Pour sa réouverture, Arsenal art contemporain Montréal présente Nœuds sauvages, installation délicate et enchanteresse de l’artiste français réputé Jean-Michel Othoniel. Une exposition sculpturale où les mathématiques et la grâce sont à l’honneur…

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Les Montréalais sont gâtés avec Jean-Michel Othoniel. En 2016, l’ex-directrice générale du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) Nathalie Bondil avait annoncé l’acquisition du Nœud pivoine, sculpture suspendue d’Othoniel constituée de 212 perles de verre. Majestueuse, elle trône désormais près de la baie vitrée du Pavillon pour la paix Michal et Renata Hornstein. Une œuvre multicolore dédiée à la beauté, à la jeunesse, à la joie et à l’espoir que l’on peut apercevoir quand on se promène rue Bishop et qu’on lève les yeux vers ce magnifique pavillon.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

L’œuvre Nœud pivoine, de Jean-Michel Othoniel, installée en 2016 au sein du Pavillon pour la paix Michal et Renata Hornstein, au Musée des beaux-arts de Montréal

Deux ans plus tard, le MBAM rendait de nouveau hommage à l’artiste français en présentant cinq de ses sculptures monumentales faites de boules métalliques noires chromées qui donnaient l’illusion du verre. Des sculptures suspendues à des fils d’acier et qui tournaient comme des spirales dans la salle du Carré contemporain. Avec grâce et délicatesse. Vraiment un grand moment de beauté.

« Avec Jean-Michel Othoniel, on est dans une beauté, un émoi, une connaissance de la matière qui invite le visiteur à faire de son regard une partie de l’œuvre », disait alors Diane Charbonneau, ex-conservatrice des arts décoratifs modernes et contemporains au MBAM.

Une autre œuvre de Jean-Michel Othoniel peut être admirée au Centre Phi, 315, rue Saint-Paul Ouest, dans le Vieux-Montréal. Une œuvre acquise par Phoebe Greenberg, fondatrice de Phi, et qui se déploie dans un espace vertical.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

L’œuvre de Jean-Michel Othoniel au Centre Phi, à Montréal

Cette fois-ci, ce sont Pierre et Anne-Marie Trahan, copropriétaires d’Arsenal, amis et collectionneurs de l’artiste, qui nous permettent d’apprécier une autre facette de son esprit créatif avec Nœuds sauvages.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Pour mettre en place Nœuds sauvages, sans la présence physique de Jean-Michel Othoniel, le chef technicien Jean-Philippe Bérubé a eu besoin de deux semaines de travail et d’être souvent en contact avec l’équipe de l’artiste français.

L’installation comprend neuf sculptures-nœuds suspendues et trois autoportantes posées sur une rivière de pavés en verre indien soufflé qui miroitent la lumière. Elle a été présentée en 2019 au Centro cultural Kirchner, à Buenos Aires. Quelques œuvres ne font toutefois pas partie de la présentation montréalaise car il aurait fallu bénéficier du soutien physique de l’équipe de l’artiste pour les installer. La pandémie ne l’a pas permis.

Mais avec près d’un an de retard (l’expo devait ouvrir en avril 2020 et les sculptures sont à Montréal depuis le 21 février 2020 !), on peut enfin apprécier Nœuds sauvages, dans la pénombre du plus grand espace d’Arsenal.

L’installation a ce rapport au merveilleux qui anime Jean-Michel Othoniel depuis l’âge de 24 ans, à sa sortie de l’École nationale supérieure d’arts de Cergy-Pontoise, dans la région parisienne, en 1988. Cet artiste sait créer, avec des yeux d’enfants, des œuvres oniriques telles ses boucles de colliers de perles qui se réfèrent autant à la géométrie qu’à l’abstraction.

Avec leurs dégradés de couleurs et leurs enlacements complexes, les neuf nœuds sauvages (sept en verre miroité, un lotus noir en fonte d’aluminium émaillé et un en acier inoxydable) sont intimes et majestueux, à la fois élégants et mystérieux, tranquillisants mais aussi troublants à cause de leur rapport à l’infini et à leur mélange de raison et d’intuition.

Ils ont effectivement la forme d’anneaux borroméens, ces cercles entrelacés qu’on ne peut désolidariser sauf en brisant l’un d’eux, ce qui libère les deux autres. Un principe mathématique (mais aussi lacanien) que Jean-Michel Othoniel embrasse depuis 12 ans en l’appliquant à l’art contemporain.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Vue de l’exposition Nœuds sauvages, de l’artiste visuel français Jean-Michel Othoniel, à l’Arsenal

Nœuds sauvages résulte de sa rencontre, en 2015, avec le mathématicien et chercheur mexicain Aubin Arroyo. Une entrevue qui avait permis de constater que les recherches du scientifique sur les nœuds et la théorie des reflets étaient en phase avec les images des sculptures-nœuds d’Othoniel.

