Les relations entre l’homme et son environnement. L’influence de l’art pour changer nos façons de voir le monde. L’exposition Écho-Système/Matière et mutations de la commissaire Dominique Bouffard aborde ces thèmes dans les salles de Projet Casa, à Montréal, avec des créations organiques des artistes Claude Bourque, Stéphanie Morissette et Sebastian Maltais. Des œuvres de cire, de papier et d’os…

Publié le 26 oct. 2021
Éric Clément
Éric Clément La Presse

L’ex-galeriste Dominique Bouffard est retournée vivre et travailler une grande partie de l’année aux Îles-de-la-Madeleine, d’où elle est originaire. Elle continue de promouvoir les arts visuels et des artistes dont elle partage la vision. Durant l’été 2020, elle a croisé, aux Îles, Danielle Lysaught et Paul Hamelin, les collectionneurs qui ont fondé le lieu d’art Projet Casa, près du parc Jeanne-Mance. Elle leur a proposé une exposition avec les artistes Stéphanie Morissette, Claude Bourque et Sebastian Maltais sur l’idée de mutation.

Claude Bourque

Claude Bourque n’avait jamais exposé à Montréal. Le sculpteur de 57 ans est connu comme le loup (marin) blanc aux Îles. Cofondateur du Concours de châteaux de sable, à Havre-Aubert, qui en est à sa 35e édition, il a acquis une belle réputation en créant des sculptures contemporaines faites d’os de baleine et de cuivre.

Œuvres de Claude Bourque

  • Harphang, œuvre de Claude Bourque créée en 2015 à partir d’une vertèbre de rorqual commun, de cuivre et d’acier

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Harphang, œuvre de Claude Bourque créée en 2015 à partir d’une vertèbre de rorqual commun, de cuivre et d’acier

  • Claude Bourque a utilisé une mandibule de cachalot et de la pierre à savon pour créer Spermwhale mandibule, dont le support métallique est lui-même forgé pour donner un bel ensemble dynamique.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Claude Bourque a utilisé une mandibule de cachalot et de la pierre à savon pour créer Spermwhale mandibule, dont le support métallique est lui-même forgé pour donner un bel ensemble dynamique.

  • Ensemble, 2021, mandibule de petit rorqual, argile, bois et cuivre

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Ensemble, 2021, mandibule de petit rorqual, argile, bois et cuivre

  • Grand héron, 2021, sternum de rorqual commun, cèdre et cuivre

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Grand héron, 2021, sternum de rorqual commun, cèdre et cuivre

  • Vague, 2020, sculpture créée avec une côte de cachalot

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Vague, 2020, sculpture créée avec une côte de cachalot

  • Des os de mammifères marins ont été posés sur le sol, notamment un crâne de dauphin, une longue colonne vertébrale d’un fœtus de baleine dont les vertèbres n’étaient pas encore formées et des disques vertébraux.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Des os de mammifères marins ont été posés sur le sol, notamment un crâne de dauphin, une longue colonne vertébrale d’un fœtus de baleine dont les vertèbres n’étaient pas encore formées et des disques vertébraux.

  • Le guerrier, 2017, cuivre, fanons de petit rorqual, griffes de phoques gris, fer

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Le guerrier, 2017, cuivre, fanons de petit rorqual, griffes de phoques gris, fer

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Lauréat du prix du CALQ en 2015, chasseur, pêcheur et sculpteur, Claude Bourque ramasse, depuis des lunes, les os de baleines échouées sur les plages. Étant Madelinot, les mammifères marins font partie de sa culture. Il s’intéresse à leur diversité, à leur rôle dans la chaîne alimentaire globale, à leur vulnérabilité due au réchauffement de la planète. Pour sculpter une vertèbre de rorqual récupérée sur la plage, il doit attendre jusqu’à sept ans, dit-il, tant il y a de procédures à accomplir pour enlever la graisse qu’elle contient et la faire sécher.

