Animal nocturne, l’artiste québécois Pascal Normand photographie les sites urbains quand on dort ! En atelier, il élabore une œuvre photographique sur ordinateur qui va aboutir à une impression numérique rehaussée avec de la peinture. Une technique qui connaît bien du succès tout en rendant hommage au patrimoine bâti.

Publié le 26 déc. 2021
Éric Clément
Éric Clément La Presse
Martin Tremblay
Martin Tremblay La Presse

L’artiste

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

L’atelier du photographe Pascal Normand à Belœil

Âgé de 42 ans, Pascal Normand a d’abord travaillé dans le secteur de la télévision et du cinéma. Il a scénarisé et réalisé des courts métrages, tournant notamment avec Hélène Bourgeois Leclerc à ses débuts. Tout en s’adonnant à la photographie nocturne. Il a conservé de son expérience cinématographique le goût du repérage, l’importance de la trame narrative et une certaine façon de faire parler les lieux urbains.

« Au début, je n’avais aucune prétention en arts visuels, d’être exposé ou quoi que ce soit, dit-il. C’était plus une exploration pour le plaisir, jusqu’à ce que je m’oriente vers l’art photographique à temps plein, au début de la trentaine. »

Pascal Normand photographie toujours la nuit. « Quand je me suis acheté mon premier appareil, autour de l’an 2000, j’ai instinctivement essayé la photographie nocturne. J’ai tout de suite été fasciné par la façon dont on peut faire vivre la lumière, la nuit. Même quand on a de la misère à la percevoir à l’œil. Il y a une magie, la nuit. Les lieux nous appartiennent ! »

  • Amalgame Montréal, 2021, techniques mixtes, dimensions variables

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    Amalgame Montréal, 2021, techniques mixtes, dimensions variables

  • Pascal Normand en plein travail, sur le toit de la Tour de la Bourse

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    Pascal Normand en plein travail, sur le toit de la Tour de la Bourse

  • Le Silo no 5 et l’édifice de Farine Five Roses, à Montréal. Œuvre Pointe du Moulin, 2018.

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    Le Silo no 5 et l’édifice de Farine Five Roses, à Montréal. Œuvre Pointe du Moulin, 2018.

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L’artiste aime emporter son trépied sur d’anciens sites industriels. Il aime la richesse visuelle des architectures, notamment délabrées, l’histoire derrière les édifices, le côté atypique des bâtiments. Tel qu’en témoignent ses prises de vue des iconiques Farine Five Roses et Silo no 5. « Les gens, quand ils voient mes œuvres, essaient de deviner où se trouve le lieu », dit-il. Il est monté récemment sur la Tour de la Bourse d’où il a pris plusieurs photographies, dont celle qui a mené à l’œuvre Amalgame Montréal. Avec vue sur le pont Champlain illuminé de bleu.

L’atelier

  • Pascal Normand en train de travailler sur une nouvelle œuvre.

    PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

    Pascal Normand en train de travailler sur une nouvelle œuvre.

  • Ustensiles de création

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    Ustensiles de création

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Son atelier était auparavant dans Hochelaga, mais il était trop petit. L’artiste a déménagé avec sa famille à Belœil. Là, l’atelier est idéal pour créer de grandes œuvres et accueillir le public. Les œuvres de Pascal Normand y sont réalisées à partir d’une technique particulière qui crée une sorte de magie et joue avec la réalité. Pour son œuvre Pont de Québec, il a fait disparaître le pont Pierre-Laporte ! Il enlève souvent la pollution lumineuse pour mieux mettre ses bâtiments en évidence.

Pour donner à ses impressions numériques un fini unique, il projette de la peinture sur ses créations photographiques pour suggérer une texture supplémentaire. Puis, il vernit l’œuvre au rouleau pour la protéger et lui donner un « look ». Ses œuvres sont des « originales limitées ». Pour chaque impression numérique, il crée 25 œuvres, toutes grandeurs confondues. La peinture fait la différence d’une pièce à l’autre. Même si sa proportion est minime par rapport à la partie photographique.

