Les changements climatiques touchent les mammifères marins. Mais que vivent les mollusques, qui habitent aussi les eaux profondes ? L’installation Écosystème, dont l’artiste électronique Maxime Dangles signe la musique, propose une immersion audiovisuelle dans la peau d’une coquille Saint-Jacques. L’œuvre est présentée jusqu’au 21 août dans la Satosphère de la Société des arts technologiques (SAT).

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

Le voyage d’Écosystème débute sur un bateau. Des vaguelettes s’agitent, et la musique est douce. Soudain, tout bascule. Le spectateur se retrouve dans la mer, il est maintenant un mollusque. Tout devient alors plus angoissant, plus incertain. Que se cache-t-il sous les algues ? Quel est ce bruit de moteur qui envahit l’espace ? Sous le dôme de la SAT, les sons surprennent et les images saisissent les spectateurs étendus sur les coussins.

« Ça prend aux tripes », dit l’artiste électronique français qui signe la musique, Maxime Dangles, en visioconférence avec La Presse. L’œuvre d’une trentaine de minutes est le fruit de la collaboration de ce musicien de renommée internationale avec l’artiste visuel français Dylan Cote et le laboratoire d’écologie marine franco-québécois BeBEST.

PHOTO ALBAN GENDROT, FOURNIE PAR LA SAT

Maxime Dangles, artiste de musique électronique, signe la musique d’Écosystème, nouvelle expérience immersive présentée à la Satosphère de la Société des arts technologiques.

Depuis longtemps, Maxime Dangles rêvait de faire résonner sa musique sous le dôme de la SAT. L’artiste a dû se pincer pour y croire quand sa résidence artistique a été acceptée, il y a trois ans environ. « C’était le plus beau jour de ma vie. J’ai pleuré dans le train », se rappelle-t-il.

Qu’entendent les habitants des fonds marins ?

Pendant un an, Maxime Dangles a côtoyé les chercheurs de BeBEST, qui s’intéressent à la santé des écosystèmes marins. L’un des volets de la recherche consiste à poser des microphones sous l’eau, afin de capter le bruit humain et animal qui s’y trouve. Quel est le but de l’expérience ? Étudier les répercussions de l’environnement sonore sur les organismes marins.

Le cofondateur de BeBEST et professeur d’océanographie biologique à l’Université Laval Philippe Archambault compare l’étude en milieu marin à une foule qui regarde un match du Canadien. Dans un contexte où la lumière et la chaleur peuvent incommoder certaines personnes, le son des cris devient un élément stressant supplémentaire. Chez les mollusques, les facteurs stressants sont dus aux changements climatiques, comme l’augmentation de la température de l’eau et la diminution de l’oxygène. Qu’arrive-t-il lorsqu’on ajoute un son désagréable ou qui peut leur nuire ? s’est demandé le professeur.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Sous le dôme de la SAT, les sons surprennent et les images saisissent les spectateurs étendus sur les coussins.

Pour créer la trame sonore, Maxime Dangles n’a conservé que quelques sons recueillis par les chercheurs et leurs microphones sous l’eau, ceux-ci n’étant pas mélodiques. Il a décidé de prendre un autre chemin pour Écosystème, en s’inspirant de ses interactions avec les chercheurs pour créer la musique. « J’avais envie de raconter une histoire et un voyage plus poétique, autour de l’échange que j’ai eu avec eux un an dans leur laboratoire », explique-t-il.

Immersion pour vivre les changements climatiques

À travers l’œuvre, le public apprend que le mollusque est un véritable lanceur d’alerte climatique. Comme un livre d’histoire, sa coquille emmagasine les données sur l’environnement au fil des années. Alimentation, salinité et température des eaux, tout y est.

Les coquilles Saint-Jacques sont comme des milliers de stations météo qui nous permettent de revenir dans le temps, pour faire de meilleures prédictions dans le futur.

Philippe Archambault, cofondateur de BeBEST et professeur d’océanographie biologique à l’Université Laval

Maxime Dangles raconte avoir été alerté par les constats des scientifiques, qui signalent d’importants changements dans l’environnement. « C’est grave, ce qu’ils découvrent, soutient-il. C’est pour ça qu’on est là, en tant que musiciens, pour essayer d’alerter un peu plus les gens. »

Plus d’art pour la science

Mais si les découvertes du laboratoire BeBEST sont cruciales, communiquer le message au grand public demeure difficile. Dans ce contexte, Philippe Archambault soutient que « le pouvoir de l’art est énorme ». En mélangeant l’art et la science, une étincelle peut être créée chez le spectateur et l’amener à s’informer davantage, souligne le professeur.

C’est aussi ce qu’espère Maxime Dangles. « Si j’arrive à intéresser deux, trois personnes de plus à ce sujet, je vais être content », affirme-t-il.

Pour Philippe Archambault, sensibiliser le public aux changements climatiques par la recherche nécessite plus de financement. « Pourquoi nos organismes subventionnaires ne permettent-ils pas d’augmenter nos financements de recherche pour permettre ainsi d’avoir un certain pourcentage du projet consacré à l’art ? », demande-t-il.

À ce sujet, John Power, l’attaché de presse de François-Philippe Champagne, ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, a répondu que le budget 2021 permet aux chercheurs de mieux informer le public. « Cela comprend plus de trois milliards de dollars de nouveau financement pour les chercheurs et les scientifiques canadiens, y compris un soutien à la recherche de pointe en sciences de la vie et en biotechnologie », a-t-il écrit à La Presse.

Écosystème, présenté dans la Satosphère de la Société des arts technologiques jusqu’au 21 août. Conception sonore : Maxime Dangles. Conception visuelle : Dylan Cote. Avec le laboratoire international franco-québécois BeBEST

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