Passionnée de nature et d’environnement, engagée en faveur de la biodiversité, l’artiste québécoise Cynthia Girard-Renard peut enfin montrer son exposition Sans toit ni loi – Les cétacés du Saint-Laurent à la Fonderie Darling qui rouvre ce jeudi. Une exposition monumentale et délicate qui s’adresse à tous les publics.

Publié le 11 févr. 2021
Éric Clément
Éric Clément La Presse

L’exposition de Cynthia Girard-Renard a été montée à la fin de septembre dernier, mais la fermeture des musées et des lieux d’art, tels que la Fonderie Darling, a suspendu les activités du centre le mois suivant. Les visites avaient cessé après seulement trois jours. L’expo, qui devait se terminer le 5 décembre, rouvre donc enfin pour quelques semaines.

Il aurait été dommage qu’à cause de la pandémie, les amateurs d’art (et leurs enfants) manquent cette exposition dont le commissariat est signé par l’historienne de l’art Ji-Yoon Han. Ce nouveau corpus de Cynthia Girard-Renard, présenté dans la grande salle industrielle de la Fonderie, est en effet autant ludique et grave que spectaculaire.

On connaît l’amour que cette artiste porte à la cause animale et à l’environnement, elle qui a choisi de porter ses engagements sur le terrain de l’art et du récit. « C’est ce que Cynthia met en œuvre depuis une vingtaine d’années dans sa peinture et sa poésie : une pratique énergétique qui invente des espaces hauts en couleur pour vivifier — jamais moraliser — nos imaginaires, dit Ji-Yoon Han. Un travail allègrement anarchiste qui décrit les interactions, les amitiés et les désirs possibles entre toutes sortes d’humains et toutes sortes d’animaux, mais aussi entre toutes sortes de styles picturaux, d’histoires et de pratiques culturelles. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Vue de l’exposition Sans toit ni loi – Les cétacés du Saint-Laurent, de l’artiste Cynthia Girard-Renard

Quand on entre dans la grande salle de la Fonderie, on ne peut manquer le chant d’une baleine bleue et l’immense cétacé en suspension dans les airs, avec sa gorge striée rose et blanc et ses yeux émouvants. Les noms de mammifères marins du Saint-Laurent sont écrits sur les murs de la salle : rorqual commun, dauphin à flancs blancs, épaulard, baleine noire, petit rorqual, cachalot, baleine à bec, narval, globicéphale noir, béluga, marsouin…

L’artiste de 52 ans a développé son sujet de façon spectaculaire en suspendant sa baleine de papier au moyen de cordes. Une sorte de mobile qui contraste avec les briques et l’acier de l’ancienne fonderie et rappelle la proximité du fleuve Saint-Laurent, non loin de la rue Ottawa. C’est ce fleuve, riche de biologie animale, que l’artiste célèbre, la baleine bleue pénétrant dans son golfe dès que les températures s’adoucissent au printemps.

Pour cet hommage, Cynthia Girard-Renard a créé sa pièce monumentale — un rorqual bleu grandeur nature, soit d’environ 21 m de long — en papier kraft. Une baleine bleue… qui semble très légère et qui l’est ! Pliée, l’œuvre tient dans une caisse. L’artiste a cousu tous les pans de papier les uns aux autres pour réaliser ce rorqual de quelque 140 m2 dont la forme est maintenue par une architecture intérieure en arceaux de bambou. Un énorme travail de confection sous lequel on se promène pour apprécier la finition et la peinture, l’artiste ayant réalisé de larges bandes de bleu pour donner une belle texture à l’animal.

  • Vue de l’exposition Sans toit ni loi – Les cétacés du Saint-Laurent, présentée par l’artiste Cynthia Girard-Renard à la Fonderie Darling

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Vue de l’exposition Sans toit ni loi – Les cétacés du Saint-Laurent, présentée par l’artiste Cynthia Girard-Renard à la Fonderie Darling

  • Vue de la tête de la baleine bleue avec sa gorge faite de stries roses et blanches

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Vue de la tête de la baleine bleue avec sa gorge faite de stries roses et blanches

  • L’œil de la baleine bleue

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    L’œil de la baleine bleue

  • Détail du ventre de la baleine permettant d’observer la façon avec laquelle Cynthia Girard-Renard a peint en bleu ses longs pans de papier kraft.

