Quelque 200 musées publics et privés situés en zone rouge souffrent de la décision du gouvernement du Québec d’imposer leur fermeture jusqu’au 23 novembre. En attente d’aide et d’un retour à la normale, ils ont perdu énormément d’argent depuis le 13 mars. La Société des musées du Québec réclame donc un peu de souplesse à Québec.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Les employés des musées nationaux, comme le Musée d’art contemporain de Montréal, le Musée national des beaux-arts du Québec et le Musée de la civilisation, s’impatientent. Leur syndicat de professionnels et professionnelles du gouvernement du Québec (SPGQ) a publié, mercredi, un communiqué en forme d’appel à l’aide.

« Aucun rendez-vous n’a été fixé entre la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, et le SPGQ, malgré l’engagement de la ministre à tenir rapidement une rencontre pour discuter de la situation des musées nationaux qui continue de se détériorer », déplore la présidente du syndicat Line Lamarre.

Le Musée d’art contemporain de Montréal a beau être un musée public, il a en effet de gros problèmes financiers. Avant octobre, ses revenus de billetterie avaient chuté de 85 % et son déficit anticipé était de 1,3 million, soit 10 % de son budget.

À Québec, le Musée de la civilisation a subi une baisse importante de ses revenus depuis avril à cause d’une chute de 84 % des visites.

Son déficit anticipé s’élève à 1,2 million, soit 4 % de son budget. Jusqu’à maintenant, six professionnels ont été informés d’une réduction de leurs heures de travail, de plus de la moitié dans certains cas.

Le SPGQ au sujet du Musée de la civilisation

Le Musée national des beaux-arts du Québec a eu toutefois un bon été, reconnaît son directeur général Jean-Luc Murray. « Grâce à l’expo Frida Kahlo, Diego Rivera et le modernisme mexicain, on a peut-être eu un meilleur été que nos collègues des musées nationaux, dit-il. Mais la réalité nous rattrape. Et quand on se compare à l’ensemble du milieu culturel québécois, on n’est pas dans les mêmes réalités. »

Les musées privés souffrent en effet beaucoup. Stéphane Chagnon, directeur général de la Société des musées du Québec (SMQ), qui représente près de 400 musées et centres d’interprétation, est allé, au début de la semaine, rencontrer la sous-ministre de la Culture, Marie Gendron, pour tenter de convaincre le gouvernement de la nécessité d’assouplir les mesures imposées. Rappelant à Québec que les musées ont été les premiers établissements à rouvrir en mai, et pourtant les premiers à fermer lors de la deuxième vague.

« Nous lui avons rappelé qu’une visite au musée se fait seul ou à deux et pas en groupes, sauf les visites scolaires, bien sûr, et que ce n’est pas une activité de rassemblement, dit M. Chagnon. Les musées sont très sécuritaires et importants pour la population très éprouvée actuellement. »

La SMQ a tout de même reçu « une fin de non-recevoir » de la part de Québec. « On nous a dit que le décret empêchait toute activité dans les musées en zone rouge, dit M. Chagnon. On doit refaire le point dans deux semaines. »

La SMQ est inquiète. Elle a enquêté auprès de ses membres. « Pour l’instant, 117 de nos membres ont répondu, et on en est déjà à plus de 22 millions de pertes en revenus autonomes, dit M. Chagnon. Environ 15 % des musées québécois n’ont pas rouvert l’été dernier. Les prochaines semaines vont être déterminantes pour l’avenir de certaines institutions muséales. »

Musée d’art de Joliette

« Financièrement, ce n’est pas bon, lâche Jean-François Bélisle, directeur du Musée d’art de Joliette. On a reçu de l’argent de Patrimoine canadien et la subvention salariale nous permet de sortir la tête hors de l’eau, mais encore aucune somme de Québec. »

Pourtant, Québec a annoncé, au début du mois, qu’il aiderait les musées, grâce à une enveloppe supplémentaire de 5 millions, soit 23 % de plus que l’aide prévue avant la pandémie. Deux semaines plus tard, la ministre de la Culture, Nathalie Roy, annonçait qu’elle allait utiliser le Plan de relance économique du milieu culturel lancé en juin pour ajouter une somme pouvant aller jusqu’à 50 000 $.

« Ces deux aides devraient nous fournir, quand on les obtiendra, peut-être entre 50 000 et 80 000 $ alors qu’on est rendus à plus de 600 000 $ de pertes », dit M. Bélisle. Le Musée d’art de Joliette et d’autres musées comme le musée McCord ou le Musée des beaux-arts de Sherbrooke ont donc envoyé une lettre cette semaine au ministre de la Santé, Christian Dubé, pour le sensibiliser à la cause des musées.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Le musée McCord a perdu 1 million avec l’annulation de son bal annuel et la deuxième vague a provoqué la fermeture de l’expo Christian Dior.

« On lui a écrit que, selon nous, les mesures [sanitaires] étaient un peu contradictoires quand on compare les musées et les galeries d’art ou les autres commerces, dit M. Bélisle. Extrêmement rigoureuses, les mesures qu’on avait implantées avaient été développées avec la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) et rendaient nos musées plus sécuritaires qu’un centre d’achats. »

Le musée McCord a beaucoup souffert de la pandémie. Même l’été dernier, l’achalandage était à 15 % de son affluence habituelle. Les pertes de revenus ont été énormes. Le musée a perdu 1 million avec l’annulation de son bal annuel et la deuxième vague a provoqué la fermeture de l’expo Christian Dior.

Un coup dur. Heureusement qu’on a eu la subvention salariale du fédéral, cela a fait toute la différence même si elle a depuis diminué de 75 % à 40 % du coût des salaires.

Pascale Grignon, directrice marketing et communications au musée McCord

Le musée Pointe-à-Callière s’en sort aussi grâce aux aides salariales du fédéral, mais il a enregistré une perte nette de 1,1 million. Il a donc dû supprimer son exposition d’été et prolonger celle sur les Incas. L’expo internationale de la rentrée, coûteuse, a été remplacée par une expo locale, Trains : transporteurs de rêve, avec la présentation d’une centaine de trains miniatures. « On la présentera dès qu’on pourra rouvrir », dit Marie-Josée Robitaille, directrice des communications et du marketing au musée.

Mais rouvrir quand ? Pascale Grignon croit qu’on devrait s’inspirer de ce qui se fait à l’extérieur du Québec. « Les musées sont toujours ouverts en Ontario et dans les pays européens, dit-elle. Et la Catalogne a légiféré de façon à faire de la culture un bien essentiel qui ne peut pas être fermé, même en cas de force majeure. Une intéressante position valable certainement au Québec. »