Avec son nouvel espace, joliment nommé Ursa, Martha Wainwright veut rassembler la communauté en un projet fédérateur, sous le signe des arts et de la musique.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Ce printemps, Martha Wainwright a acquis l’immeuble du 5589, avenue du Parc, en plein cœur du Mile End. L’endroit, qui était la propriété du chef Danny St Pierre et qui abritait le restaurant La Petite Maison, compte également comme locataire Pop Montréal, au premier étage. C’est d’ailleurs dans le petit espace du demi-sous-sol, désormais rebaptisé Ursa, qu’a été dévoilée la programmation du festival de musique automnal, il y a deux semaines.

Le chat est donc sorti du sac : l’auteure-compositrice-interprète, qui a cinq albums à son actif (et un sixième en élaboration), fille de Kate McGarrigle et sœur de Rufus Wainwright, est désormais aussi, à sa manière, une femme d’affaires.

« J’avais cette idée d’ouvrir une boîte à musique, mais aussi un centre communautaire, galerie d’art, café, bar… Toutes les choses qui m’intéressent finalement ! (rires) Depuis que je suis revenue à Montréal, il y a cinq ans, c’était clair pour moi que je voulais faire un projet avec mes cousins, dont je suis très proche, mes amis, la communauté ici. Et comme mes enfants sont à l’école, je dois plus m’ancrer ici, je ne peux pas partir en tournée tout le temps. »

Espace mouvant

Ce bâtiment typique du Mile End est, selon elle, très « Montréal » – il porte en lui beaucoup d’histoire et a besoin d’un peu d’amour… comme Montréal ! Martha Wainwright compte d’ailleurs en conserver l’authenticité et ne pas le transfigurer. « On n’en fera pas une boutique-hôtel ! », lance-t-elle. 

L’Ursa n’est pas encore officiellement ouvert. Il y a encore beaucoup à faire, à rénover et à définir dans ce petit espace allongé qui sera divisé entre un café-lounge à l’avant, une petite cuisine et une salle de spectacle intime à l’arrière.

La chanteuse souhaite que l’Ursa devienne « ce que les gens ont besoin que l’endroit soit », un peu à la façon d’un centre communautaire qui pourra offrir, selon l’heure de la journée, différentes activités familiales, ateliers ou cours de cuisine, avec un petit café qui servira des choses simples et bonnes à boire et à manger, avec un souci de mettre de l’avant des aliments et produits locaux.

Cela dit, il est clair que la musique est le fil conducteur, le mur porteur de l’établissement. « J’aimerais en quelque sorte remettre la musique dans la vie, de façon très naturelle, créer un espace où je pourrai jouer de la musique, inviter des artistes de Montréal et de l’international aussi », dit celle qui a pris conscience, en investissant l’espace, du besoin de la communauté artistique montréalaise de retrouver un espace à échelle humaine où se produire et se rencontrer, avec la fermeture récente d’endroits comme le Divan orange.

« C’est une petite salle, on peut y être une vingtaine de personnes, mais on peut aussi y serrer beaucoup de gens ! », explique celle qui se dit ouverte à tous les styles musicaux, du concert acoustique jusqu’aux DJ.

« J’espère y accueillir des artistes plus émergents et des artistes plus connus qui voudraient y faire des spectacles secrets ou des side projects. » — Martha Wainwright

Les gens pourront découvrir l’endroit pour la première fois à l’occasion de l’Ursa micro, mini-festival de trois jours durant le week-end du solstice d’été, du 21 au 23 juin, avec la participation d’artistes comme La Force, Brad Barr, Betty Bonifassi et Éloi Painchaud, entre autres. Un autre micro-événement devrait suivre à la fin août, avec ouverture complète prévue à l’automne.

« Maman ourse »

Le nom, Ursa, est inspiré d’un bracelet qui lui a été offert par une amie lors d’une période difficile, avec l’inscription « Mama Bear ». Et c’est ainsi que se voit un peu la maman de deux jeunes garçons : porteuse et protectrice d’un projet quelque peu éclectique, à son image, et qui prendra vie avec l’apport de la communauté.

« Quand j’étais jeune, mon éclectisme était souvent vu comme un problème pour ceux qui essayaient de définir mon style de musique, mon image. J’ai toujours eu de la difficulté à entrer dans une boîte. Et finalement, je réalise qu’après 20 ans, j’ai finalement réussi à me “brander” juste en étant… moi-même ! », conclut-elle en éclatant de rire.