L’artiste visuelle québécoise Karen Tam a remporté le 9e prix Giverny Capital 2021, remis par le collectionneur François Rochon, président de la firme de gestion de portefeuilles privés Giverny Capital.

Publié le 14 janvier
Éric Clément
Éric Clément La Presse

Accompagné d’une bourse de 10 000 $, ce prix bisannuel tient à souligner et à encourager l’excellence, l’originalité et la force créatrice de l’art actuel québécois. Il récompense l’artiste montréalaise de 44 ans « pour son travail assidu et continu ». Et notamment pour l’effet que Karen Tam a sur le milieu de l’art québécois et canadien.

Le jury du prix était composé de Marie-Ève Beaupré, conservatrice de la collection au Musée d’art contemporain de Montréal, Louise Déry, directrice de la Galerie de l’UQAM, Josée Drouin-Brisebois, conservatrice principale de l’art contemporain au Musée des beaux-arts du Canada, Marie-Josée Jean, directrice de VOX, centre de l’image contemporaine, et Anne-Marie Saint-Jean Aubre, conservatrice de l’art contemporain au Musée d’art de Joliette.

Œuvres de Karen Tam

  • Famille verte-Québec, 2018. Vases en papier mâché.

    PHOTO FOURNIE PAR GIVERNY CAPITAL

    Famille verte-Québec, 2018. Vases en papier mâché.

  • Opium Den, 2007. Vue d’installation à l’Art Gallery of Greater Victoria.

    PHOTO AGGV, FOURNIE PAR GIVERNY CAPITAL

    Opium Den, 2007. Vue d’installation à l’Art Gallery of Greater Victoria.

  • Tchang Tchou Karaoke Lounge, 2008. Vue d’installation au Musée d’art contemporain de Montréal.

    PHOTO MACM, FOURNIE PAR GIVERNY CAPITAL

    Tchang Tchou Karaoke Lounge, 2008. Vue d’installation au Musée d’art contemporain de Montréal.

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« Lorsqu’on visite une installation de Karen Tam, on découvre un décor à la fois familier et néanmoins déconcertant, expose Marie-Josée Jean. Pas étonnant puisqu’une des constantes de son travail depuis maintenant une quinzaine d’années est la critique qu’elle fait de l’appropriation des références culturelles chinoises adaptées au goût des Occidentaux. Elle reconstitue des espaces hauts en exotisme, comme un restaurant chinois, une salle de karaoké, une fumerie d’opium, une boutique de curiosités du quartier chinois et autres lieux emblématiques de sa culture d’appartenance, mais néanmoins influencée par divers métissages culturels. »

« Je m’inspire pour cela des objets orientaux et des chinoiseries qu’on trouve dans divers musées, des collections locales et sur eBay, dit Karen Tam. En utilisant des matériaux et des méthodes ordinaires. Les ornements qui semblent en jade véritable sont sculptés dans du savon. La porcelaine est en papier mâché, et les objets argentés sont fabriqués à partir de plateaux en aluminium. » C’est cette exploration matérielle combinée à la pertinence et à la singularité de sa recherche culturelle et de sa position critique qui ont convaincu le jury de lui décerner le prix.

  • Arbre à souhaits/Chinatown Wishing Tree, 2021, Karen Tam

    PHOTO KIM SOON TAM, FOURNIE PAR GIVERNY CAPITAL

    Arbre à souhaits/Chinatown Wishing Tree, 2021, Karen Tam

  • Détail de l’Arbre à souhaits et Place des souhaits, projet d’art public et espace public intergénérationnel monté dans le Quartier chinois de Montréal. En collaboration avec Jean de Lessard et commandée par le Partenariat du Quartier des spectacles en 2021.

    PHOTO FOURNIE PAR KAREN TAM

    Détail de l’Arbre à souhaits et Place des souhaits, projet d’art public et espace public intergénérationnel monté dans le Quartier chinois de Montréal. En collaboration avec Jean de Lessard et commandée par le Partenariat du Quartier des spectacles en 2021.

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« Commissaire et intellectuelle, Karen Tam, qui a étudié à Londres – un doctorat à Goldsmiths en 2014 –, y a donné une importante conférence au British Museum en 2018, sur sa pratique, sur la Chine et sur la représentation de la culture chinoise dans les musées, dit Hugues Charbonneau, son galeriste. Karen est une grande penseuse. Et est très généreuse. Quand elle est allée présenter sa conférence, elle avait emporté les catalogues des artistes de la galerie pour en faire la promotion. Si Chloe Lum et Yannick Desranleau ont exposé en Écosse après, c’est grâce à elle. »

Depuis 2000, Karen Tam a exposé et participé à de nombreuses résidences artistiques, notamment au Victoria and Albert Museum, à Londres, au He Xiangning Art Museum, en Chine, et au Musée des beaux-arts de Montréal. Ses œuvres font partie de collections de musées et d’entreprises, comme l’Irish Museum of Modern Art, le Musée des beaux-arts de Montréal, la Collection Hydro-Québec, la Collection Banque Royale du Canada et la Microsoft Art Collection.

PHOTO FOURNIE PAR GIVERNY CAPITAL

Terra dos Chinês – Curio Shop, 2017. Vue d’installation au Musée d’art contemporain des Laurentides.

« Son corpus est original et unique, dit François Rochon. Et le milieu ne l’a pas, jusqu’à présent, reconnue à sa juste valeur. Pour ce critère, chaque fois, notre prix a frappé dans le mille, depuis 2007. »

Le prix Giverny Capital est en effet la première reconnaissance notable que Karen Tam obtient au Québec. Auparavant, elle a obtenu le prix Joseph-S.-Stauffer du Conseil des arts du Canada, en 2006. Elle a été finaliste du prix Louis-Comtois en 2017, du Prix en art actuel du Musée national des beaux-arts de Québec en 2016 et du prix Sobey pour les arts en 2010 et en 2016.

« Karen Tam a changé l’esprit de ma galerie, elle en est devenue le noyau central, dit Hugues Charbonneau. Ma galerie ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans elle. C’est par Karen Tam que je me suis intéressé à Moridja Kitenge Banza. C’est elle qui m’a amené à réfléchir au rôle de l’identité dans la création artistique, au rôle du métissage. Car ce n’est pas l’identité chinoise qui l’intéresse ; c’est la signification d’être une artiste d’origine chinoise habitant en Amérique du Nord. Son médium, c’est notre regard sur la Chine. »

Consultez le site de la Fondation Giverny pour l’art contemporain