Trois ans après sa tournée Récidive, Plume continue son travail de mise en lumière de son répertoire dans une nouvelle série de spectacles qui le mènera dans une vingtaine de villes du Québec pendant tout l’automne. Il donnait mercredi soir à la Cinquième Salle de la Place des Arts la première de quatre représentations à guichets fermés de sa nouvelle tournée intitulée Séquelles ? — une supplémentaire est même annoncée au Théâtre Maisonneuve le 8 avril.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Séquelles ?, c’est pour « Séquelles qu’il va chanter, monsieur Plume ? », indiquait le communiqué annonçant le spectacle, mais c’est un Plume plus sérieux et un peu amoché qui s’est présenté devant nous mercredi.

Il est encore cette fois accompagné du trio Laird, composé de Jean-Claude Marsan à la guitare et de Grégoire Morency à la basse. Mais un autre guitariste, Donald Meunier, s’est ajouté si on comprend bien à la dernière minute, le fidèle Jean-Claude s’étant cassé un doigt.

Le pauvre musicien, de bonne humeur malgré tout, a pu à peine jouer de son instrument, se contentant de faire ses harmonies si typiques et servant comme d’habitude de figure rassurante aux côtés du grand flanc mou jamais très souriant.

Ce spectacle n’est donc pas pour ceux qui aiment leur Plume rock and roll 

Comme dans Récidive, l’auteur-compositeur-interprète aux références classiques, qui vont de la Chanson de Roland à Brassens, a puisé dans son immense répertoire chansonnier pour en extraire de nombreuses perles. Pendant toute la soirée, il les a enfilées en ne perdant pas de temps ni en interventions — il a bizarrement été peu loquace, faisant seulement quelques allusions ironiques aux élections fédérales — ni même en pauses entre chacune d’elles pour laisser aux spectateurs le temps d’applaudir.

Le spectacle se déroule ainsi à toute allure, Plume regroupant les chansons par familles musicales ou thématiques. Et dans chacune, on retrouve de petits bijoux poétiques qu’on ne pourra nommer tous ici, tant ils sont nombreux, de Marie-Lou de Cyril Lepage à Cahin-Caha (Tarapâpu !) – « C’est tout comme s’il y avait des gens/ Pour qui la vie est indigeste/ C’est tout comme s’il y avait des gens/ Qui sont p’t être mieux morts qu’indigents » —, de Faux dur à Quelle histoire, de Blouse d’automne à Si, de la Ballade des caisses de 24 — « Errer de taverne en taverne à la recherche d’une bouée/ Les yeux noyés dans l’fond des cernes/ Comme des yeux de zombie mariné » à Dans la piaule de Louis.

Classique et sobre

Il n’a pu s’empêcher non plus d’en placer quelques-unes, disons-le gentiment et en empruntant ses mots, plus nounounes. On avoue qu’on se serait passé de Niaiseries ou de La p’tite vingnenne, par exemple, qui frôlent la misogynie, qui ont mal vieilli, et qui en fait n’ont jamais figuré parmi ses plus brillantes.

Et elles brillent encore moins à côté d’une chanson comme Les pauvres, chef-d’œuvre de son répertoire qui est lui aussi daté — qui parle de pauvreté aussi crûment et de manière aussi réaliste aujourd’hui ? —, mais toujours d’actualité dans ce monde qui manque d’empathie. Pour mémoire, relisez seulement le premier couplet : « Les pauvres ont pas d’argent/Les pauvres sont malades tout le temps/Les pauvres savent pas s’organiser/Sont toujours cassés ».

Plume interprète donc sa quarantaine de chansons — seul le premier bloc est présenté sous forme de medley — de manière extrêmement classique et sobre, l’approche chansonnière étant probablement la seule qui sied à ces textes finement travaillés et ces musiques qui oscillent entre le blues et la ritournelle, le bluegrass et la chanson. Les mauvais compagnons, qui arrive dans la dernière ligne droite, est une des seules à être interprétée de manière plus rock, manière grand flanc mou.

Mais c’est justement dans la dernière partie du spectacle qu’on a vu l’état de Plume se détériorer, le chanteur et guitariste de 73 ans ayant visiblement mal à la main gauche et s’étirant les doigts entre chaque pièce.

« Arthrite, arthrose, ça ferait une belle chanson ! Eh, que c’est pas drôle de vieillir », a-t-il lancé, ironique, mais on s’est sérieusement demandé s’il serait en mesure de finir le spectacle — il a même sauté deux chansons prévues au programme. Il s’est lancé ensuite dans chacune des dernières avec toute l’énergie et le métier du vieux pro qu’il est, mais ne pouvant retenir une grimace lorsqu’elles étaient terminées.

En le voyant quitter lentement la scène, saluant à peine le public qu’il avait bercé pendant près de deux heures de ses chansons, de son humour noir et de sa poésie, la mélancolie de Sapolin 148, qui figure sur le classique Pommes de route (1975), nous est remontée dans la gorge.

« Un matin qui s’éteint/ Sapolin/ Sous le gris d’une pluie de mes nuages usés/ Qu’un vent sale a charroyé/ Dans tout’ les bars pis d’tout’ les côtés/ Un paquet d’larmes enfumées/ De rires… rires en spray ». Souhaitons, pour lui comme pour nous, que monsieur Plume réussira à distiller encore ses mots tristes ou durs sans trop souffrir cet automne.

Séquelles ? Plume Latraverse. À la Cinquième Salle de la Place des Arts. Ce soir et demain, 20 h.

Consultez le site de l’artiste : https://www.phaneuf.ca/plume/