Jónsi, figure de proue de Sigur Rós, et son amoureux Alex Somers transportent sur scène — avec 40 musiciens — les morceaux de leur album Riceboy Sleeps, paru en… 2009. Une tournée qui a des airs de voyage dans le temps et qui passe par le Théâtre Maisonneuve.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Du soleil dans la grisaille

Il y a 10 ans, quand Jónsi et Alex Somers ont lancé Riceboy Sleeps, c’était déjà presque une vieille histoire. Les deux musiciens travaillaient à temps perdu sur ces musiques depuis environ cinq ans lorsqu’ils ont décidé de fuir la grisaille de l’Islande pour les cieux plus cléments d’Hawaii et d’enfin mettre la touche finale à ces morceaux qui, comme le dit Jónsi, donnent l’impression que « le soleil perce les nuages d’une journée grise et amène un peu d’espoir aux âmes esseulées ». Pas très loin de la galaxie où vogue Sigur Rós, en fait. « Ça fait bizarre de parler de ces musiques aujourd’hui, convient le chanteur à la voix de fausset, mais c’est plaisant de se rappeler ce moment de notre vie. »

Fait à la maison

IMAGE FOURNIE PAR XL RECORDINGS

Riceboy Sleeps, de Jónsi & Alex

Il a été écrit souvent que l’album Riceboy Sleeps découlait d’un projet d’arts visuels. Ce n’est pas le cas, assure Alex. « La confusion vient sans doute du fait qu’on a publié un livre ensemble en 2006 », dit-il. Les morceaux de Riceboy Sleeps se sont plutôt construits petit à petit, au fil d’enregistrements faits à la maison, entre la cuisine, le salon et la chambre à coucher. « Ne pas aller en studio faisait en sorte que c’était plus relaxe, raconte Jónsi. La musique finit par faire partie de ta vie, de ton être, alors tu t’y plonges lentement et peux la modeler lentement. »

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Créer en couple

PHOTO LILJA BIRGISDOTTIR, FOURNIE PAR JONSI & ALEX

Jón Þór Birgisson, dit Jónsi, et Alex Somers

Alex dit que, comme Jónsi et lui sont tous deux musiciens, travailler ensemble a été un geste « naturel ». Comment est-ce de travailler avec son conjoint ? « Horrible ! », lance Jónsi. On n’en croit évidemment pas un mot : les deux artistes n’ont pas composé seulement un album ensemble, mais aussi des musiques pour des installations artistiques et des films. « Ça se passe très bien, en fait, reprend-il. Alex et moi, on s’entend sur ce qui marche ou pas, ce qui convient ou pas, sans trop s’obstiner. » Les deux hommes partagent également une même inclination pour la musique chorale. On ne s’étonne pas qu’ils acquiescent lorsqu’on évoque une parenté d’esprit entre les œuvres vocales d’un Thomas Tallis, par exemple, et Riceboy Sleeps, album aussi marqué par un désir d’élévation.

Deux musiciens parmi tant d’autres

Avant le début de la tournée, Jónsi et Alex ont reçu des plans de scène en provenance de leur équipe technique. Ils avaient été placés devant l’orchestre et le chœur. « Moi, ça m’allait. Jónsi, lui, ne voulait pas être en avant. Il chante dans un groupe depuis plus de 20 ans, il est toujours au premier plan, sous les feux des projecteurs, alors il avait très envie de faire partie d’un orchestre, d’être un élément d’un organisme sonore. » Jónsi a suggéré qu’Alex et lui soient plutôt au centre, parmi les dizaines d’autres musiciens. Il décrit cette expérience comme de se trouver dans un « cocon ». « Ça a quelque chose de réconfortant », dit-il. « Jónsi avait raison, renchérit Alex : c’est magnifique et ça sonne bien. »

Traduction live

Riceboy Sleeps s’ouvre avec une pièce de plus de neuf minutes. La suivante en fait plus de huit. La plus courte : cinq minutes. Les morceaux se développent dans une mosaïque de textures et de subtiles déclinaisons de couleurs. « Reproduire un album sur scène, ce n’est évidemment pas possible, convient Alex, mais c’est aussi libérateur. On veut d’abord capturer l’esprit, l’intention, l’âme, la texture et le rythme de ces musiques. Il faut simplement user de son imagination… » Jónsi et Alex comptent sur un chœur et un orchestre de plus de 40 musiciens. L’essentiel est acoustique, mais ils disposent aussi d’un échantillonneur pour ajouter un peu de texture. « Ce n’est pas une reproduction exacte, insiste Alex, mais les mélodies et les textures de l’album se retrouvent dans le concert. »

Au Théâtre Maisonneuve, demain, 20 h.

Consultez le site de Jónsi & Alex : https://jonsiandalex.com/