L’artiste canadien Aquil Virani a réalisé une série de peintures en hommage aux six personnes tuées lors de l’attentat survenu à la grande mosquée de Québec le 29 janvier 2017. Pour marquer le cinquième anniversaire de la tragédie, ces œuvres seront exposées, dès samedi, au Centre culturel islamique de Québec avant d’être offertes aux familles des disparus.

Publié le 25 janvier
Éric Clément
Éric Clément La Presse

Le soir du 29 janvier 2017, à l’heure de la prière, un homme de 27 ans, étudiant en sciences politiques à l’Université Laval, Alexandre Bissonnette, a ouvert le feu sur une cinquantaine de fidèles de la mosquée du Centre culturel islamique de Québec. L’attentat a fait six morts et huit blessés.

Les six personnes assassinées sont les informaticiens Ibrahima Barry, âgé de 39 ans, et Abdelkrim Hassane, âgé de 41 ans ; le technicien comptable Mamadou Tanou Barry, 42 ans ; le cadre intermédiaire Aboubaker Thabti, 44 ans, le commerçant Azzedine Soufiane, 57 ans, et le professeur de l’Université Laval Khaled Belkacemi, âgé de 60 ans.

PHOTOMONTAGE FOURNI PAR AQUIL VIRANI

Stronger Together a été créée lors du rassemblement à Montréal, le 30 janvier 2017.

Le lendemain de la tuerie, un rassemblement de solidarité envers les musulmans de Québec avait été organisé à la station de métro Parc, à Montréal. Alors domicilié dans la métropole, Aquil Virani y avait participé. Sur place, il avait créé une œuvre collaborative, Stronger Together, une peinture représentant les mains d’une personne musulmane en train de prier. Des dizaines de participants au rassemblement y avaient ajouté des messages d’espoir, de solidarité et de condoléances.

« Lors de cette vigile, j’avais rencontré une femme musulmane qui m’a mis en contact avec une de ses amies musulmanes de Québec, Amira Bahmed, qui m’a permis de livrer Stronger Together à la mosquée de Québec, où elle se trouve encore, et de rencontrer des membres d’une des familles endeuillées », dit l’artiste de 31 ans.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Aquil Virani

Né à Vancouver d’un père musulman originaire de l’Inde et d’une mère bouddhiste née en France, Aquil Virani vit à Toronto depuis que sa conjointe y a trouvé un emploi. Il a fait des études en philosophie et en marketing à McGill.

L’année suivante, en 2018, il a également rendu hommage à la diversité des femmes canadiennes avec le corpus CélébronsLa (CelebrateHer), une série de 12 portraits. « Une des veuves de la tragédie a vu le portrait et une vidéo que j’avais faits avec une femme musulmane, Zébida Bendjeddou, la mère d’Amira, et l’a contactée pour lui dire qu’elle avait aimé le portrait que j’avais fait d’elle. Elle se demandait si j’étais ouvert à créer une série de portraits des six victimes de l’attentat. »

  • Le portrait de Zébida Bendjeddou, peint par Aquil Virani

    PHOTO FOURNIE PAR AQUIL VIRANI

    Le portrait de Zébida Bendjeddou, peint par Aquil Virani

  • CélébronsLa (CelebrateHer), une série de 12 portraits rendant hommage à la diversité des femmes canadiennes

    PHOTO FOURNIE PAR AQUIL VIRANI

    CélébronsLa (CelebrateHer), une série de 12 portraits rendant hommage à la diversité des femmes canadiennes

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Consultez le catalogue numérique de CélébronsLa

Au début, Aquil Virani trouvait qu’il était trop tôt pour un tel projet. Il ne voulait pas brusquer les choses et tenait à le faire en partenariat avec la communauté musulmane de Québec. « Zébida m’a par la suite contacté pour me dire que c’était une bonne idée, dit-il. On a alors demandé à chacune des familles si elles voulaient donner leur consentement et elles ont accepté. » Les familles ont fourni des photos des victimes et, pendant trois ans, Aquil Virani a peint, sur toile, les portraits à l’acrylique et à la bombe aérosol.

  • Les peintures de trois des six victimes. De gauche à droite : Abdelkrim Hassane, Mamadou Tanou Barry et Khaled Belkacemi

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    Les peintures de trois des six victimes. De gauche à droite : Abdelkrim Hassane, Mamadou Tanou Barry et Khaled Belkacemi

  • De gauche à droite : les peintures d’Aboubaker Thabti, Azzedine Soufiane et Ibrahima Barry

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    De gauche à droite : les peintures d’Aboubaker Thabti, Azzedine Soufiane et Ibrahima Barry

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J’ai voulu exprimer les détails de l’expression exacte de la personne sur chaque photo. Le bonheur qui s’en dégageait souvent.

Aquil Virani

« Quelques familles n’ont pas encore vu les portraits. Mais je suis allé, en 2019, montrer celui de Khaled Belkacemi à sa famille. C’était le premier que j’avais fini. Ils avaient apprécié ma visite. J’ai pu leur expliquer mes choix artistiques. »

PHOTO FOURNIE PAR AQUIL VIRANI

L’artiste présente le portrait de Khaled Belkacemi à la famille de ce dernier, en octobre 2019.

Les œuvres de 30 po x 65 po seront présentées durant une semaine ou deux à la mosquée, prévoit l’artiste. « Ça dépendra des règles de la pandémie », dit-il. Son projet a été rendu possible grâce à une bourse fédérale de 1500 $ obtenue par l’intermédiaire de l’organisme communautaire TakingITGlobal. Mme Bahmed, qui en est la coordonnatrice au Québec, a organisé le projet pour Aquil Virani.

PHOTO FOURNIE PAR AQUIL VIRANI

Le portrait de Khaled Belkacemi montré devant le Centre culturel islamique de Québec, en 2019. « Pour le montrer dans l’espace public pendant quelques heures », dit l’artiste.

Le projet d’Aquil a été bien perçu par la communauté musulmane. C’était délicat et un long processus de communication. Ça s’est fait dans le respect.

Amira Bahmed, musulmane de Québec

« Ce que j’aime, dans le travail d’Aquil, c’est qu’on ressent la personne. Pour le portrait de ma mère, j’avais ressenti sa paix intérieure, sa douceur et sa force. Même chose pour celui de M. Belkacemi, un homme souriant et imposant. De voir ces six portraits, dans un grand format, ça donne un impact puissant. On ne les oubliera jamais. »

Cette fascination pour la diversité ne date pas d’hier. En 2014, Aquil Virani avait fait un corpus, après avoir traversé le pays, créant Canada’s Self Portrait, une installation faite de dessins qui reproduisaient quelques-uns de ceux que 800 Canadiens et Canadiennes de 3 à 86 ans lui avaient confiés.

PHOTO ALEX TRAN, FOURNIE PAR AQUIL VIRANI

Détail de l’œuvre Canada’s Self Portrait

Actuellement, l’artiste est en résidence au Musée canadien de l’immigration, à Halifax. Il crée pour le musée un projet collaboratif intitulé Nos histoires d’immigrants, recueillant des témoignages d’immigrants vivant partout au Canada. Son exposition se tiendra en mars.

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