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    Détail du ventre de la baleine permettant d’observer la façon avec laquelle Cynthia Girard-Renard a peint en bleu ses longs pans de papier kraft.

  • Disque vinyle — Songs of the Humpback Whales (1979), 2020, Cynthia Girard-Renard, papier kraft peint à la main, cousu et monté sur structure en bambou, roue, moteur, aluminium, piste sonore de chants de baleines (6 min), haut-parleurs, 5,8 m x 4,5 m

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    Disque vinyle — Songs of the Humpback Whales (1979), 2020, Cynthia Girard-Renard, papier kraft peint à la main, cousu et monté sur structure en bambou, roue, moteur, aluminium, piste sonore de chants de baleines (6 min), haut-parleurs, 5,8 m x 4,5 m

  • Avec Les baleines préfèrent le chocolat !, un dessin aux feutres de couleur sur papier aquarelle posé au mur comme une affiche, Cynthia Girard-Renard a créé un all-over de petites baleines avec des titres qui font penser à des livres pour enfants.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Avec Les baleines préfèrent le chocolat !, un dessin aux feutres de couleur sur papier aquarelle posé au mur comme une affiche, Cynthia Girard-Renard a créé un all-over de petites baleines avec des titres qui font penser à des livres pour enfants.

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C’est le plus beau projet de ma vie. Je ne crois pas en faire d’autres comme ça. C’est tellement majestueux dans un tel contexte.

Cynthia Girard-Renard

Le parcours dans la salle se veut immersif, comme si on se trouvait dans les profondeurs marines à la rencontre de la biodiversité. Car, en plus du gros mammifère, l’artiste a créé, en papier de couleurs douces, quelques animaux marins qu’elle a éparpillés sur le sol. Homards, étoiles de mer, crabes, oursins… et des bouteilles d’eau minérale froissées pour rappeler la pollution des plastiques dans les mers et océans.

Cynthia Girard-Renard est aussi une bricoleuse. Il faut voir comment elle a fabriqué un faux 33 tours en papier et en bambou, accroché au mur de brique et qui tourne sans arrêt grâce à un petit moteur et une roue… de fauteuil roulant. Ce « disque » diffuse des chants de baleine à bosse enregistrés par le zoologiste new-yorkais Roger Payne pour le magazine National Geographic dans les années 1970 avant de les diffuser sur vinyle.

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Cynthia Girard-Renard à la Fonderie Darling devant son œuvre Disque vinyle — Songs of the Humpback Whales (1979), créée en 2020

« J’écoutais ce disque quand j’étais petite », dit Cynthia Girard-Renard, dont la fascination pour ce mammifère marin a forgé le destin. On n’est pas surpris qu’elle ait choisi d’intégrer au titre de son expo Sans toit ni loi, titre d’un film d’Agnès Varda (1985) dans lequel la comédienne Sandrine Bonnaire jouait le rôle d’une jeune femme démunie, errant comme une vagabonde jusqu’à la mort. Un clin d’œil aux dangers qui se profilent encore pour les cétacés du Saint-Laurent, thème que l’artiste compte explorer encore et encore, avec d’autres corpus traitant de l’avenir écologique de la province comme de la planète. Car l’urgence est là, dit-elle.

Venue visiter l’exposition, la commissaire Ariane De Blois a fort apprécié ce corpus de Cynthia Girard-Renard. « Ce que j’aime dans cette installation, c’est la monumentalité et, en même temps, l’économie de moyens qu’elle utilise, dit-elle. C’est à la fois monumental et léger. Toute la structure utilisée fait partie de l’esthétique. Ça montre la créativité de Cynthia. »

> Écoutez Cynthia Girard-Renard parler de son exposition

Sans toit ni loi – Les cétacés du Saint-Laurent, de Cynthia Girard-Renard, à la Fonderie Darling.

> Consultez le site de la Fonderie Darling