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Par qui reviendra le jazz?

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Kamasi Washington (à gauche) est l'un des rares musiciens jazz qui réussi à attirer des jeunes auditoires à ses spectacles.

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Nos articles sur le Festival de jazz de Montréal. »

Une dizaine de jours avant le Festival international de jazz de Montréal (FIJM), qui démarre aujourd'hui, le saxophoniste Kamasi Washington a vendu plus de 1200 billets à son premier passage au Métropolis, amphithéâtre que Snarky Puppy avait rempli à craquer en juin 2015.

Ces succès retentissants auprès des auditoires plus jeunes sont rarissimes. De manière générale, le jazz a plutôt pris un coup de vieux: ses adeptes ont grisonné, les auditoires déclinent... Fort heureusement, on observe quelques signes de renouveau: ces dernières années, des jeunes ont rempli les salles montréalaises où se produisaient Phronesis, Get The Blessing, Neil Cowley Trio, Dirty Loops, Kris Bowers, Theo Croker, José James, Beat Music, Mouse on the Keys, BadBadNotGood, GoGo Penguin, Gregory Porter et autres Kneebody.

L'équipe de programmation du FIJM redouble ainsi d'efforts afin d'identifier par qui reviendra vraiment le jazz.

«Nous avons fait le constat que certaines séries attiraient de moins en moins de mélomanes. Les musiciens vétérans étaient très majoritaires dans la programmation - je ne veux pas nommer de noms, car ils font du super bon jazz, mais ils s'adressent à des publics plus âgés. Cette année, nous avons porté une attention particulière aux musiciens qui s'adressent à des publics plus jeunes», explique le programmateur Maurin Auxéméry, dont une des tâches principales consiste à renouveler le bassin de musiciens invités au festival montréalais.

S'y produiront cette année Taylor McFerrin, Cory Henry (de Snarky Puppy), Terrace Martin, Takuya Kuroda, Moon Hooch, The Comet is Coming, Gregory Porter, Misc, et on en passe. Tous les artistes de cette cohorte ont en commun une inclination à hybrider leur jazz avec les tendances musicales de l'heure: hip-hop, soul, R&B, électro ou rock indie.

«Il nous importe qu'un nouveau public s'intéresse à un jazz inspiré par la musique d'aujourd'hui, sans obligatoirement être révolutionnaire dans la forme, soutient Maurin Auxéméry. De façon générale, nous cherchons tous les groupes émergents qui élargissent les horizons du jazz et mènent ensuite leurs auditoires à d'autres écoutes plus pointues, poursuit le jeune programmateur. Dans cette optique, nous avons bon espoir qu'un Kamasi Washington fera des petits. À une plus petite échelle, il en sera de même pour GoGo Penguin, qui a explosé L'Astral ce printemps.»

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Cory Henry

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Un auditoire qui rapetisse

Comptant parmi les musiciens issus de ces tendances neuves, le claviériste et organiste du groupe Snarky Puppy déplore la décroissance du jazz et de ses auditoires, selon lui constitués jadis d'une grande diversité de mélomanes.

«Des années 20 aux années 70, le jazz a mobilisé une frange assez grand public, puis c'est devenu progressivement une affaire du passé, rappelle Cory Henry. Son langage s'est stabilisé dans les facultés de musique, son enseignement a souvent régressé dans les écoles primaires et secondaires, son appréciation générale n'est plus ce qu'elle était.»

«Aujourd'hui, les jeunes n'écoutent plus vraiment cette musique et ne s'informent pas de son actualité.»

Mike Wilbur, saxophoniste de la formation new-yorkaise Moon Hooch, fait un constat qui est encore plus inquiétant: les auditoires du jazz vieillissent parce que le jazz est une forme mourante en Amérique du Nord, croit-il.

«Dans la musique populaire d'aujourd'hui, il y a très peu de références directes à ce langage, à ses composantes harmoniques ou rythmiques. Les auditoires de masse se nourrissent au simplisme total, très loin de ce que fut le jazz dans ses grandes époques populaires.»

Wilbur déplore en outre que le jazz ait cessé d'être créatif dans sa dimension populaire. «Cette musique ne cessait de repousser les limites de la créativité tout en faisant danser les gens. Ce n'était pas qu'une approche cérébrale et conceptuelle : le jazz était plein de vie, il avait une âme. C'est pourquoi notre groupe s'est constitué un public dans le contexte difficile d'aujourd'hui.»

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Kamasi Washington est l’un des rares musiciens jazz qui réussi à attirer des jeunes auditoires à ses spectacles.

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Du jazz dans les entrepôts

Insuffler de la vie dans le jazz: cela pourrait aussi être le modus vivendi du groupe britannique The Comet Is Coming.

«Notre musique comporte des rythmes costauds et des mélodies discernables, indique le saxophoniste Shabaka Hutchings. Cela aide les jeunes auditoires à aimer cette musique qui leur rappelle partiellement celles qu'ils écoutent d'ordinaire. Le contexte de la présentation est aussi important : The Comet Is Coming s'est produit maintes fois dans des partys d'entrepôts d'East London, là où les jeunes ont l'habitude d'aller danser.»

Danser ? Et pourquoi pas danser sur du jazz? Dans cette optique, l'impact physique de cette musique n'est pas à négliger.

«Lorsque je vais dans une boîte de nuit, je veux danser et je veux être remué par l'énergie d'un performer, explique le saxophoniste. Il faut en ce sens une part cérémoniale permettant au public de s'ouvrir à son art. Parce que je l'ai vécu avec mes musiciens préférés, je veux en donner autant à mon public. Je crois que cela peut être un facteur important pour les jeunes auditoires.»

Rester ouvert

Trompettiste japonais transplanté aux États-Unis, Takuya Kuroda exprime un point de vue pragmatique sur la question: «Les auditoires de jazz des décennies précédentes ont vieilli tout simplement parce leur musique préférée a vieilli elle aussi. Des jeunes aiment ma musique à cause de ses patterns rythmiques, de son groove, de ses mélodies, de son mélange de genres musicaux bien de notre temps. Or, je ne cherche pas intentionnellement à rejoindre une tranche d'âge en particulier. En fait, je m'applique à rester ouvert et souple afin de faire évoluer mon style.»

Si Takuya Kuroda ne voit pas de caractéristiques purement générationnelles à son jazz, Shabaka Hutchings pense le contraire en ce qui concerne le sien: «Toute musique est générationnelle, et cela ne signifie pas que les générations subséquentes n'y comprendront rien. Une musique émerge immanquablement avec son époque et se positionne dans l'histoire de la musique. Même s'ils peuvent l'apprécier, les auditoires des générations subséquentes ne pourront la ressentir pareillement.»

Hutchings entend par cela que les fans de The Comet Is Coming finiront par vieillir eux aussi... et qu'il faudra se pencher de nouveau sur le rajeunissement des troupes jazzistiques. «J'ai 32 ans, mon groupe rejoint essentiellement les 25-35 ans. Et... je ne me vois pas dans 5 ans créer une musique s'adressant prioritairement aux 18-25 ans! L'inverse est aussi vrai: un jeune musicien dont le travail n'est apprécié que par les plus âgés devrait se poser de sérieuses questions.»




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