Il faut aller voir ces œuvres algébriques se refléter les unes dans les autres ainsi que sur le sol et sur les murs d’Arsenal. Une réverbération et des ombres qui feront le bonheur des photographes amateurs tant l’éclairage a été réglé au centimètre pour mettre en évidence toute la richesse de cet ensemble de sculptures sans pour autant nous aveugler de lumière.

Extraits de l’exposition <em>Nœuds sauvages</em>

  • Dans les boules métalliques d’un nœud sauvage se reflètent d’autres nœuds sauvages.

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    Dans les boules métalliques d’un nœud sauvage se reflètent d’autres nœuds sauvages.

  • Un des neuf nœuds sauvages suspendus

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    Un des neuf nœuds sauvages suspendus

  • Vue de l’installation Nœuds sauvages

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    Vue de l’installation Nœuds sauvages

  • La rivière de pavés en verre indien soufflé qui reflète la lumière provenant des nœuds sauvages.

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    La rivière de pavés en verre indien soufflé qui reflète la lumière provenant des nœuds sauvages.

  • L’installation principale est accompagnée d’un collier suspendu en verre de Murano.

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    L’installation principale est accompagnée d’un collier suspendu en verre de Murano.

  • Ce tableau à l’encre noire sur fond de feuilles d’or blanc se réfère au nœud sauvage en forme de lotus noir posé sur la rivière de pavés de verre.

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    Ce tableau à l’encre noire sur fond de feuilles d’or blanc se réfère au nœud sauvage en forme de lotus noir posé sur la rivière de pavés de verre.

  • Jean-Michel Othoniel, lors de son solo au Carré contemporain du Musée des beaux-arts de Montréal, en 2018

    PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

    Jean-Michel Othoniel, lors de son solo au Carré contemporain du Musée des beaux-arts de Montréal, en 2018

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« Lors de l’installation, j’ai passé mon temps à poser des questions et à montrer à l’équipe d’Othoniel la progression de la mise en place des œuvres, avec mon téléphone et sa caméra, pour expliquer comment on procédait, dit Jean-Philippe Bérubé, chef technicien d’Arsenal. Ça a pris quand même deux semaines, mais il a été content du résultat. »

L’installation principale est accompagnée d’un collier suspendu en verre de Murano et d’un tableau à l’encre noire sur fond de feuilles d’or blanc. Cette toile se réfère au nœud sauvage en forme de lotus noir, une œuvre dont Othoniel a déjà dit qu’elle représentait « le monde noirci par l’homme », la fleur de lotus blanche ayant été noircie par l’encre.

L’expo propose aussi un film très intéressant de 54 min, Jean-Michel Othoniel, artiste enchanteur, un portrait du sculpteur stéphanois que l’on voit quand il a installé, avec son équipe, 114 sculptures fontaines noires dans un lagon de 95 000 pi2, près du Musée national du Qatar, à Doha. Toute une commande ! On le rencontre aussi au château de Versailles devant ses sculptures fontaines créées en 2015 dans le bosquet du Théâtre d’eau, redessiné par le jardinier Louis Benech.

Ce que réalise Othoniel, c’est créatif, scientifique et beau. Pour moi, l’art doit être esthétique. On doit en ressentir la beauté.

Pierre Trahan, copropriétaire d’Arsenal

Parallèlement à l’expo d’Othoniel, Arsenal présente dans la grande salle centrale #SelfieProject, 28 égoportraits artistiques réalisés durant les 28 jours de février par l’artiste montréalaise Véronique Duplain. Des selfies accompagnés des installations très colorées utilisées pour les réaliser…

Extraits de l’exposition <em>#SelfieProject</em>

  • Vue de l’exposition #SelfieProject, de Véronique Duplain, à l’Arsenal

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    Vue de l’exposition #SelfieProject, de Véronique Duplain, à l’Arsenal

  • Vue de l’exposition #SelfieProject, de Véronique Duplain, à l’Arsenal

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    Vue de l’exposition #SelfieProject, de Véronique Duplain, à l’Arsenal

  • Vue de l’exposition #SelfieProject, de Véronique Duplain, à l’Arsenal

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    Vue de l’exposition #SelfieProject, de Véronique Duplain, à l’Arsenal

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Et dès le 17 mars, Arsenal, en collaboration avec Phi, présentera l’œuvre immersive de réalité virtuelle Carne y Arena, d’Alejandro G. Iñárritu. Une expérience saisissante, voire angoissante, durant laquelle le spectateur se retrouve virtuellement au milieu d’un groupe de migrants mexicains à la frontière américaine.

Trois propositions artistiques qui s’adressent aux amateurs de tous âges en quête de dépaysement, de modernité et aussi de beauté.

Consultez le site d’Arsenal art contemporain Montréal