Ça fait belle lurette qu’on a arrêté de compter les expositions solos de Françoise Sullivan. Fringante nonagénaire, la peintre montréalaise poursuit son chemin avec une jeunesse d’esprit et une fraîcheur créative déconcertantes.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Malgré la pandémie et le poids des ans, Françoise Sullivan va très bien et conserve une vigueur et une joie de créer phénoménales. « Et on veut que ça continue, pas la pandémie, mais la santé ! », dit-elle au téléphone avec son éternel rire en cascade.

La signataire du manifeste Refus global, en 1948, est ravie de voir, encore une fois, une cinquantaine de ses peintures exposée à la galerie Simon Blais. Peintures 1980-2020 est un tour d’horizon des 40 dernières années de production de cette artiste qui a fait partie du groupe des automatistes formé autour du peintre Paul-Émile Borduas dans les années 40.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

L’artiste Françoise Sullivan dans son atelier, l’an dernier

Cette expo devait normalement se dérouler à Toronto, dans le cadre de la foire ArtTo, mais la COVID-19 en a décidé autrement. « Le côté positif, c’est qu’on peut montrer plus d’œuvres de Françoise Sullivan dans notre galerie, car on a plus de place ici, dit François Babineau, assistant du galeriste Simon Blais. Et on a aussi sorti un catalogue pour accompagner l’exposition. »

Françoise Sullivan est donc encore très active avec ses pinceaux et même surprise qu’on lui demande si elle continue de peindre avec toujours autant de passion. « Mais oui, mais oui, répond-elle. On continue toujours. Il y a des périodes de ralentissement et d’autres très actives. »

Toujours très populaire chez les collectionneurs d’art contemporain, l’artiste présente d’ailleurs sept œuvres récentes chez Simon Blais. Des acryliques de plus petit format, car elle les a créées chez elle. « Je n’ai pas beaucoup d’espace en ce moment parce que je ne vais pas à l’atelier, dit-elle. C’est plus difficile. Mais j’ai trouvé un autre atelier, près de chez moi, dans Notre-Dame-de-Grâce. Je vais bientôt pouvoir l’occuper ! »

Ses nouvelles œuvres découlent d’une variété d’inspirations, Françoise Sullivan ayant toujours autant d’imagination picturale. « J’ai commencé par me donner le défi de faire des toiles en majorité blanches et je ne suis pas sûr d’en être contente, dit-elle avec humilité. Je suis donc passée à autre chose. Comme une promenade d’une idée à l’autre. Avec toujours trois ou quatre toiles pour chaque idée. »

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Les sept œuvres récentes de Françoise Sullivan exposées à la galerie Simon Blais, à Montréal

En cette crise sanitaire, les œuvres de Françoise Sullivan sont rassurantes. Elles expriment optimisme et sérénité. Elle en a fait une récemment, Dioxazine (1er octobre 2020 no. 3), dont le titre est tiré d’une variante de violet. « De façon très curieuse, à certaines heures, des motifs de cette œuvre disparaissent, dit-elle. Ça dépend de la lumière. »

Les nouvelles œuvres de Françoise Sullivan

  • Dioxazine (1er octobre 2020 no. 3), 2020, acrylique sur toile, 122 cm x 122 cm

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Dioxazine (1er octobre 2020 no. 3), 2020, acrylique sur toile, 122 cm x 122 cm

  • Sans titre, 2020, acrylique sur toile, 92 cm x 102 cm

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Sans titre, 2020, acrylique sur toile, 92 cm x 102 cm

  • Juin 2020, 2020, acrylique sur toile, 92 cm x 102 cm

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Juin 2020, 2020, acrylique sur toile, 92 cm x 102 cm

  • Sans titre, 2020, acrylique sur toile, 92 cm x 102 cm

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    Sans titre, 2020, acrylique sur toile, 92 cm x 102 cm

  • Juin 2020 no. 2, 2020, acrylique sur toile, 61,5 cm x 50,5 cm

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    Juin 2020 no. 2, 2020, acrylique sur toile, 61,5 cm x 50,5 cm

  • Juillet 2020 no. 2, 2020, acrylique sur toile, 92 cm x 102 cm

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    Juillet 2020 no. 2, 2020, acrylique sur toile, 92 cm x 102 cm

  • Sans titre, 2020, acrylique sur toile, 92 cm x 102 cm

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    Sans titre, 2020, acrylique sur toile, 92 cm x 102 cm

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Magicienne Françoise Sullivan, qui regrette de ne pouvoir participer au vernissage de son expo, mais qui dit être toujours prête à rencontrer, un à un, des amateurs de son art chez Simon Blais. « On espère que [la pandémie] finira bientôt », dit-elle.

Parmi les œuvres plus anciennes choisies par son galeriste, on retrouve son Hommage à Fernand [Leduc], de 2019, son douloureux Hommage à Jean-Christophe, de la même année, des acryliques de sa série Proportio, quelques exemplaires de ses œuvres Arundel, trois de la série Aedh, de 2012, et son splendide Paysage turc no 1, de 1991.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Une des œuvres que Françoise Sullivan a peintes à la mémoire de son fils Jean-Christophe, disparu l’an dernier.

Être solide comme le roc à 97 ans n’immunise pas Françoise Sullivan de la douleur de perdre ceux qui l’ont moins été. Dernièrement, elle a dit adieu à une autre signataire de Refus global, l’artiste Louise Renaud, décédée dans sa résidence californienne, à l’âge de 98 ans. « Je l’avais rencontrée à l’École des beaux-arts de Montréal [en 1939] et j’ai su tout de suite qu’elle serait une très bonne amie, dit-elle. Elle était d’une grande attention, d’une grande finesse. C’est triste de savoir qu’elle n’est plus. »

Peintures 1980-2020, de Françoise Sullivan, à la galerie Simon Blais, jusqu’au 23 décembre

> Consultez le site web de la galerie Simon Blais