Vilain Pingouin n’est jamais complètement sorti du paysage musical québécois, mais, depuis le lancement du minialbum Coup d’cœur en novembre 2018, on parle de « retour ». Voire de renaissance dans le cas de Rudy Caya, qui tient le micro après s’être remis d’une série d’AVC.

Josianne Desloges Josianne Desloges
Le Soleil

« On ne sort plus d’albums, on préfère faire des minialbums, indique le chanteur à la voix reconnaissable entre mille. Je trouve ça trop de trouble d’entrer en studio pour 12 chansons, quand au moins 8 vont passer à peu près inaperçues. Les gens n’écoutent plus la musique de la même façon. J’aime autant sortir quatre tounes par année. »

Après Coup d’cœur, les musiciens entendent lancer Coup d’main, en collaboration avec d’autres artistes, encore indéterminés. « Quand ce sera prêt. On ne se met pas de date et pas de pression », indique Rudy Caya.

« Notre premier album, on avait eu des années pour le faire. Le deuxième est sorti vite parce que nos vies avaient tellement changé en peu de temps qu’on avait plein de choses à dire. Après, on n’a pas voulu suivre la recette de sortir un disque tous les deux ans. On attendait d’avoir quelque chose d’utile ou d’important à dire », explique-t-il.

Cent métiers… ou presque

En musique comme dans la vie, l’homme de 58 ans a toujours roulé à son propre rythme, et a été moins présent sous les projecteurs ces 10 dernières années.

« En plus des shows et de la vie, j’ai fait 36 métiers. J’ai travaillé pour l’une des plus grosses boîtes de communications au monde, j’ai fait des entrées d’asphalte, de la rénovation. Le spectre est large », raconte-t-il.

Même s’il dit avoir beaucoup appris chez Hill+Knowlton Strategies, il s’est rapidement aperçu que les relations publiques ne lui convenaient pas. « Mon patron m’avait engagé pour qui j’étais, donc il évitait de me confier des dossiers sur lesquels j’aurais eu tendance à écrire des chansons pour les dénoncer, explique Rudy Caya. Prêter mes bras, ça ne me dérange pas, prêter ma tête, isch… pas plus que ça. »

Il a donc préféré faire des emplois plus physiques, tout en continuant de créer des chansons. Par plaisir, jamais avec l’ambition d’en vivre ou de devenir une vedette.

Je suis auteur-compositeur, mais je ne compte pas là-dessus pour payer mes comptes. Faire une deuxième version du Train, se demander ce que les gens veulent entendre ou quelle est la musique à la mode, ce n’est pas pour moi.

Rudy Caya

Musicalement, il a toujours puisé à plusieurs sources. « Quand on écoute les albums des Pingouins, on a toujours fait du funk, du jazz, du reggae, du ska. J’ai fait des features sur du hip-hop, j’aime toutes les musiques et je n’ai pas envie de me mettre de barrières », note-t-il.

Même s’il a été élevé en français et en anglais — la langue de sa mère —, il a choisi d’écrire dans la langue de Molière dans le sillon de groupes français comme La Souris Déglinguée et Bérurier Noir. Et, encore là, parce qu’il faisait passer la musique avant les grandes ambitions. « Je suis dans un groupe parce que je ne suis pas à l’aise d’être trop en avant. Une carrière américaine, même dans un groupe, c’est trop gros pour moi. J’aime pouvoir être un chanteur quand je chante et une personne ordinaire le reste du temps », expose-t-il.

Les ennuis de santé

S’il parle ouvertement de ses ennuis de santé, on sent qu’il n’entend pas s’étendre sur les efforts qui ont été nécessaires pour retrouver l’usage de son bras droit, de sa mâchoire et de ses jambes. « La nature de mon métier fait que toute la vie, j’ai dû m’adapter. Je ne vais pas me morfondre. »

« J’ai été un peu niaiseux, indique-t-il néanmoins. J’avais eu une prescription pour des pilules que je ne prenais plus. J’avais l’habitude de boire quatre grosses boissons énergétiques par jour. Je fumais deux paquets par jour… »

J’ai arrêté toutes les mauvaises habitudes, je dors plus qu’avant. Je me concentre plus sur le fait d’économiser mes forces pour être au max aux shows. Mais quand j’arrive sur le stage, c’est pas mal comme avant.

Rudy Caya

Il y a neuf jours, au Festif ! de Baie-Saint-Paul, Vilain Pingouin a attiré une foule qui débordait dans la rue principale et qui chantait les paroles de ses chansons avec enthousiasme, malgré la chaleur caniculaire. « Quand on fait Le train, ou Salut salaud, on s’y attend, mais là, ils chantaient aussi les vieilles chansons qui n’ont pas été des hits et nos nouvelles chansons. C’était vraiment une foule de fans. On était surpris », raconte-t-il.

Le groupe remontera sur scène samedi prochain dans le Petit-Champlain, à Québec, dans le cadre des Fêtes de la Nouvelle-France.

« La raison principale pour laquelle on joue ensemble, c’est qu’on a du fun, souligne Rudy Caya, qui roule sa bosse depuis le début avec Claude Samson et Michel Vaillancourt. Les nouveaux ont été choisis pour fitter. On leur dit : “Enfle-toi pas la tête, prends-toi pas pour un autre, aie du plaisir, ça va bien aller.” »