Ils ne sont pas fous, chez ProgQuébec. Alors que Gerry sort en grande pompe au cinéma, la petite maison de disques montréalaise vient d'en profiter pour relancer l'album Tabarnac, du groupe Offenbach.

Mis à jour le 18 juin 2011
Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

Le succès du film aidera-t-il au succès de cette réédition qu'on n'espérait plus? Chose certaine, les ventes ne pourront pas être pires qu'à l'époque, lorsque Tabarnac s'était avéré un immense flop. Le documentaire qui l'accompagnait (Tabarnac, de Claude Faraldo) n'avait d'ailleurs pas fait mieux, et les deux productions s'étaient vite retrouvées aux oubliettes. Une grande injustice, surtout pour le disque, qui est peut-être l'un des trois meilleurs albums d'Offenbach, toutes époques confondues.

Enregistré sur les scènes françaises en 1974, ce double album inclut un paquet de succès, dont Promenade sur Mars, Ma Patrie est à terre, Teddy, Québec rock et Habitant d'chien blanc. Incroyable, par là, qu'il soit resté introuvable pendant plus de 35 ans. Et qu'il soit si méconnu.

Le son est brut, presque garage. L'interprétation est furieuse, on est loin d'un enregistrement studio propre et lisse. Mais c'est un vrai disque de rock'n'roll déchaîné qui veut tout arracher, avec un peu de blues, des gros jams fiévreux, de l'orgue B3 en puissance, des solos de guitare bien «crottés», d'étonnantes touches de rock progressif et quelques chansons plus obscures qui méritent d'être redécouvertes (planante Ether).

»Une belle époque»

Tabarnac n'est pas sans défauts. C'est un album live truffé d'imperfections. Mais c'est aussi le disque d'un groupe au sommet de son art. Offenbach avait finalement trouvé son identité, après les explorations passionnantes de Bulldozer, Soap Opera et de la «Messe à l'Oratoire». Le départ de Pierre Harel - qui signe toutefois la plupart des textes - y était peut-être pour quelque chose. Mais le constat est clair: c'est ici que Gerry Boulet s'est imposé comme la voix unique d'Offenbach.

«C'était une belle époque, confirme Wézo, l'ancien batteur du groupe. À ce moment-là, on vivait ensemble 24 heures sur 24, on pratiquait tout le temps. On se connaissait bien, tout ce qu'on essayait, ça marchait. J'adore ce qu'on a fait, même si j'aurais pas dit ça à l'époque...»

Selon Wézo, le groupe a déchanté quand il est revenu au Québec en 1975, après ce long séjour en France. «On pensait que le film nous amènerait un peu plus haut, raconte-t-il. Mais on a eu de la misère à se faire accepter.»

Erreur stratégique: Offenbach est tout de suite revenu à la charge avec un disque en anglais, la pire chose à faire en pleine effervescence nationaliste. «Ça nous a tués ben raide», ajoute Wézo.

On connaît la suite. Offenbach a ressuscité deux ou trois fois, avec de nouveaux membres, avant de devenir une institution du rock québécois. Quant à Gerry, il vient d'être immortalisé dans un long métrage. Wézo trouve que le film a été «romancé». Que Gerry a «été mis sur un piédestal». «Ils font passer ça comme si c'était lui qui écrivait toutes les tounes. C'est pas vrai.» Mais il a trouvé que son personnage, joué par Roberto Mei, «était pas pire».

Et que fait le vrai Roger Belval aujourd'hui? Il a remisé sa batterie dans le sous-sol, ne consomme plus et n'a pas joué une note depuis deux ans. À 63 ans, l'ancien batteur s'est même trouvé un vrai job, chez lui à Granby.

«Je travaille dans une boucherie. Maintenant, au lieu de me coucher à 5h du matin, c'est l'heure où je me lève!»

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