(Dakar, Sénégal) Caméléon sur le sol africain, le DJ Ghislain Poirier affiche une mine solaire à Dakar. La mégapole du nightlife lui sied à merveille.

Hélène Boucher
La Presse

Quelques heures avant de s’envoler pour l’Hexagone, où il était attendu au Printemps de Bourges jeudi dernier, celui qui est aussi producteur vibrait encore de l’effervescence de ses performances à Praia, au Cap-Vert, et dans la capitale sénégalaise.

Un terrain de jeu pour tester ses compositions face à un public épris d’électro – une nouvelle tendance au Sénégal, empire ouest-africain du hip-hop –, dont son nouveau single, Le monde est à nous. Une collaboration avec le rappeur Imposs, du trio Muzion, qu’il qualifie d’illustration de tous ses intérêts musicaux antillais et africains.

L’expérience africaine de Poirier ne date pas d’hier. Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, Ouganda, Mayotte, la Réunion, Tunisie : autant de pays figurant depuis 1998 à son passeport. 

« Tout ce parcours dans des contextes aussi divers donne du sens à ma démarche. Et c’est encore plus plaisant lorsque je joue mes propres chansons et que les gens dansent dessus ! »

À Dakar comme ailleurs, son but est d’être là, sur ces scènes naturelles. « Je joue en Afrique comme si j’étais à Montréal ! », lance en riant celui qui en est à son troisième passage au Sénégal.

Circulation culturelle

Tête d’affiche de la soirée ElectrAfrique d’avril à la Maison de la culture Douta Seck, Poirier n’a pas chômé durant son séjour éclair. Il s’est envolé pour Praia, capitale du Cap-Vert, pour participer à une rencontre d’artistes réunis par la délégation du Québec. Puis il s’est éclaté au bar Aqva et est revenu à Dakar pour une ultime soirée au King’s Living Room, avec son complice Jeremy Bellot. Le DJ en pleine orbite internationale a joué devant des foules de plus de 500 personnes. Un travail de terrain face à un public fin prêt à recevoir cette vague.

Au fil de son éducation musicale, Poirier a adhéré à la dimension rythmique africaine. Le courant hip-hop sénégalais de la fin des années 90 engendré par les formations mythiques Positive Black Soul et Daara J l’a frappé. « Il y a quelques jours, j’étais à bord d’un taxi sénégalais, le conducteur écoutait la première cassette de Daara J, que j’ai à la maison. Il m’a fait plaisir ! »

L’Afrique du Sud, l’Angola, le Nigeria, le Mali, la Côte d’Ivoire et le Ghana sont ses pays carburants électros. Au Sénégal, il vient de découvrir le collectif Guiss Guiss Bou Bess, avec son mélange électro-sabar, entre percussions traditionnelles et rythmes contemporains mbalax. 

« On assiste en Afrique à une explosion de musiques électroniques et je trouve cela hautement inspirant. »

Il déplore que les gens aient encore une image trop unidimensionnelle rurale de l’Afrique. À ses yeux, Abidjan et Dakar sont des villes qui bouillonnent et surchauffent, avec leurs problèmes et leurs beautés. Une énergie loin de celle de Montréal. Par sa situation géographique à la pointe ouest du continent, entourée d’eau, avec ses zones semi-désertiques, Dakar a tout pour lui plaire. Il s’y sent comme un poisson dans l’eau.

Avant de rentrer au bercail pour animer ses fameux rendez-vous Qualité de luxe à l’Ausgang Plaza (ce soir), Poirier envisage de nouvelles connexions avec le Sénégal. Sans trop en dire, le placide maître des platines aspire à créer des ponts entre Dakar et Montréal. Il lorgne aussi du côté du Burkina Faso.

« C’est une fois sur le terrain que les choses se font. Le voyage permet de comprendre les scènes et de tisser des liens qui nous lancent sur de nouveaux projets », évoque le prolifique créateur.