philadelphie et le Metropolitan Opera de New York, Yannick Nézet-Séguin passera cette fois-ci l’essentiel de son temps à Montréal, sauf pour un séjour à Philadelphie afin d’enregistrer une série de concerts qui seront diffusés plus tard au cours de l’automne, l’organisation ayant décidé de tenir une saison entièrement virtuelle. « C’est important pour moi de rester près de mes troupes pour naviguer dans cette crise », assure celui qui célèbre cette année deux décennies d’engagement avec l’OM.

Deux des solistes prévus au départ sont demeurés au calendrier. Le violoncelliste Stéphane Tétreault interprétera ainsi le Premier concerto de Haydn le 6 novembre, en remplacement des œuvres de Lalo et Jaëll initialement prévues. Soliste en résidence de l’orchestre, le violoniste Blake Pouliot terminera pour sa part cette demi-saison le 20 décembre avec les Quatre saisons de Buenos Aires de Piazzolla comme annoncé en mars dernier.

Pour ce qui est du concert d’ouverture du 20 septembre, dont le point d’orgue devait être la Sixième symphonie de Mahler, il sera finalement l’occasion d’entendre une autre œuvre phare du compositeur autrichien, soit le Chant de la terre, avec deux vedettes du chant québécois, Michèle Losier et Frédéric Antoun, qui font habituellement carrière en Europe.

Relancer la musique chorale

Fait surprenant : en ces temps de réduction des effectifs scéniques, l’OM programme deux concerts de musique chorale. Le chef voit ces derniers comme des bancs d’essai pour « envoyer un message sur ce qu’il est possible de faire » en matière de musique chorale en temps de pandémie. Le Requiem de Fauré, chanté le 16 octobre par un chœur professionnel, la soprano Suzanne Taffot et le baryton Philippe Sly, sera une occasion de rendre hommage aux victimes de la COVID-19. En ce qui concerne la collaboration avec le Festival Bach prévue dans la première mouture de la saison (5 et 6 décembre), l’oratorio Elias de Mendelssohn a dû être remplacé par la Messe en si mineur de Bach, une œuvre demandant des forces vocales et instrumentales moins importantes.

La volonté, affichée en mars, d’établir une parité hommes-femmes sur le podium a également rencontré certains obstacles. « S’il n’y a pas de chefs invités, il n’y a pas — par définition — de parité » possible, admet M. Nézet-Séguin.

Les compositrices seront néanmoins à l’honneur avec la création de Prayer de l’Albertaine Vivian Fung, une partition inspirée par la présente pandémie dont la création aura lieu durant le concert d’ouverture, ainsi que l’œuvre Born by the River de la Métis Karen Sunabacka, jouée le 20 décembre.

Black Lives Matter souligné par l’OM

Le chef de l’OM voulait également souligner le mouvement Black Lives Matter en mettant en valeur des œuvres de compositeurs noirs. « La pandémie a permis […] de pousser la réflexion encore plus loin sur la représentativité qu’on doit avoir dans nos programmations », souligne le chef. Seront ainsi données la Symphonie no 2 du chevalier de Saint-Georges, surnommé le « Mozart noir » (6 novembre), ainsi que The Chariot Jubilee de l’Afro-Canadien Robert Nathaniel Dett (16 octobre).

Des musiciens de l’ensemble se produiront également au Théâtre du Nouveau Monde dans Pierre et le loup de Prokofiev (8 octobre) et Le Petit Prince d’Éric Champagne (23 octobre), toujours sous la direction de M. Nézet-Séguin.

Tous les concerts de la saison pourront être (ré)écoutés en ligne à partir du site web de l’OM.

Consultez le site de l’Orchestre Métropolitain