Depuis 1986, année où la direction artistique du Festival international de jazz de Montréal l'avait repéré à La Havane, Arturo Sandoval s'est régulièrement produit dans notre île.

Mis à jour le 26 févr. 2010
Alain Brunet LA PRESSE

À l'époque, Sandoval était LE trompettiste de jazz à Cuba. Il faisait partie de l'élite culturelle, il était parmi ces prodiges chéris par le régime, fiers produits de la Révolution.

La puissance phénoménale dont le musicien faisait preuve à la trompette, l'étendue exceptionnelle de son registre, sa grande virtuosité lui valaient déjà une réputation béton sur toute la planète jazz.

Les temps ont bien changé... Sandoval a quitté Cuba depuis une mèche, mène depuis une carrière internationale à partir des États-Unis où il s'est établi. On aura saisi que le fameux ne prétend plus faire de jazz cubain. Vraiment plus.

«Je ne suis pas rentré à Cuba depuis 21 ans. Dans les circonstances, je ne veux toujours pas y retourner. Si un jour on y respecte les droits de l'homme et on y favorise la démocratie, j'y retournerai peut-être. D'autres musiciens y séjournent hormis ces considérations, dites-vous? Ces gens ne connaissent pas la réalité de mon pays.»

Américain d'adoption, Arturo Sandoval préfère se voir comme un citoyen du monde. «Nous appartenons tous à la même planète. Nous devons vivre là où les gens respectent et apprécient ce que nous faisons», tranche-t-il. Bon bon... Le ton du monsieur mène son interlocuteur à passer illico à un autre sujet!

«Je viens de m'installer à Los Angeles, j'adore! dit le musicien, joint en Californie. J'y suis venu pour composer davantage de musique de film. J'aime vraiment créer des bandes originales pour le cinéma.»

Difficile, en fait, de causer d'un projet en particulier pour ce musicien dont la discographie dépasse la quarantaine d'albums en tant que leader.

«Je fais beaucoup de choses... Mes projets récents? Je viens de terminer Time for Love, un album doux, très agréable. Il y a des cordes, un trio piano-contrebasse-batterie et moi à la trompette ou au bugle. J'y chante même quelques titres... C'est très romantique.»

Qu'on ne s'y méprenne, Arturo n'avait pas prévu une tournée de la Saint-Valentin pour ses fans jazzophiles! «Mon groupe de jazz est fort différent de ce projet, constitué principalement de musiciens établis à Miami, dont le saxophoniste Ed Calle avec qui je travaille depuis longtemps.»

Longue carrière

«Je m'implique dans une foule de projets musicaux, en plus des miens; je joue pour d'autres, j'écris pour le cinéma ou le ballet, etc. Toutes les occasions qui me permettent de jouer me rendent heureux et fier. La musique est ma vie, je joue depuis 50 ans.»

Son trompettiste absolu? Dizzy Gillespie, répond-il sans ambages, avant de fouiller dans la grande encyclopédie du jazz. «Étant un vétéran, je m'en tiens aux musiciens de ma génération et ceux qui m'ont précédé: Freddy Hubbard, Clifford Brown, Woody Shaw, Fats Navarro, Chet Baker, Kenny Dorham, Harry James. Bien sûr, il y a des plus jeunes qui sont aussi excellents, je pense d'abord à Wynton Marsalis.»

Le trompettiste sexagénaire refuse de dissocier sa technique de sa musique.

«La technique sert à jouer ce que je veux. Vous savez, certains jouent ce qu'ils peuvent jouer, pas nécessairement ce qu'ils veulent jouer. Mon objectif, ma préparation, mes efforts me permettent d'aller en ce sens. Oscar Peterson ou John Coltrane sont de bons exemples de ce que j'avance; ils étaient complètement libres de jouer ce dont ils avaient envie.»

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Arturo Sandoval et son ensemble de jazz se produisent ce soir, 20 h, au Métropolis. Ils seront précédés par la formation du pianiste canadien Hilario Duran, également d'origine cubaine.