Il y a un an, le guitariste montréalais Jordan Officer donnait le plus gros spectacle de sa vie, sur la grande scène extérieure du Festival de jazz devant 20 000 personnes. Cette année, c’est dans un Astral désert qu’il se produira dans le cadre de l’édition numérique du festival, organisée pour contourner les effets de la pandémie. Discussion avec un musicien aussi doué qu’allumé.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Qu’est-ce qui va te manquer du Festival de jazz cette année ?

Jordan Officer : On a eu une relation vraiment nourrissante depuis des années, le festival et moi. Ce sera quelque chose comme mon 21e, et chaque expérience a été unique. Cette année, ce sera un contraste énorme, parce que l’an dernier ç’a été le plus gros show de ma vie, sur la grande scène le vendredi soir, avec un band élargi, c’était incroyable. Là, ce sera devant une salle vide, mais ça m’excite autant. Ce sera aussi mémorable, mais pour d’autres raisons.

Donc le festival virtuel, ce n’est pas négatif pour toi.

Oh non, vraiment pas, parce qu’on vit quelque chose d’historique. En plus, ce spectacle, ça va être des retrouvailles importantes avec mes musiciens. C’est sûr qu’on a hâte de jouer devant du public et qu’on fait face à beaucoup de défis, mais on est contents de se revoir et ce sera un moment magique.

On se prépare comment pour un spectacle comme ça ?

Pas de répétition. On échange par internet, on aura un soundcheck, on va s’installer sur la scène à deux mètres de distance, et voilà. J’ai envie de mettre l’emphase sur l’impro. Des groupes comme Grateful Dead, leur principe sur scène était de ne jamais refaire le même spectacle d’un soir à l’autre, d’offrir chaque fois de nouveaux moments musicaux. Et ça me tente d’aller plus vers ça.

Donc ça pourrait t’inspirer pour la suite ?

Oui. En plus, dans le contexte des spectacles en ligne plutôt que dans une tournée de ville en ville, que les spectacles soient tous différents, c’est une valeur ajoutée, qui donne une raison d’en voir peut-être plusieurs.

Tu vas sortir trois albums le 17 juillet : un consacré au jazz, un au blues, et l’autre au country. Pourquoi ?

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Jordan Officer

Je suis un mélomane, pas juste un musicien. Le jazz, le blues et le country ont été les piliers de mon langage musical. C’est intéressant comme exercice, de raconter ma vie en trois styles. C’est une manière de dire : peu importe le genre, c’est moi, Jordan Officer.

Chacun des albums a été enregistré en une seule journée. Quel était le résultat recherché ?

Beaucoup des disques qui m’ont influencé ont été enregistrés de cette façon, et moi, j’ai toujours un peu joué avec ça sur mes albums : un mélange de chansons plus construites, avec de l’overdub, et d’autres plus live. Quand tu te mets dans cette position, avec des musiciens qui en sont capables, quand tu n’as pas le filet de sécurité que tu pourrais reprendre ton solo si tu veux, ça t’installe dans un moment présent très fort. Il y a une fébrilité, une intensité qui n’existe pas sinon.

Tu as lancé il y a quelques semaines une pétition demandant « la création d’un modèle d’écoute en continu viable », qui a déjà récolté près de 6000 noms. Tu as eu l’oreille du ministre Steven Guilbeault. Sens-tu une volonté politique d’agir ?

J’ai eu des beaux échanges avec le ministre, et il m’a encouragé à continuer à mettre de la pression. Il y a de la bonne volonté partout, mais pour que le streaming devienne un modèle plus viable, c’est un ensemble d’éléments qui implique beaucoup de gens au gouvernement. Mais plus qu’il y a de la pression, plus le sujet est d’actualité, plus il y a de chances que ça bouge. J’essaie de faire ma petite part, mais je suis loin d’être tout seul dans ça. Il ne faut pas que ce soit juste de petites vagues, il faut que ce soit soutenu.

C’est comme si la pandémie venait accentuer la crise que vit l’industrie de la musique ?

Oui. Le problème était là, on en parle depuis des années. On s’était habitués à ce que les revenus viennent surtout des spectacles, mais là, comme ils disparaissent pour un temps, ça devient plus évident que ce n’est pas normal. On ne demande pas d’éliminer le streaming, mais un effort global pour emmener ça vers quelque chose de plus intéressant pour toutes les parties impliquées.

Il y a quand même des choses qui sont relativement simples à appliquer si on le veut vraiment, non ?

Oui. Le régime de la copie privée, il existe déjà. C’est le point le plus difficile à expliquer, c’est un peu abstrait, mais c’est aussi le plus simple à appliquer parce que le système existe, mais qu’il n’a pas été actualisé pour les nouvelles technologies. Juste ça, ce serait un step énorme pour le monde de la musique, et qui ne demande pas, par exemple, de s’attaquer aux géants du web.

Quand tu penses à l’après-pandémie, tu es optimiste ou pessimiste ?

Je suis dans le moment présent, parce qu’on ne sait pas si dans six mois tout sera normal ou si on se prépare à faire les choses différemment pour les cinq prochaines années. Je suis de nature optimiste, j’ai des projets de spectacles pour le web, un podcast en préparation, je vais tomber en création bientôt. Il y a beaucoup de choses qui m’attendent et qui m’excitent, mais le futur est difficile à prédire.

Jordan Officer est en spectacle ce dimanche à 18 h dans le cadre de l’évènement Le jazz est dans l’air, qui se déroule jusqu’au 30 juin et qui sera présenté sur le site, la page Facebook et le compte Instagram du Festival international de jazz de Montréal.

> Consultez le site du Festival international de jazz de Montréal

Les albums Jazz vol. 1, Blues Vol. 1 et Country Vol. 1, produits par Spectra, seront en vente dès le 17 juillet.

IMAGE FOURNIE PAR SPECTRA

Pochette de l’album Jazz vol. 1

IMAGE FOURNIE PAR SPECTRA

Pochette de l’album Blues Vol. 1

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Pochette de l’album Country Vol. 1