(Paris) « Je ne peux pas être la porte-parole de toutes les femmes, je peux juste être une des figures du féminisme, et d’ailleurs malgré moi » : Angèle mesure auprès de l’AFP son changement de statut, portée par son succès à message Balance ton quoi.

Philippe GRELARD
Agence France-Presse

La parution vendredi de Brol, la suite, réédition enrichie d’inédits du premier album de la chanteuse belge, Brol, paru en octobre 2018, est l’occasion d’un bilan. Ce disque de diamant (équivalent de 500 000 ventes) a fait d’elle une vedette à 23 ans. Mais pas seulement.

« Quelques mois après la sortie de l’album, je me suis dit que le morceau Balance ton quoi devenait malgré moi politique alors que j’avais écrit un état des lieux, un truc que je vivais en tant que jeune fille, dans la rue, au travail, n’importe où », analyse-t-elle.

« Je me suis plus instruite depuis sur le féminisme, car j’ai réalisé la légèreté des paroles, poursuit-elle. Je ne regrette pas, ça reste juste, mais ça reste les paroles d’une jeune fille de 21 ans (âge à l’écriture du morceau) qui est dans un milieu vachement privilégié ».

Elle se félicite d’avoir sensibilisé des jeunes générations sur le fléau du sexisme : « Des filles et des garçons me disent “on l’écoute tous à l’école” ». Mais « le combat n’est pas fini », insiste-t-elle.

Un autre sujet la préoccupe, l’écologie, et par rebond elle fustige les « critiques sur le physique » de Greta Thunberg, illustration selon elle d’un « déni général ».

« C’est assez fou »

Pour en revenir à sa jeune carrière, le 23 octobre, Angèle a fêté les deux ans de la sortie de son premier morceau, La loi de Murphy. Quel mot poserait-elle sur son parcours depuis ? « Tsunami, cascade… je vote tourbillon, ce n’est pas que négatif, ça sous-entend que ça peut être très chouette », sourit-elle.

La Belge est devenue une des chanteuses les plus suivies sur les réseaux sociaux (2,2 millions d’abonnés sur Instagram) où elle est très active. Et, en dehors, sa vie privée a du mal à le rester, là encore malgré elle. Sans parler des sollicitations — égoportraits, autographes, etc. — en public.

« Au début j’avais du mal, maintenant je comprends que c’est comme ça. Je pourrais juste arrêter la musique si je veux qu’on me foute la paix, mais je ne veux pas arrêter, j’ai appris à m’adapter ».

Ses deux dernières années ont été remplies « à 100 % ». « Et depuis le mois d’avril et la tournée des Zenith j’ai réalisé que j’avais pris un “step” (un pas de plus) : il y a deux ans, je n’avais même pas une date à Paris, je jouais dans un bar, c’est assez fou ».

« Bonheur dans mon regard »

Elle n’a pas encore « eu le temps d’avoir le blues, ce manque » quand une pause arrive. Elle « appréhende » d’ailleurs la « fin de la tournée » : « je rajoute des dates, je ne me vois pas arrêter ». Il le faudra bien pourtant.

« Je me pose beaucoup la question sur la suite et la fin de l’exploitation de l’album : le jour où je dois me retirer pour faire le deuxième album, il sera important de ne plus être présente sur les réseaux sociaux. Les réseaux, c’est lié au projet. Je me suis fait connaître comme ça, il faudra que je me fasse un peu oublier ».

En attendant cette future pause, on l’interroge sur son meilleur souvenir de scène. Elle cite « le Forest National, notre Bercy symboliquement en Belgique, même si c’est la jauge d’un Zenith ».

« C’était incroyable, j’avais invité des gens super-importants sur scène, Damso, mon père (Marka, chanteur), mon frère (Roméo Elvis), il y avait 8000 personnes, des moments presque en transe ».

« Après, on a fait la fête toute la nuit, j’avais l’impression de fêter mon mariage (rires) avec ma famille, mes amis, des gens avec qui je travaille, tout le monde voyait le bonheur dans mon regard ».