Couvre-feu et déconfinement

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Pascal Normand en plein travail

« Pendant le couvre-feu, au printemps dernier, je n’avais pas réalisé que je pouvais sortir la nuit ! »

Comme c’est son travail de photographier la nuit, Pascal Normand n’a pas eu de problème pour continuer à aller prendre des vues nocturnes de la ville. Il s’est fait intercepter deux fois par la police, mais a prouvé sa bonne foi et pu poursuivre ses activités. Il travaille en général en début de semaine. Quand c’est plus calme. « Avec le couvre-feu, c’était malade, un vrai no man’s land, dit-il. Ç’a été très créatif pour moi. »

Depuis ses sorties durant le couvre-feu, il s’est mis à créer des œuvres circulaires. Des impressions uniques sur toile marouflée sur panneau de bois. D’un style plus abstrait, avec une association de flou et de net sur l’angle d’un bâtiment recouvert de graffitis. « J’en ai fait une série de 20. J’ai travaillé avec un auteur pour rédiger des textes pour chaque œuvre. Je vise une publication un jour. »

Nouveautés

  • Quelques œuvres tirées de la série Circulaire.

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    Quelques œuvres tirées de la série Circulaire.

  • Ste-Madeleine, 2021, techniques mixtes, dimensions variables. Photo prise à Sainte-Madeleine.

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    Ste-Madeleine, 2021, techniques mixtes, dimensions variables. Photo prise à Sainte-Madeleine.

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Pour la première fois, Pascal Normand s’intéresse maintenant à la campagne. Il a réalisé des clichés de bâtiments de ferme, des paysages aux abords du mont Saint-Hilaire. « J’ai déjà six œuvres dans cette série Belœil sur Saint-Hilaire, et un solo prévu en 2022 à la maison de la culture Eulalie-Durocher, de Saint-Antoine-sur-Richelieu. »

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Ste-Madeleine, 2021, techniques mixtes, dimensions variables. Photo prise à Sainte-Madeleine.

Depuis 10 ans, le photographe vit de cet art né de la nuit. Il bénéficie d’une forte visibilité, sur l’internet notamment, depuis 2015. « Tout le monde a maintenant un appareil photo dans la poche, dit-il. On est devenu un monde d’images partagées, véhiculées. Ma technique m’a ainsi permis de me démarquer. J’ai peu travaillé avec les galeries d’art, mais j’ai réussi à développer un réseau. Je construis ça tranquillement, avec mon site, l’infolettre, les réseaux sociaux, des concours, la participation à des symposiums, des visites d’amateurs à l’atelier, de façon sécuritaire. Il faut une stratégie multiple. »

Quand ses enfants auront plus d’autonomie, Pascal Normand élargira son territoire d’exploration. Il aspire par exemple à se rendre dans la région de Detroit et des Grands Lacs, où les sites industriels désuets sont nombreux. Mais il fera ses virées nocturnes avec un guide…

La galerie

Quelques œuvres de Pascal Normand

  • Des œuvres de format moyen dans son atelier, un ancien garage

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    Des œuvres de format moyen dans son atelier, un ancien garage

  • Pont de Québec III, 2020, techniques mixtes, dimensions variables. Sans le pont Pierre-Laporte !

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    Pont de Québec III, 2020, techniques mixtes, dimensions variables. Sans le pont Pierre-Laporte !

  • L’œuvre Orangejulep MTL, à partir d’une photo prise en 2018

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    L’œuvre Orangejulep MTL, à partir d’une photo prise en 2018

  • Chevy Limité, 2021, techniques mixtes, dimensions variables

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    Chevy Limité, 2021, techniques mixtes, dimensions variables

  • La dernière chance, 2021, techniques mixtes, dimensions variables. À la base, la photo a été prise à Toronto.

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    La dernière chance, 2021, techniques mixtes, dimensions variables. À la base, la photo a été prise à Toronto.

  • La dette, 2010, techniques mixtes, dimensions variables

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    La dette, 2010, techniques mixtes, dimensions variables

  • L’œuvre Ruelle MTL II. La photo a été prise en 2019 dans le quartier Ville-Marie.

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    L’œuvre Ruelle MTL II. La photo a été prise en 2019 dans le quartier Ville-Marie.

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