En solo comme jadis avec les Rita Mitsouko, Catherine Ringer compte parmi les artistes de scène les plus magnétiques. La danseuse en elle n'a rien perdu de sa fluidité, sa fantaisie et son originalité et il lui arrive encore de provoquer cris et applaudissements comme un musicien qui ferait un solo particulièrement allumé. Quant à la chanteuse, elle a toujours cette voix puissante capable de toutes les acrobaties. Et on n'a encore rien dit de la comédienne, celle qui joue La sorcière et l'inquisiteur comme s'il s'agissait d'une mini-pièce de théâtre.

Alain De Repentigny LA PRESSE

Toutes ces Catherine Ringer étaient au rendez-vous hier soir au Métropolis, toutes ont été à la hauteur de sa légende. Et pourtant, ce premier véritable spectacle de sa carrière solo - dans le précédent elle chantait les Rita Mitsouko peu après la mort de son conjoint et complice Fred Chichin - a été inégal.

La Catherine de Paris, comme elle le dit dans la nouvelle chanson Menuet dédiée à Missy Elliott qu'elle aurait bien aimé recruter pour son album solo Ring n' Roll, a fait beaucoup de place à ce disque sorti le mois dernier et que les fans n'ont pas vraiment eu le temps d'apprivoiser. Si elle a parsemé son tour de chant de chansons des Rita, elle a gardé les gros canons pour la toute fin du rappel - Les amants, Le petit train et C'est comme ça - alors que minuit approchant, un certain nombre de spectateurs avaient déjà quitté le Métropolis.

Il y a dans Ring n' Roll des chansons fortes qui sont encore plus convaincantes en spectacle comme la sautillante Vive l'amour, des choses plus rock comme Prends-moi et Quel est ton nom et la belle et touchante Rendez-vous, à mi-chemin entre la chansonnette française et l'électro. Par contre, en milieu de programme, des chansons midtempo comme Got It Sweet et How Do You Tu ont plongé le public enthousiaste dans une espèce de torpeur dont La sorcière et l'inquisiteur l'a heureusement tiré. Le moment le plus gênant du spectacle est survenu au début du rappel quand la chanteuse est revenue seule pour «faire le deuil ensemble de Fred Chichin» avec la chanson Mahler, un texte bouleversant «sur une musique de Gustav». Pendant que les spectateurs massés devant la scène l'écoutaient avec respect, les autres plus près du bar à l'arrière parlaient fort, riaient ou sifflaient pour faire comme s'ils appréciaient. Sans doute avaient-ils plus la tête à danser qu'à écouter une élégie.

Il me semble aussi que ce concert de 100 minutes aurait paru un peu moins long s'il avait fait moins de place aux claviers et synthés de Nicolas Liesnard et un peu plus à Raoul Chichin qui, à 17 ans, est un digne successeur de son papa à la guitare rythmique et se permet même des solos qui ont du nerf.

En début de soirée, le groupe liégeois Été 67 s'est sûrement fait de nouveaux fans avec sa musique aux racines américaines, joyeux mélange de rockabilly, de country-rock, de blues et de folk dans lequel on reconnaît l'influence de Dylan (Une vie saine), de Neil Young (Crime passionnel) mais aussi du Clash (Quelque chose à part). Les Belges  ont de l'énergie à revendre, des choses à dire et de l'humour, ce qui ne gâte rien. Et leur version de Soul of a Man de Blind Willie Johnson était belle à entendre.