Hors de la Scandinavie, les férus de l’étiquette ECM ont découvert Bobo Gustav Stenson au tournant des années 70. On a savouré son jeu sur des enregistrements mythiques… et on ne l’a jamais eu droit à une prestation solo de sa part au cours des 40 années de FIJM.

Alain Brunet Alain Brunet
La Presse

Associé aux Jan Garbarek, Terje Rypdal, Arild Andersen, Jon Christensen, et autres Palle Danielsson, ce pianiste suédois fut l’un des artistes fondateurs du style ECM, que certains avaient nommé jazz de chambre à son âge d’or, notamment pour sa sensibilité européenne. Aux caractéristiques du jazz, on avait ainsi greffé des éléments de musique romantique, d’impressionnisme français, de folklores du monde, de formes inhérentes à la chanson moderne.

Au début de sa carrière, Bobo Stenson accompagnait des musiciens américains de passage à Stockholm, dont le trompettiste et cornettiste Don Cherry qui s’était alors installé en Scandinavie. Un demi-siècle plus tard, il est toujours actif, son récent enregistrement Contra la Indecision a récolté de très bonne critiques-toujours chez ECM, sorti en 2018.

On le sait capable de très longues improvisations-exécutées dans un esprit comparable à celui de feu le pianiste (d’origine montréalaise) Paul Bley, qui fut aussi un pionnier de l’étiquette ECM.

Vendredi au Gesù, Bobo Stenson nous a offert un concert entièrement improvisé, sans interruption aucune. Ce continuum de 70 minutes fut coiffé d’une rappel servi sous une forme chanson à peine jazzifiée.

On aura observé que la profondeur harmonique du pianiste septuagénaire était au cœur de son art circonspect, qu’elle servait sa propension à créer une trame narrative lente et sûre, comportant de superbes passages en fondu enchaîné.

Ces qualités compensent largement les limites évidentes de son articulation. Et alors ? Lorsqu’on a vraiment quelque chose à dire comme c’est le cas de Bobo Stenson, force tranquille du jazz contemporain, cette considération n’a aucune espèce d’importance.