« Je mets les os dans de gros bacs et les mouches vont alors là-dedans, dit-il. Elles vont pondre des œufs. Les œufs vont éclore et donner des millions d’asticots dont l’urine contient de l’ammoniac qui tue le gras. Après, on lave les os à la pression, on les met au soleil, on les remet dans l’eau. Ça prend des années. »

Sebastian Maltais

On avait déjà vu les œuvres à l’encaustique de Sebastian Maltais il y a quelques années. Il n’a rien perdu de son talent pour ce médium difficile à maîtriser. Des couches et des couches de cire qui donnent des effets doux et élégants pour des portraits sur toile. À Projet Casa, il expose principalement une grande œuvre en noir et blanc — de 2,44 m sur 3,25 m –, Partie de chasse, une mise en scène forestière réalisée avec des modèles, dont plusieurs de ses amis des Îles. Des personnages aux regards fuyants qui semblent avoir leurs propres intérêts. En aucun temps, on a l’impression d’assister à des retrouvailles d’amis chasseurs.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Partie de chasse, 2021, Sebastian Maltais, encaustique sur toile

« Comme pour le thème de l’exposition, ça parle de comment l’être humain interagit avec son entourage, mais aussi comment il modifie son environnement et se l’approprie, dit Sebastian Maltais. Je voulais en même temps ne pas faire un tableau actuel, plus une œuvre sans époque. » Une œuvre qui évoque aussi la diversité biologique. L’importance d’une chasse contrôlée pour favoriser un équilibre entre les espèces d’un même biotope. Contrairement à ce qu’on voit dans le golfe du Saint-Laurent, où la disparition de la chasse au phoque et la surpêche ont créé un déséquilibre et une baisse des stocks de morue, fait valoir Claude Bourque.

Stéphanie Morissette

PHOTO YVES HARNOIS, FOURNIE PAR L’ARTISTE

Stéphanie Morissette

Stéphanie Morissette aborde aussi le thème de la diversité faunique et de l’intégrité environnementale. Toujours avec ce regard aiguisé à la fois ludique et critique. L’artiste a même utilisé la belle fontaine intérieure de Projet Casa pour y greffer ses plumes de papier, de la feuille d’or et du styromousse afin de réaliser son installation Nid dans l’interstice.

Au-delà de ses installations étranges faites de plumes d’oiseau en papier, elle a ajouté, cette fois-ci, le thème des drones. Comme si, dans un avenir lointain, les oiseaux et les drones ne feraient plus qu’un… dans une nature en mutation. Représentant même des insectes en forme de drone dans un cadre, comme s’il s’agissait d’une collection entomologique.

Œuvres de Stéphanie Morissette

  • Drone/oiseau, 2019, papier, plastique

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Drone/oiseau, 2019, papier, plastique

  • Volière-mutation, 2017-2021, papier, métal et tissu

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Volière-mutation, 2017-2021, papier, métal et tissu

  • Vautour hybride, 2017, papier, feuille d’or, styromousse et plastique

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Vautour hybride, 2017, papier, feuille d’or, styromousse et plastique

  • Collection entomologique, insectes/drones, 2019, papier et aiguilles

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Collection entomologique, insectes/drones, 2019, papier et aiguilles

  • L’oiseau, 2015, papier et métal

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    L’oiseau, 2015, papier et métal

  • Nid, une installation faite sur la fontaine des lieux

    PHOTO MICHAEL PATTEN, FOURNIE PAR PROJET CASA

    Nid, une installation faite sur la fontaine des lieux

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« J’ai beaucoup travaillé dans les dernières années sur cette idée de mutation, de liens entre la biologie et la technologie, dit l’artiste de 44 ans originaire de Sherbrooke. Entre le vivant et le non-vivant. Comment ces objets technologiques pourraient un jour interagir avec les animaux du futur… »

Écho-Système/Matières et mutations, jusqu’au 6 novembre, à Projet Casa.