Une autre légende du jazz s’est éteinte après avoir été victime du coronavirus : le saxophoniste alto Lee Konitz est mort mercredi soir d’une pneumonie consécutive à la COVID-19 dans un hôpital de Greenwich Village à New York, a confirmé son fils Josh aux médias.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Né le 13 octobre 1927 à Chicago et formé d’abord à la clarinette, le saxophoniste de 92 ans était le dernier musicien survivant à avoir participé à l’enregistrement du mythique Birth of Cool de Miles Davis, enregistré en trois séances en 1949 et 1950 et sorti en 1957. Il a joué aussi sur le tout aussi important Miles Ahead, sorti également en 1957, et a démarré sa propre carrière solo avec l’album Subconscious-Lee, sorti en 1955.

La carrière de cette figure emblématique du cool jazz, tout autant admirateur des standards de Charlie Parker que grand maître de l’improvisation — « Je suis constamment surpris par le miracle de l’improvisation », disait-il lors d’une entrevue publiée en 2000 et citée sur le site du Guardian —, s’étend sur 75 ans. Il avait 18 ans lorsqu’il a fait ses premiers pas de musicien professionnel.

« Dès le milieu des années 40, la rencontre du pianiste visionnaire Lennie Tristano, originaire de Chicago comme Konitz, avait ouvert les horizons au jeune saxophoniste. D’entrée de jeu sur la planète jazz, il était du côté des grands réformateurs du jazz, ces pionniers de la grande transition entre une musique populaire et une musique savante, désormais classique », écrivait le journaliste Alain Brunet dans La Presse en 2003, lors d’un passage de Lee Konitz au Festival de jazz de Montréal.

En plus de Miles Davis et Lennie Tristano, Lee Konitz s’est en effet associé à une foule de grands noms du jazz au cours des décennies, allant du plus classique au plus expérimental : Gil Evans, Charles Mingus, Ornette Coleman, Charlie Haden, Warne Marsh, Chet Baker, Jim Hall, Jimmy Giuffre, Paul Bley, Harold Danko, Martial Solal, Alan Broadbent et Brad Mehldau, pour ne nommer que ceux-là.

« J’ai toujours voulu couvrir tous les aspects de la musique improvisée, de l’avant-garde à la relecture des standards. Je suis encore déterminé à faire évoluer mon travail, j’essaie autant que possible de garder les oreilles bien ouvertes, car il est toujours inspirant de découvrir de bons musiciens. C’est ce que je fais chaque jour », disait le musicien au cours de cette même entrevue.

Lee Konitz avait eu des problèmes de cœur ces dernières années, relate le Guardian, mais continuait à se produire en spectacle, notamment lors d’une tournée européenne en 2018. Il avait même fait une performance privée pour ses 92 ans.

Il laisse dans le deuil ses cinq enfants, Josh, Paul, Rebecca, Stephanie et Karen.

Outre Lee Konitz, de nombreux musiciens de jazz sont morts de la COVID-19 depuis le début de la pandémie, dont Wallace Roney, Manu Dibango, Mike Longo, Ellis Marsalis et Bucky Pizzarelli.