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Libéré de prison grâce à son podcast

Walter Woods, un homme affable au sourire facile... (PHOTO AP)

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Walter Woods, un homme affable au sourire facile et au sens de l'humour fin, aide les auditeurs à comprendre la vie en prison.

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OLGA R. RODRIGUEZ
Associated Press
Oakland

En Californie, les détenus sont généralement libérés sous condition en faisant de bonnes actions ou en montrant qu'ils ont été réhabilités en devenant pasteurs, intervenants en toxicomanie ou défenseurs de la jeunesse. Pour Walter «Earlonne» Woods, le chemin de la liberté a été la baladodiffusion.

Walter Woods, âgé de 47 ans, a récemment été libéré de la prison d'État de San Quentin après que le gouverneur de Californie, Jerry Brown, eut commué sa peine de 31 ans d'emprisonnement pour tentative de vol à main armée. Le gouverneur Brown a mentionné le leadership de M. Woods à aider d'autres détenus ainsi que son implication dans Ear Hustle, une balado (ou podcast) qu'il coanime et coréalise documentant la vie quotidienne à l'intérieur des murs de la prison.

Depuis lors, Walter Woods a été embauché comme réalisateur à temps plein pour la balado souvent amusante et parfois déchirante, qui remporte un franc succès depuis son lancement en 2017. Les quelque 30 épisodes de l'émission ont été téléchargés plus de 20 millions de fois dans le monde.

Les auditeurs ont louangé Ear Hustle sur le web comme étant «révélateur» et «incroyablement humanisant». Pour M. Woods, l'un des commentaires les plus significatifs a été formulé par le bureau du gouverneur quand on l'a appelé pour lui annoncer la bonne nouvelle.

«La seule chose que la dame a dite est : "Vous savez, nous adorons votre balado dans ce bureau"», a déclaré M. Woods à l'Associated Press à propos de l'appel du bureau de Jerry Brown annonçant sa libération. «Je ne sais pas si le gouverneur écoute, mais les gens de son bureau écoutent. Les gens aiment vraiment ce que nous faisons.»

Dans leur balado, M. Woods et sa collègue, créatrice et coanimatrice depuis l'extérieur de la prison, la bénévole Nigel Poor, offrent aux auditeurs un aperçu des difficultés et des petites joies que vivent des hommes incarcérés dans une prison à sécurité moyenne.

Au cours d'entrevues avec les animateurs les détenus discutent de leurs difficultés, comme se trouver un compagnon compatible pour partager une cellule de 1,5 mètre sur 3 mètres. Ils expliquent aussi pourquoi ils s'occupent des grenouilles ou de veuves noires comme s'il s'agissait d'animaux de compagnie, ou décrivent les conséquences de l'isolement cellulaire ou du couloir de la mort.

Walter Woods, un homme affable au sourire facile et au sens de l'humour fin, aide les auditeurs à comprendre la vie en prison, tandis que Nigel Poor apporte le point de vue d'une civile vivant hors des murs en posant des questions pertinentes qui poussent parfois les détenus à réfléchir à ce qui les a conduits derrière les barreaux.

La balado offre aux auditeurs un aperçu intime de vies auxquelles la société s'intéresse peu, estime M. Woods, qui a passé 21 ans derrière les barreaux.

«Les gens voient des poursuites policières. Ils peuvent assister au procès. Mais ils ne savent pas ce qui se passera une fois en prison, a déclaré M. Woods. Nous avons réussi à véritablement humaniser les gens, et les gens se rendent compte que ceux qui sont en prison ne sont que des personnes qui ont pris des décisions stupides.»

Jerry Brown acquiesce, et dans sa lettre de commutation de peine, publiée la veille de l'Action de grâce, le gouverneur a souligné que Walter Woods avait «clairement démontré qu'il n'est plus l'homme qu'il était lorsqu'il a commis ce crime».

«Il a donné un bon exemple à ses pairs et, grâce à son podcast, a partagé des histoires pertinentes de ceux qui se trouvaient en prison», a écrit M. Brown.

Le projet de podcast a débuté après que Nigel Poor, une artiste de la région de la baie de San Francisco, bénévole à la prison d'État de San Quentin depuis 2011, ait approché Walter Woods.

En 2016, Mme Poor a vu que le réseau Radiotopia de Public Radio Exchange commanditait un concours de talents en matière de balados. Elle a alors demandé au lieutenant Sam Robinson, un porte-parole de San Quentin, l'autorisation d'y participer. Un autre co-créateur, Antwan Williams, qui purge une peine de 15 ans pour vol à main armée, s'est chargé de la conception sonore.

Leur présentation a battu plus de 1500 concurrents provenant de 53 pays, et ils ont reçu l'appui d'un groupe de professionnels de la radio, a raconté Mme Poor.

«Tout le monde était sous le choc lorsque nous avons gagné, en particulier la prison. Le lieutenant Robinson m'a dit qu'il nous avait laissé participer parce qu'il n'avait jamais cru que nous gagnerions», a-t-elle dit en riant.

Ear Hustle - l'écoute clandestine, dans le jargon de la prison - connaît un succès international, avec des admirateurs envoyant des cartes postales et des lettres d'aussi loin que la Nouvelle-Zélande, le Qatar et l'île Maurice dans l'océan Indien. L'émission gratuite est également accessible dans les prisons de Californie et du Royaume-Uni. De nouveaux épisodes sont publiés toutes les deux semaines.

Julie Shapiro, la productrice exécutive de Radiotopia, décrit le podcast comme une «montagne russe d'émotions» qui remet en question l'image que les gens se font de la vie carcérale.

«Les gens ne s'attendent pas à avoir quelque chose en commun avec ceux qui racontent leurs histoires de prison, mais les détails de leur vie résonnent auprès des auditeurs parce qu'ils entendent ces hommes rencontrer le quotidien de la même manière que nous le faisons», a déclaré Mme Shapiro.

L'effusion d'amour et d'appréciation de la série s'est accrue depuis que Walter Woods a annoncé dans un épisode du 24 novembre que le gouverneur Brown avait commué sa peine.

La première chose que M. Woods a faite après avoir franchi les portes de la prison le 30 novembre a été d'admirer la vue sur la baie de San Francisco et sur l'océan «à perte de vue». Un épisode a été consacré à ses premiers moments en tant qu'homme libre.

Depuis lors, il a remarqué de nouveaux styles, comme les femmes vêtues de pantalons de yoga et les gens marchant dans les rues la tête baissée. Il s'est vite rendu compte qu'ils regardaient leurs portables, ce qui n'existait pas lorsqu'il a été emprisonné en 1997.

Walter Woods a également passé du temps à regarder les gens dans un grand magasin chic, a visité Disneyland et a récemment cuisiné des oeufs pour la première fois en deux décennies.

La quatrième saison de Ear Hustle, qui sera diffusée cet été, présentera des récits de son retour dans la société et des entretiens avec d'autres détenus libérés après de longues peines. Lui et Mme Poor prévoient également se rendre dans des prisons à sécurité maximale et raconter l'histoire des prisonniers qui y logent.

«Il y a beaucoup de gens en prison qui devraient être dehors, a déclaré Walter Woods. J'ai créé une balado, mais je ne suis pas l'exception.»




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