L’artiste visuel René Derouin est en vedette actuellement à Montréal et à Québec. La Société des arts technologiques (SAT) diffuse le film immersif Territoires des Amériques que le documentariste Patrick Bossé a réalisé sur la carrière du virtuose québécois du dessin et de la gravure. Et la galerie Michel Guimont expose ses dernières créations dans la Vieille Capitale.

Éric Clément
Éric Clément La Presse

Cela a pris sept ans à Patrick Bossé pour réaliser Territoires des Amériques, un documentaire qui revisite, en immersion, les 60 ans de carrière de René Derouin, depuis ses débuts au Québec jusqu’à ses années de conception au Mexique, en passant par ses cours de gravure au Japon en 1968.

On voyage pendant 45 minutes, étendu sur un gros coussin moelleux, immergé dans l’univers graphique, poétique et humaniste de cet artiste unique, aujourd’hui âgé de 85 ans. Pour réaliser son film, Patrick Bossé a dû se plonger tête première dans le parcours assez dense de René Derouin afin de dresser un portrait fidèle et le plus complet possible.

« C’était un gage de qualité, dit Patrick Bossé. Ensuite, au fur et à mesure, je lui ai montré comment le film progressait. La démarche était précise. Il s’est senti en confiance. Cela a donné un film qui est comme ses œuvres, généreux. »

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Le réalisateur de Territoires des Amériques, Patrick Bossé, en compagnie de René Derouin, au lancement du film, la semaine dernière à la SAT, à Montréal

Le film montre l’artiste dans son atelier de La Rolland, à Sainte-Adèle, en résidence artistique à Percé, dans ses Jardins du précambrien, à Val-David, et en studio, lors d’entrevues, à Montréal. Cela donne une série de témoignages de René Derouin qui parle de ses débuts, de l’impact qu’a eu, sur lui, la mort de son frère, de ses enseignements, de son besoin de témoigner de son amour des Amériques, des territoires et de la nature. Et de ses engagements envers la solidarité, le partage, la protection de l’environnement et la démocratie.

L’impression d’immersion n’est pas toujours égale dans le film, mais plusieurs passages sont impressionnants, notamment les images de forêt diffusées à l’envers qui donnent une belle sensation. Les incrustations d’éléments graphiques de créations de René Derouin enrichissent l’image, tout comme les gros plans sur le visage de l’artiste.

La Satosphère nous insère efficacement au cœur de l’œuvre de Derouin. « Le dôme est un espace dans lequel les spectateurs se regroupent autour de l’art comme René Derouin le fait avec les visiteurs sur son terrain de Val-David, dit Patrick Bossé. La Satosphère permet de vivre pleinement les paysages projetés qui ont inspiré M. Derouin. L’espace est aussi monumental que sa pratique, et l’immersion fonctionne très bien avec l’onirique, l’émotion et les souvenirs. »

René Derouin estime que Patrick Bossé a réalisé un film « extraordinaire ». « Je suis chanceux d’être tombé sur lui et sur le producteur Pascal Pelletier, de la firme Figure 55, dit-il. Patrick a fait un véritable doctorat sur moi ! Avec éthique et respect. Il a fouillé de très près mon œuvre, sur l’américanité et sur la particularité des territoires. Quand j’ai vu le film la première fois, j’étais sous le choc. C’est un gros cadeau que j’ai eu. »

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, COLLABORATION SPÉCIALE

René Derouin à la SAT, la semaine dernière

Parallèlement, à Québec, l’artiste expose chez Michel Guimont des œuvres plus reposantes que celles de sa série précédente, Rapaces. Le corpus Sédiments de la migration a été réalisé depuis le début de la pandémie. On y sent un besoin d’apaisement, avec des couleurs plus vives.

« J’étais au Mexique depuis janvier 2020 quand la pandémie est arrivée, dit-il. Jusqu’à ce qu’on rentre au Québec, le 29 mars 2020, avant que la frontière ne ferme, j’ai produit cette série de dessins que j’ai ensuite utilisés pour faire mes reliefs de bois. Ça renoue avec le fleuve et la migration. »

Quelques œuvres de René Derouin

  • Ma cabane de la Longue-Pointe, œuvre exposée en 2014

    PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

    Ma cabane de la Longue-Pointe, œuvre exposée en 2014

  • Territoires sauvages II, 2014

    PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

    Territoires sauvages II, 2014

  • Une des œuvres de sa série Rapaces

    PHOTO ANTONIO PIERRE DE ALMEIDA, FOURNIE PAR LA SAT

    Une des œuvres de sa série Rapaces

  • Paysage en migration IV, 2020, papier collé, papier troué, 152 cm sur 106 cm

    PHOTO LUCIEN LISABELLE, FOURNIE PAR LA GALERIE MICHEL GUIMONT

    Paysage en migration IV, 2020, papier collé, papier troué, 152 cm sur 106 cm

  • Sédiments du fleuve 2, 2020-2021, bois relief polychrome, 183 cm sur 183 cm

    PHOTO LUCIEN LISABELLE, FOURNIE PAR LA GALERIE MICHEL GUIMONT

    Sédiments du fleuve 2, 2020-2021, bois relief polychrome, 183 cm sur 183 cm

  • Sédiments du Fleuve 4, 2020-2021, bois relief polychrome, 183 sur 183 cm

    PHOTO LUCIEN LISABELLE, FOURNIE PAR LA GALERIE MICHEL GUIMONT

    Sédiments du Fleuve 4, 2020-2021, bois relief polychrome, 183 sur 183 cm

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L’exposition comprend des bois reliefs aux teintes douces, avec de beaux verts notamment, des créations aérées, plus chaleureuses et plus sereines que les œuvres de Rapaces. Ainsi que des papiers troués et en relief, avec de beaux arrangements flottants de plantes, d’animaux et d’ombres humaines. Le thème de la migration y est traité avec raffinement, tout comme l’imaginaire du Saint-Laurent. Avec toujours la même qualité technique et cette signature unique de René Derouin.

« Plus que jamais en cette période de changements et d’inquiétudes sociales, je pense que l’artiste doit rêver et imaginer comme un exilé », dit-il.

Le film immersif Territoires des Amériques est présenté à la Société des arts technologiques jusqu’au 27 novembre. Les dernières œuvres de René Derouin sont exposées à la galerie Michel Guimont de Québec jusqu’au 14 novembre.