Such Pretty Forks in the Road aurait dû passer inaperçu. Alanis Morissette avait prévu lancer son premier album en huit ans au mois de mai dernier, quelques semaines seulement avant de démarrer une longue série de spectacles qui devait célébrer les 25 ans de Jagged Little Pill, album géant lancé en 1995 par l’autrice-compositrice-interprète originaire d’Ottawa. Cette tournée a été reportée à 2021 pour les raisons que l’on connaît, ce qui a permis de tourner les réflecteurs vers ce nouvel opus de 11 chansons, qui mérite certainement mieux qu’un rôle de faire-valoir.

Pierre-Marc Durivage
Pierre-Marc Durivage La Presse

Such Pretty Forks in the Road présente en effet une collection de chansons inspirées, probablement le plus bel effort d’Alanis Morissette depuis So-Called Chaos, en 2004. Certes, on n’a plus affaire à la jeune femme de 21 ans qui avait balancé à bout de bras son faux départ dance-pop pour se tourner vers le rock avec une furieuse énergie. Mais la femme de 46 ans a encore ce don d’exprimer ses élans d’introspection, dont les thèmes matures et sombres sont dorénavant canalisés le plus souvent à travers le piano de ballades franchement assumées.

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On a ainsi évacué les inspirations orientales un peu pastichées qui avaient trouvé leur place sur quelques pièces de Flowers of Entanglement, même chose pour les accents électros plus ou moins sentis de Havoc and Bright Lights. Les extraits Ablaze et Reasons I Drink nous rappellent ainsi pourquoi on a tant aimé Ironic et Thank U, pourquoi on est tombé sous le charme de cette rockeuse qui a sa façon bien à elle de faire débouler des vers trop longs dans un assemblage mélodique aussi improbable qu’irrésistible.

Il y a bien encore quelques guitares dans l’album coécrit avec le claviériste Michael Farrell, bien qu’elles n’aient plus le mordant d’il y a 20 ans. Elles sont aujourd’hui bien souvent appuyées par des sections de cordes, le tout servant à donner un souffle aérien et dramatique qui sert le propos de quelques-unes des pièces les plus puissantes de l’album.

IMAGE FOURNIE PAR CRUCH MUSIC

Such Pretty Forks in the Road

Morissette exprime d’entrée de jeu sa vulnérabilité sur Smiling, qui a incidemment trouvé sa place dans la comédie musicale Jagged Little Pill, présentée sur Broadway. Dans la courageuse et bouleversante Reckoning, elle revient sur la douleur de l’agression sexuelle qu’elle a subie alors qu’elle sortait tout juste de l’adolescence. Quant à l’imposante Nemesis, avec ses orageuses percussions, elle exprime de belle façon la peur ressentie face au changement. Tout en retenue pour mieux cadrer avec la facture générale de l’album, cette chanson au rythme dansant devrait littéralement exploser sur scène – elle a le potentiel de devenir un véritable hymne.

Pour l’instant, la seule façon de vérifier cette hypothèse sera de se rendre à Toronto en juillet 2021, unique arrêt canadien prévu dans la prochaine tournée de la chanteuse. Pour l’instant.

★★★1/2

POP-ROCK. Alanis Morissette. Such Pretty Forks in the Road. Epiphany Music.