Chanter en anglais est un atout indéniable pour s'illustrer à l'échelle internationale. Les artistes doivent toutefois commencer quelque part. Choisir l'anglais n'est pas une solution magique si le point de départ est le Québec.

Alexandre Vigneault LA PRESSE

En musique comme en affaires, la langue de Justin Bieber est perçue comme la clé d'une carrière internationale. Or, cette logique est en partie contredite par la réalité culturelle du Québec, malgré les succès à l'étranger de Céline Dion, Simple Plan ou Pascale Picard.

«Chanter en anglais, ce n'est pas le chemin de la facilité, contrairement à ce qu'on pourrait penser», avertit Doba, dont l'album éponyme compte 90% de chansons en anglais. Mylène Tapp, présidente de la boîte de gérance et de booking 9e Vague, dresse un constat plus brutal: «Pour quelqu'un qui n'est pas connu, c'est l'enfer. Il n'y a pas d'intérêt pour ça.»

Et Pascale Picard? «C'est une exception, parce qu'elle a eu un hit avec Gate 22», répond celle qui oeuvre dans l'industrie québécoise de la musique depuis plus de 25 ans. Se faufiler sur les ondes radios, qui demeurent une puissante machine à lancer des carrières, serait toutefois mathématiquement plus difficile pour un francophone qui chante en anglais.

L'entonnoir des quotas

«Les quotas sont limités, alors si tu chantes en anglais, tu as moins de chance légalement», analyse Étienne Roy, chez Audiogram. Il fait référence aux quotas du CRTC, qui impose 65% de titres en français aux radios francophones. Ce qui laisse 35% du temps d'antenne consacré à la musique pour le reste de la production mondiale en anglais.

«C'est un peu plus difficile [pour les francophones qui chantent en anglais] parce que, en partant, ils deviennent un tout petit poisson dans un grand océan», explique Guy Brouillard, directeur musical à CKOI. «Ça devient Doba contre Lady Gaga, Doba contre Madonna», résume Doba elle-même.

Solange Drouin, directrice générale de l'ADISQ, ne croit pas qu'il faille mettre l'absence de chansons anglaises faites ici sur le dos des quotas. «Dans les 35%, les radios pourraient les faire tourner, dit-elle, mais elles choisissent des artistes étrangers.» Guy Brouillard ne le nie pas. «Pourquoi on ferait jouer ça plutôt que Madonna ou Britney Spears? Il faut que ce soit vraiment bon ou qu'il y ait un buzz

Une autre exception?

The New Cities, de Trois-Rivières, fait partie des rares artistes francophones qu'on retrouve dans le Top 50 anglophone. Sa chanson The Hype s'est hissée en 18e position, devant Karl Wolf (22e) et Simple Plan (50e). David Brown, chanteur du groupe, juge que les radios se sont montrées très réceptives.

Dead End Countdown, tirée de l'album Lost In City Lights (2009), a tourné partout. «NRJ et CKOI l'ont embarquée sur leurs réseaux super rapidement», se souvient-il.

Pascale Picard, elle, tourne peu dans les grands réseaux depuis la parution de son deuxième album. «L'intérêt est allé en diminuant», constate Guy Brouillard. Il ne suffit donc pas d'être déjà connu pour susciter de l'intérêt. The Lost Fingers a aussi connu une baisse de régime après l'éclatant succès de son premier album.

«Quand tu chantes dans la langue de la majorité, c'est un plus ici», soutient Solange Drouin. L'ADISQ a compilé des données publiées par l'Observatoire de la culture et des communications du Québec qui montrent que, entre 2005 et 2010, les artistes québécois francophones sont toujours plus nombreux que leur vis-à-vis anglophones à se classer dans le top 10 des meilleures ventes au Québec.