Le peintre Jean Paul Riopelle aura droit à un hommage à la hauteur de son génie à l’occasion de son 100e anniversaire en 2023. Un hommage qui sera décliné sur cinq saisons à compter de l’automne 2022, orchestré par certains des acteurs culturels les plus importants du pays.

Publié le 8 déc. 2021
Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

Ces célébrations ont été annoncées en grande pompe par la Fondation Riopelle mercredi matin au quartier général des 7 Doigts à Montréal. Deux très beaux numéros tirés du spectacle Riopelle grandeur nature, qui sera consacré par la troupe de cirque à l’univers du peintre québécois, ont d’ailleurs été présentés à cette occasion.

« Jean Paul Riopelle incarne la liberté artistique sans compromis et sans frontière », a déclaré le président de la Fondation Riopelle, l’homme d’affaires et philanthrope britanno-colombien Michael J. Audain, selon qui Riopelle n’est rien de moins qu’un « héros culturel ».

« C’est toute une fresque qu’on a créée en son honneur », a ajouté M. Audain, qui a avoué qu’il n’aurait « jamais cru » atteindre un tel niveau de programmation lorsqu’il a créé la Fondation il y a deux ans.

Entre l’œuvre murale géante qui sera dévoilée par MU au centre-ville de Montréal le 7 octobre 2022, un an jour pour jour avant le centenaire de Riopelle, et la grande rétrospective qui sera présentée au Musée des beaux-arts du Canada à l’automne 2023, de nombreuses productions originales célébreront la fougue, la productivité et la créativité du peintre, en s’inspirant notamment de sa vie spectaculaire et de son immense amour de la nature.

Des projets régionaux

Outre la création des 7 Doigts, qui se sont d’ailleurs déjà attaqués à un autre géant des arts visuels, Jérôme Bosch, il y aura une exposition au Musée d’art de Joliette, une création symphonique et immersive de l’OSM et de GSI Musique, qui sera d’abord présentée à Montréal en lumière, une création de Robert Lepage et Ex Machina présentée par la compagnie Jean-Duceppe, et même une exposition à la Fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence dans le sud de la France, où a résidé le peintre pendant les années 1960.

« Il y a des choses aujourd’hui qui n’ont pas été annoncées. On va s’en garder pour la suite, car il y a aussi des projets régionaux », nous a précisé après la conférence de presse la directrice générale de la Fondation Riopelle, Manon Gauthier. Celle qui a travaillé étroitement avec la fille du peintre, Yseult Riopelle, a été ravie par la réponse enthousiaste des créateurs québécois à l’appel lancé par la Fondation il y a deux ans.

Il y a eu un engouement, comme un réveil collectif. C’est un peu Riopelle qui revient à la maison. Et il aura fallu un homme de la Colombie-Britannique, un grand philanthrope canadien, pour venir nous secouer la mémoire.

Manon Gauthier, directrice générale de la Fondation Riopelle

C’est ainsi que les rencontres et les collaborations ont commencé, « certaines naturelles, d’autres plus improbables », dit Manon Gauthier, qui désirait inclure le plus de disciplines possible. Elle rappelle que Riopelle était lui-même pluridisciplinaire – il pratiquait autant la peinture que la sculpture, la gravure ou le design – et qu’il aimait mobiliser autour de lui toutes sortes de gens et de formes d’art.

C’est exactement ce que la Fondation a voulu faire en rassemblant toutes sortes de créateurs « autour de l’homme, de l’artiste, de l’œuvre ».

« Tout le monde a une histoire avec Riopelle »

Le rôle de Manon Gauthier aura été d’attacher les fils et les parcelles de projets qui avaient germé ici et là, et de les « consolider ». Robert Lepage, par exemple, caressait l’idée d’un projet autour de Riopelle depuis 10 ans. « Alors je l’ai appelé et je lui ai demandé de se joindre à l’aventure. Puis il y a eu le cirque, et d’autres projets qui ont pris forme à l’initiative des gens. »

C’est ainsi que Manon Gauthier a pu constater à quel point le nom de Riopelle suscitait autant l’émotion et les souvenirs que la créativité.

« Ç’a été incroyable. Tout le monde a une histoire, une anecdote avec Riopelle. Dans le patrimoine populaire, au-delà de l’œuvre, de l’art et du marché de l’art, il y a cette proximité, et c’est ce qu’on essaie de reproduire. Et on voulait ancrer à Montréal, où il est né, tous les grands projets pour qu’il puisse émerger. »

Alors que le projet d’aile Riopelle au Musée des beaux-arts de Montréal, qui était l’initiative la plus importante de la Fondation, a été annulé l’an dernier par Stéphane Aquin (après le départ de la directrice Nathalie Bondil), c’est à Québec, au Musée national des beaux-arts, que sera finalement établi un tout nouveau pavillon consacré au peintre. Il devrait être inauguré en 2025 et bénéficiera aussi d’un don majeur de plus de 60 œuvres.

Ce « projet de longue haleine » sera « une vitrine et une porte sur Riopelle », dit Manon Gauthier.

« Nous sommes heureux de pouvoir marquer l’histoire de la philanthropie au Québec, ajoute-t-elle. Et tout aussi heureux aujourd’hui de le ramener dans sa métropole natale, dans une programmation qui sera autant de fenêtres qui vont s’ouvrir sur l’horizon Riopelle. »