L’artiste Patrick Beaulieu a réalisé, en mars, une excursion en motoneige entre le lac Matagami et Val-d’Or, en passant par… Chibougamau et le lac Saint-Jean ! Intitulée Fondre, sa performance a duré 17 jours, soit jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de neige. Une expo et un livre découleront de sa démarche artistique fondée sur l’intuition, la persévérance et l’abandon.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Parcourir 1569 km en motoneige dans la forêt boréale, 6 heures par jour pendant 17 jours, n’est pas un défi sportif, mais une immersion au sein du territoire. À 15 km/h, on prend son temps, on regarde le paysage. Sculpteur, vidéaste, photographe et performeur, Patrick Beaulieu est fasciné par les déplacements et le regard qu’on leur porte. « Un créateur québécois passionné de canots canadiens, de culture populaire mexicaine et de routes secondaires américaines », a déjà écrit l’artiste montréalaise Victoria Stanton dans la revue Inter, art actuel.

PHOTO FOURNIE PAR PATRICK BEAULIEU

Le trajet emprunté en motoneige par Patrick Beaulieu dans le cadre de son projet Fondre

Fondre s’inscrit dans la suite de son projet Méandre – une dérive continentale, de 2014. Il avait sillonné, en kayak durant 30 jours, les méandres menant de la source d’une rivière du Québec jusqu’à New York.

Fondre est une exploration du paysage, une poétique de la toponymie.

Patrick Beaulieu

La Presse a joint Patrick Beaulieu au téléphone près de la mine Eldorado, à Val-d’Or, à l’issue de sa pérégrination qui a débuté le 5 mars. « Tu ne m’attrapes pas dans ma meilleure forme parce que je récupère un peu de tout ça ! Mélange d’adrénaline et de relâchement physique », disait-il.

PHOTO FOURNIE PAR PATRICK BEAULIEU

Fondre – jour 1, photographie numérique, 5 mars 2021

Son exploration du phénomène de fonte de la neige s’est déroulée essentiellement sur les sentiers de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec. Il en a croisé, mais aussi des trappeurs et des travailleurs miniers et forestiers. Il a dormi dans des camps ou dans son traîneau-abri qui lui a servi de distillateur mobile pour fabriquer une huile essentielle à partir d’aiguilles de conifères !

PHOTO MYLÈNE MEUNIER, FOURNIE PAR PATRICK BEAULIEU

Essence – la cueillette, image extraite de la documentation vidéo d’une action de cueillette de brindilles de conifères pour distillation. Avec Patrice Loubier et Patrick Beaulieu, 2021.

On pourra tester cet hydrolat lors de l’expo qu’il présentera sur Fondre. « Cela permettra de transmettre, par l’odeur, la vastitude des lieux et la variété des essences rencontrées », dit-il.

PHOTO FOURNIE PAR PATRICK BEAULIEU

Fondre, image extraite de la vidéo, 2021

Lors de son périple, Patrick Beaulieu a pris conscience des coupes forestières, « des scènes éprouvantes ». « Ensuite, ça basculait sur des paysages sauvages avec des épinettes matures comme je n’en avais jamais vu, dit-il. À la vitesse moyenne de 15 km/h, on accède à des niveaux de subtilité qu’on n’a pas à grande vitesse. On peut saisir le bruissement du vent, les variations de température et être capable d’apercevoir des animaux, comme des lagopèdes, en grand nombre. »

PHOTO FOURNIE PAR PATRICK BEAULIEU

Accélération bouchonnée (détail), dispositif de blocage de l’accélérateur de la motoneige garantissant une méthode lente de déplacement, bouchon de bouteille de vin en liège et attache autobloquante en plastique, 2021

Comme lors d’autres excursions, il a été accompagné, en partie, par un collaborateur. Le chercheur et historien de l’art Patrice Loubier, qui suit fidèlement son travail, est monté à l’arrière de la motoneige entre Chibougamau et La Dorée. « Je m’intéresse aux artistes dont l’œuvre d’art n’est pas simplement un objet, mais, comme dans le cas de Patrick, une aventure vécue au cœur de la réalité naturelle, humaine et sociale », dit Patrice Loubier, qui publiera un article sur Fondre dans une revue d’art et participera à l’ouvrage que Patrick Beaulieu sortira.

La fin du parcours s’est déroulée dans des mélanges de neige et de terre, ce qui a obligé Patrick Beaulieu à partir tôt le matin. En après-midi, il n’était plus capable d’avancer. Finalement, ce fut la boue et les pistes fermées à cause du réchauffement. Intitulées là où il n’y a plus de neige, ses photos en noir et blanc en font état.

Quelques images de <em>Fondre</em>

  • Fondre – ski-doo 2, motoneige, traîneau-abri en aluminium et fourrure de caribou d’élevage, 2021

    PHOTO PATRICK BEAULIEU

    Fondre – ski-doo 2, motoneige, traîneau-abri en aluminium et fourrure de caribou d’élevage, 2021

  • Fondre – distillation, dispositif de distillation d’hydrolat de conifères dans le traîneau-abri, 2021

    PHOTO PATRICK BEAULIEU

    Fondre – distillation, dispositif de distillation d’hydrolat de conifères dans le traîneau-abri, 2021

  • là où il n’y a plus de neige – jour 7, 11 mars 2021, photographie numérique

    PHOTO PATRICK BEAULIEU

    là où il n’y a plus de neige – jour 7, 11 mars 2021, photographie numérique

  • là où il n’y a plus de neige – jour 17, 21 mars 2021, photographie numérique

    PHOTO PATRICK BEAULIEU

    là où il n’y a plus de neige – jour 17, 21 mars 2021, photographie numérique

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« Je souhaitais pouvoir témoigner, par les images, de l’état de la neige », dit Patrick Beaulieu. Mis à part l’édition d’un livre, son expo à venir comprendra des photos, des vidéos, une installation et l’expérience olfactive de l’hydrolat. Une odeur comme une dimension immatérielle de ce territoire boréal exploré entre neige et terre, dans la lenteur et la contemplation… la tasse de thé du Labrador de Patrick Beaulieu.

Pour plus d’information, il suffit de visiter le site de l’artiste, patrickbeaulieu.ca